Municipales 2020 : La République en marche a-t-elle appelé au front anti-écolo ?

FAKE OFF Le parti présidentiel, qui a noué plusieurs alliances au second tour avec Les Républicains, rejette l’idée d’un front anti-écolo

Francois Launay

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Stanislas Guerini, délégué général de La République en marche
Stanislas Guerini, délégué général de La République en marche — ISA HARSIN/SIPA
  • Dans plusieurs grandes villes françaises, La République en marche s’est alliée avec Les Républicains au deuxième tour des municipales contre des listes EELV.
  • Pourtant le parti présidentiel réfute toute idée de barrage anti-écolo.
  • Les prises de position de LREM avant le second tour accréditent valident plutôt cette thèse, même si certaines prises de position ont, à l’échelle locale, pu s’apparenter à un tel front.

Strasbourg, Bordeaux ou encore Lyon. Dimanche soir, une vague verte a déferlé sur plusieurs grandes villes de France lors du second tour des municipales. Des résultats historiques qui, dans certains cas, ont un point commun : la liste écolo s’est imposée face à une alliance LREM- LR.

LREM a-t-elle cherché à bâtir un front anti-écolo ? Interrogée sur ce point dimanche soir sur le plateau de France 2, Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, a assuré que tout cela n’était que « des fadaises ». « Il y a des endroits où LREM a tendu la main à des listes écologistes comme à Lille [alliance refusée par Les Verts]. Je crois plutôt qu’il y a eu un front anti- La République en marche. Il y a des endroits où nous n’avions pas de convergence politique sur le fond avec les projets municipaux qui étaient portés », s’est justifiée Sibeth Ndiaye.

Même son de cloche du côté de Stanislas Guerini, interrogé sur France Inter ce lundi. « Je n’ai jamais fait de front anti-écolo. Ce sont des foutaises », a assuré ce lundi le délégué général de La République en marche.

FAKE OFF

Officiellement, La République en marche n’a jamais appelé à faire front au deuxième tour contre les listes écologistes.

Dans plusieurs grandes villes, le parti présidentiel s’est souvent allié à LR au deuxième tour pour contrer les écologistes. Avec deux cas de figure différents : des ententes désapprouvées par le parti, comme à Clermont-Ferrand, mais surtout à Lyon. L'alliance entre Gérard Collomb et LR, Yann Cucherat l’avait bien justifiée par la « peur de la pastèque » – verte à l’extérieur, rouge à l’intérieur, dans un entretien accordé le 18 juin à20 Minutes. « Confier cette ville et cette métropole à La France insoumise, au Parti communiste et aux Verts, ça me fait peur. On sent bien que le tissu économique lyonnais, qui ne prenait jusque-là jamais position, commence à redouter l’arrivée des Verts insoumis au pouvoir », avait déclaré le candidat LREM.

Un front anti-écolo désapprouvé par Stanislas Guerini qui, dans un communiqué cinglant publié le 29 mai, avait fustigé l’alliance. « En choisissant de s’allier avec Les Républicains avec la bénédiction de Laurent Wauquiez plutôt que d’œuvrer au rassemblement de notre famille politique, Gérard Collomb franchit une ligne rouge. Je ne peux cautionner un tel accord politique. »

Une position réitérée début juin par la commission nationale d’investiture de LREM : « À Lyon et Clermont-Ferrand, Châtillon, Colombes ou Bezons, nous nous opposons aux choix stratégiques de deuxième tour au nom de la cohérence politique et de nos convictions. »

La peur de la pastèque

A l’inverse, La République en marche n’avait rien trouvé à redire aux alliances avec LR à Strasbourg entre Alain Fontanel et Jean-Philippe Vettel, ou à Bordeaux entre Nicolas Florian et Thomas Cazenave. Pour justifier cette union étonnante, Fabien Robert, premier adjoint (LR) de Nicolas Florian à la mairie de Bordeaux, n’avait pas hésité à évoquer des discussions en haut lieu le 2 juin, également dans 20 Minutes : « Qui pouvait croire un seul instant que le gouvernement et le président de la République allaient faire élire une coalition socialo-écolo-communiste à Bordeaux ? Cela n’existait dans aucune hypothèse. »

A Strasbourg, le candidat LREM Alain Fontanel a nié tout front anti-écolo pour justifier l’union avec LR, mais invoqué pudiquement « le danger politique d’éparpillement ».

Quoi qu’il en soit, ces alliances de circonstance d’entre-deux-tours, voulues ou non, ont toutes donné le même résultat : une défaite face aux listes écologistes.