Résultats des municipales : Après la vague verte, cap sur la présidentielle pour les écologistes

POLITIQUE Vainqueurs dans plusieurs grandes villes dimanche, les écologistes ne sont pas forcément en position de force à gauche en vue de l'élection présidentielle de 2022

T.L.G.

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Yannick Jadot imagine déjà la suite.
Yannick Jadot imagine déjà la suite. — ISA HARSIN/SIPA

Une vague verte a déferlé dimanche sur les grandes villes françaises. Europe écologie-Les Verts a remporté plusieurs communes au second tour des municipales, comme à Lyon et sa métropole, Bordeaux, Strasbourg ou Grenoble. Les écologistes espèrent s’appuyer sur ces victoires pour montrer leur capacité à gouverner et préparer les futures échéances électorales : les régionales de 2021 et, surtout, la présidentielle de 2022. « Ce n’est pas une vague verte qui, par nature, peut refluer, il y a un effet de cliquet », veut croire le secrétaire national du parti Julien Bayou.

Une confirmation de la dynamique des européennes

Outre les victoires dans plusieurs capitales régionales, EELV a notamment décoché les mairies de Poitiers, Besançon, Tours, Annecy et fait vaciller la socialiste Martine Aubry à Lille ou l’élu de droite Jean-Luc Moudenc à Toulouse. « On est dans la continuité de nos jolis scores du premier tour, et du nombre inédit de listes déposées, même s’il est difficile de se réjouir complètement, étant donné le niveau record de l’abstention », nuance l’eurodéputé David Cormand, ancien patron du parti.

Cette moisson historique confirme leur bonne dynamique des européennes en mai 2019, portée par un mouvement mondial de mobilisation contre le réchauffement climatique. « De nombreuses alertes scientifiques autour de l’environnement ont trouvé écho dans la population et se sont concrétisées par un vote EELV, à la faveur de l’effondrement du vote socialiste », précise Daniel Boy, directeur de recherche à Sciences po Paris. « La crise du Covid-19, interprétée par certains comme une conséquence de la crise environnementale, a entretenu cette dynamique. »

Le spécialiste de l’écologie politique apporte une nuance à cette vague verte : « Le vote écolo touche surtout les centres urbains de classe culturellement privilégiée, les villes universitaires, les cadres supérieurs, les professions intermédiaires. Malgré leurs efforts pour développer un discours social en parallèle, les écologistes sont beaucoup moins audibles sur des territoires périurbains, dans l’Est industriel ou dans les milieux ruraux ».

Faire ses preuves au niveau local pour préparer la suite

Les écologistes souhaitent en tout cas profiter de leur nouvelle implantation locale pour montrer leur capacité à gouverner. « C’est leur défi : montrer qu’un petit parti d’à peine 10.000 adhérents, peu aguerri à l’exercice du pouvoir, a des personnalités compétentes pour diriger de grands exécutifs comme la métropole de Lyon, qui compte 1,3 million d’habitants », relève Daniel Boy.

« C’est un défi énorme, mais nous avons une génération d’élus solide, prête, décomplexée dans son rapport au pouvoir. Eric Piolle [réélu dimanche à Grenoble] a montré le chemin pour construire un écologisme municipal et donner à voir une société écologiste », répond David Cormand.

EELV peut-il incarner le rôle central à gauche ?

Les victoires de dimanche s’expliquent aussi par les unions locales faites avec le PS, le PCF, LFI, ou Génération.s. Mais dans la perspective de la présidentielle 2022, l’unité s’annonce bien plus difficile. « Autrefois, le PS avait une place centrale dans la gauche plurielle, mais aujourd’hui, c’est l’écologie qui est au cœur du rassemblement », souligne David Cormand. « J’espère donc que ce sera un écologiste qui portera ce projet collectif. »

Ce lundi sur RTL, le patron du PS, Olivier Faure, s’est dit « prêt à (se) ranger derrière celui qui incarnera le bloc social-écologique » en 2022, sans préciser toutefois si ce candidat serait écologiste ou socialiste. Car cette union PS-EELV ne fait pas l’unanimité au sein des deux camps, après la débâcle de 2017 et les 6,4 % de Benoît Hamon. Et les ambitions de certains socialistes ou écologistes pourraient entraver le processus.

« Yannick Jadot a très envie d’être candidat mais je ne suis pas du tout certain qu’il fasse l’unanimité au sein des écolos, qui pourraient lui préférer Eric Piolle », note Daniel Boy. « Et surtout, la gauche n’aura aucune chance si elle n’est pas rassemblée jusqu’aux insoumis, or Jean-Luc Mélenchon n’est pas près de laisser le volant, et encore moins dans une alliance avec les socialistes. »