Résultats des municipales à Perpignan : Comment Louis Aliot s’est inspiré de l’élection de Robert Ménard à Béziers

ELECTIONS Les campagnes et les élections des deux hommes ont de nombreuses similitudes

Nicolas Bonzom

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Louis Aliot et Robert Ménard, lors d'une conférence de presse commune le 11 juin
Louis Aliot et Robert Ménard, lors d'une conférence de presse commune le 11 juin — Alain ROBERT/SIPA
  • Six ans après Robert Ménard à Béziers, l’extrême droite a conquis un nouveau fief, dans l’ex-Languedoc-Roussillon : le député RN Louis Aliot a été élu maire de Perpignan.
  • Une liste sans étiquette, transpartisane, et face à un front républicain fragile… Les deux hommes ont mis en place des stratégies similaires pour conquérir les deux villes.
  • Enfin, Perpignan et le Béziers de 2014 ont des similitudes : taux de chômage et de pauvreté très élevés, et des maires sortants élus à la ville depuis de longues années.

Six ans après l’élection de Robert Ménard (divers droite) à Béziers (Hérault), l’extrême droite a conquis un nouveau fief, dans l’ex-Languedoc-Roussillon : avec 53,09 %, Louis Aliot (RN) a été élu maire de Perpignan (Pyrénées-Orientales), mettant un terme à 27 ans de règne de la droite républicaine dans la cité catalane.

Cet ancien vice-président du FN s’est d’ailleurs largement inspiré, avait-il convenu lui-même, de la victoire de Robert Ménard dans la sous-préfecture de l’Hérault, en 2014. Dans une conférence de presse commune, le 11 juin dernier, Louis Aliot avait pris pour modèle les « succès » de l’ancien journaliste. « Les Perpignanais ont un œil sur Béziers, et disent "Si on pouvait faire comme à Béziers ?" », avait confié Louis Aliot.

« Une route à suivre »

Pendant des mois, le député frontiste s’est ainsi appliqué à monter une campagne à l’image de celle de Robert Ménard, il y a six ans. Sans afficher clairement son étiquette, d’abord. « Je vais mener une liste d’ouverture, de rassemblement sur laquelle figureront des gens issus du RN mais pas seulement », avait claironné le candidat, il y a quelques mois. Comme son homologue biterrois, qui s’était évertué en 2014 à s’émanciper du FN, en présentant une équipe transpartisane, malgré le soutien du parti de Marine Le Pen.

Les résultats à Perpignan

« Louis Aliot a été le directeur de cabinet de Jean-Marie Le Pen [ancien président du FN], le compagnon de sa fille [dont il est séparé], mais il donne une image de lui qui n’est pas celle-là, explique à 20 Minutes le politologue Michel Crespy. Il n’a jamais invité Marine Le Pen à Perpignan, il n’a pas mis le RN sur ses affiches, il a fait une campagne sur le thème du rassemblement. Comme Robert Ménard. C’est tout à fait la même stratégie. » Le maire de Béziers serait-il un modèle pour Louis Aliot ? « Un modèle, je sais pas, c’est ce qu’il dit en tout cas, confie Robert Ménard à 20 Minutes. Il m’a dit qu’il s’inspirait de Béziers, oui. Cela indique sans doute une route à suivre. »

Un front républicain fragile

Dans les deux villes de l’ex-Languedoc-Roussillon, le « front républicain » n’a, par ailleurs, pas porté ses fruits. A Béziers, il n’en est d’ailleurs plus question aujourd’hui, et la gauche a perdu en étant fragmentée, en mars. Et à Perpignan, malgré les retraits de Romain Grau (LREM), et de la candidate de la gauche, Agnès Langevine (EELV), Louis Aliot est passé. Deux candidats de la liste de Romain Grau avaient même appelé à voter pour la liste du député RN. Louis Aliot n’a eu aucun mal à enfoncer un mur fissuré.

A Perpignan, Louis Aliot prend aussi en main une ville sinistrée, où le taux de chômage dépassait, en 2016, les 25 %, et celui de la pauvreté les 32 %. L’un des plus élevés de France. Des statistiques alarmantes, comparables, à quelques points près, à celles de Béziers. « Les compositions sociologiques des deux villes sont assez proches », ajoute Michel Crespy. « Quand je suis allé il y a quinze jours à Perpignan, j’avais l’impression de retrouver le Béziers d’il y a six ans, reprend Robert Ménard. Les recettes qui ont fonctionné à Béziers, elles peuvent sans doute fonctionner à Perpignan. »

Des maires usés

Enfin, il y a le contexte politique de l'élection. « Jean-Marc Pujol était usé, Raymond Couderc l’était aussi à Béziers », reprend le politologue Michel Crespy. A Perpignan, le sortant, Jean-Marc Pujol (LR), 71 ans, était maire depuis 2009, et élu à la ville depuis 1989. Louis Aliot, connu au niveau national, arpentait depuis des années avec l’accent du Sud la cité catalane, qui lui a échappé deux fois. Il avait déjà franchi un premier pas important, en se faisant élire en 2017,  député de la 2e circonscription.

En 2014, à Béziers, Raymond Couderc (LR), alors âgé de 68 ans, avait passé la main, alors qu’il dirigeait la ville depuis 1995, et était élu depuis 1983. Robert Ménard, qui a notamment grandi dans le quartier de la Devèze, avait lâché sa carrière de journaliste pour présenter sa candidature à Béziers. Cette année, il a été réélu triomphalement dès le premier tour des municipales, avec près de 70 % des voix.