Résultats des municipales : Abstention record, vague écolo… Que retenir du second tour ?

SCRUTIN Les électeurs de 4.820 communes étaient appelés aux urnes ce dimanche pour un second tour des municipales inédit

Laure Cometti

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Yannick Jadot, eurodéputé EELV, et Grégory Doucet, candidat écolo à Lyon, le 22 juin 2020.
Yannick Jadot, eurodéputé EELV, et Grégory Doucet, candidat écolo à Lyon, le 22 juin 2020. — Bony/SIPA
  • Environ 16 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes dans 5.000 villes ce dimanche, pour le second tour des municipales.
  • Le scrutin a très peu mobilisé les Français : environ 60 % des votants se sont abstenus, un record historique.
  • Les Verts réalisent une percée inédite, et remportent de nombreuses villes, dont des métropoles. Au Havre, le Premier ministre sort vainqueur tandis que le Rassemblement national conquiert Perpignan. Les Républicains et le Parti socialiste conservent leur bon ancrage local.

Jusqu’au bout, les élections municipales auront réservé leur lot de surprises et de records. Le second tour de ce scrutin s’est déroulé ce dimanche dans près de 5.000 communes, plus de trois mois après son report. Le vote est marqué par un nouveau record d’abstention et une percée des écologistes, tandis que les partis traditionnels conservent leur ancrage local.

Une abstention record

Le taux d’abstention a été, dimanche, encore plus élevé qu’au premier tour, qui constituait déjà un record historique (55,34 %). Environ 60 % des 16,5 millions d’électeurs concernés par ce second tour n’ont pas voté, selon les estimations. En 2014, l’abstention n’était que 37,87 % au second tour, et de 36,45 % au premier.

Cette très faible participation est-elle due au contexte sanitaire, alors que l’épidémie de coronavirus circule encore, six semaines après l’amorce du déconfinement ? « Les Français ont repris des activités, donc le coronavirus n’explique pas totalement l’abstention », estime le politologue Olivier Rouquan. « Il s’agit en tout cas d’un indice supplémentaire de cette défiance très forte des Français envers leurs élus, et ce alors que le maire serait l’élu préféré des Français, poursuit le chercheur associé au Centre d’études et de recherches de sciences administratives et politiques de l’Université Paris 2. Ce scrutin n’est pas vraiment représentatif des opinions de l’électorat. »

Emmanuel Macron s’est dit ce dimanche soir « préoccupé par [le] faible taux de participation », qualifié de « grève civique » et de moment « dangereux » par le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon.

Une « vague verte »

La vague écolo des européennes se confirme à l’échelle municipale. Europe écologie-Les Verts gagne de nombreuses mairies, dont des métropoles très symboliques, comme Lyon, fief macroniste conquis par Grégory Doucet, et Bordeaux, où Pierre Hurmic s’impose dans ce bastion de la droite. Strasbourg, Besançon, Poitiers, Annecy, ou encore Tours, basculent aussi dans le vert. « Une vague verte se lève en France », s’est réjouie la porte-parole d’Europe Ecologie-Les Verts Eva Sas, sur France 2, tandis que l’eurodéputé Yannick Jadot a salué la victoire d’une « espérance autour d’un beau projet ». « Ce qui a gagné ce soir, me semble-t-il, c’est la volonté d’une écologie concrète, d’une écologie en action », s’est-il félicité sur TF1.

« C’est un succès incontestable. Il y a désormais une partie non négligeable de l’électorat, qui prend cet enjeu environnemental au sérieux et peut changer des têtes. La prise de conscience écologiste a pu se conjuguer avec une volonté de dégagisme dans certaines villes », observe Olivier Rouquan. Le chercheur ajoute que « les partis socialiste et communiste participent de ces victoires des Verts. Ces municipales montrent qu’il n’y a pas de possibilité de victoire sans une union entre les écolos et la gauche ».

De belles prises pour le PS

Le parti à la rose maintient ses fiefs, comme Nantes, Paris, Rennes, Brest ou Le Mans. Il ravit plusieurs villes à la droite ou au centre-droit, comme Nancy, où Matthieu Klein a battu le maire sortant Laurent Hénart (mouvement radical), et Quimper, dont le maire LR Ludovic Jolivet s’incline face à Isabelle Assih.

A Montpellier, le socialiste Mickaël Delafosse l’emporte face au maire sortant Philippe Saurel et Mathieu Hanotin ravit Saint-Denis au maire sortant communiste, Laurent Russier. A Lille, Martine Aubry a eu très peur : elle conserve son écharpe en battant le candidat écologiste Stéphane Baly de seulement 227 voix, selon son entourage.

« Un bloc social et écologiste est en train de naître », a salué le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, qui voit « un immense élan [qui] se lève dans toute la France et permet de voir toute la gauche et les écologistes qui sont en train de gagner de formidables victoires. »

LR conforte son ancrage local

Certes, le parti Les Républicains dispose d’un maillage local avantageux par rapport aux autres partis. Beaucoup de ses maires sortants ont été réélus, et certains dès le premier tour. Ce dimanche, Jean-Luc Moudenc conserve de justesse la mairie de Toulouse, tandis que Christian Estrosi est confortablement réélu à Nice, tout comme Maryse Joissains-Masini à Aix-en-Provence. A Paris, Rachida Dati s’incline face à la maire sortante avec un score honorable, au-dessus des 30 %. Mais certains symboles font mal, comme la défaite de Nicolas Florian à Bordeaux, alors que la ville était à droite depuis plus de 70 ans. Et à Marseille, Martine Vassal est arrivée loin derrière Michèle Rubirola, même si cette dernière n’a pas obtenu de majorité absolue.

« Nous demeurons le premier parti des territoires, nous sommes satisfaits », salue Gilles Platret, vice-président du parti. « Ce scrutin est aussi la démonstration que la greffe locale du parti présidentiel n’a pas fonctionné », poursuit-il, alors que LREM affichait sa volonté de siphonner l’électorat de droite dans de nombreuses villes.

« LR perd beaucoup de grandes villes, ce qui est coûteux en termes de population représentée, souligne Olivier Rouquan. Les choix d’alliances locales peuvent aussi brouiller leur message, et dans certaines villes leur victoire est aussi due à LREM, comme à Toulouse. »

Le Rassemblement national « entre deux eaux »

Le Rassemblement national n’a pas réussi son pari de « faire tache d’huile » autour de ses bastions et de bâtir un ancrage local important. Il perd Le Luc, dans le Var, et Mantes-la-ville, sa seule commune francilienne. Mais il remporte Moissac (Tarn-et-Garonne), Bruay-la-Buissière (Pas-de-Calais) et surtout Perpignan.

En battant Jean-Marc Pujol, le maire sortant LR, Louis Aliot offre au parti sa plus grosse ville (120.000 habitants). « Les Perpignanais, les Catalans envoient un signe à la France entière. Il n’y a aucun mur qu’on ne peut démolir, ce front républicain était une escroquerie », a déclaré le député des Pyrénées-Orientales. « C’est regrettable, car Jean-Marc Pujol avait fait le boulot, mais au bout d’un moment l’usure est balayée par les électeurs », souffle un cadre LR à propos de celui qui dirigeait la ville catalane depuis dix ans.

« Ce n’est pas seulement d’ailleurs une victoire symbolique, c’est un vrai déclic, parce que nous allons aussi pouvoir démontrer que nous sommes capables de gérer de grandes collectivités, ce qui évidemment aura son importance compte tenu des échéances départementales et régionales », a réagi Marine Le Pen. « Le RN est entre deux eaux, on ne peut pas vraiment parler de dynamique », nuance Olivier Rouquan.

La Bérézina annoncée a bien eu lieu pour LREM

La « déculottée » annoncée a eu lieu. Le parti présidentiel ne gagne aucune grande ville, et s’incline dans des métropoles pourtant gagnable, comme Besançon, Lyon ou Strasbourg. A Paris, Agnès Buzyn fait encore moins qu’au premier tour, avec un score estimé entre 13,7 et 16 % des suffrages, et ne devrait même pas obtenir de siège au Conseil de Paris.

« Nous sommes en train d’implanter notre mouvement », veut croire Stanislas Guerini, patron du mouvement. « C’est un pas ce soir pour La République en marche », a-t-il déclaré sur TF1. Il a salué la victoire au Havre d’Édouard Philippe, évoquant « un beau symbole pour cette majorité présidentielle qui a agi pendant la crise ». Un bien maigre lot de consolation pour le parti d’Emmanuel Macron… Le Premier ministre sort en tout cas renforcé par sa réélection, alors qu'un remaniement devrait intervenir dans les prochains jours.