Résultats des municipales à Paris : Anne Hidalgo réélue pour un deuxième mandat

ELECTIONS La liste conduite par la maire sortante, Anne Hidalgo (PS), a obtenu ce dimanche soir 48,7 % des voix devant celle de la candidate LR Rachida Dati (33,8 %) et celle de la candidate LREM, Agnès Buzyn (13,3 %)

Romain Lescurieux

— 

Portrait de la maire de la ville de Paris et candidate a sa réélection, Anne Hidalgo, sur le pont d'Arcole, a Paris
Portrait de la maire de la ville de Paris et candidate a sa réélection, Anne Hidalgo, sur le pont d'Arcole, a Paris — LEWIS JOLY/JDD/SIPA
  • La candidate socialiste alliée aux écologistes a obtenu ce dimanche soir 48,7 % devant la candidate LR Rachida Dati (33,8 %) et la candidate LREM, Agnès Buzyn (13,3 %).
  • Elle, qui était pourtant en difficulté il y a encore plusieurs mois, lorsque les Marcheurs avaient fait de la capitale une terre de mission, a su garder le cap.
  • Elle sera élue le vendredi 3 juillet à l’occasion d’un vote au Conseil de Paris, avant de se lancer dans un nouveau mandat de six ans, qui devrait être, comme elle l’a promis, encore plus « vert » que le précédent.

Paris reste à gauche. La maire sortante, Anne Hidalgo, conserve la mairie. Lors des élections municipales 2020, la candidate socialiste alliée aux écologistes a obtenu ce dimanche soir 48,7 % des voix devant la candidate LR Rachida Dati (33,8 %) et la candidate LREM, Agnès Buzyn (13,3 %). Forte des résultats du premier tour et de son alliance verte officialisée début juin avec David Belliard, Anne Hidalgo, n’a pas failli et embraye ainsi pour un deuxième mandat. Elle, qui était pourtant en difficulté il y a encore plusieurs mois, lorsque les Marcheurs avaient fait de la capitale une terre de mission, a su garder le cap.

« On a vu la résilience d’Anne Hidalgo. Donnée battue il y a un an, elle a mené une campagne sérieuse », se félicitait juste avant le second tour, auprès de 20 Minutes, Jean-Louis Missika, co-directeur de sa campagne. Mais cette victoire a aussi une saveur particulière. Elle vient mettre un terme à une campagne « inédite », « violente », « mémorable », « scandaleuse », « rock’n’roll », selon les dires de ses acteurs. Rythmée par des rebondissements sur fond de sextape de Benjamin Griveaux et de pandémie, cette séquence folle a aussi été marquée par un entre-deux tours qui s’est étiré sur plus de 100 jours. Anne Hidalgo, entrée tard dans la course, a suivi son plan de bataille à la lettre. Et pour cause, tout le monde voulait prendre sa place et le faux pas aurait pu lui être fatal.

La tempête

« Anne Hidalgo va perdre en 2020 », annonçait en février 2018 Florence Berthout, alors cheffe de file LRI (Les Républicain et Indépendants) et opposante de la maire sortante, à l’occasion d’un déjeuner presse, organisé à deux pas de l’Hôtel de Ville. A l’époque, ils sont nombreux à tomber sur Anne Hidalgo et sur tous les sujets : propreté, Vélib’, Autolib’, marché de Noël, voies sur berges. Rien ne va à écouter l’opposition et tout est la faute de la même personne. À cela, s’ajoutent des sondages en berne ( dans un baromètre Elabe pour Les Échos et Radio classique de février 2018, Anne Hidalgo recueille 18 % d’opinions favorables) et certaines polémiques (soupçons d’emplois fictifs, commande d’un rapport sur la propreté à 224.580 euros). En septembre, c’est le coup de bambou : son premier adjoint, Bruno Julliard, claque la porte avec fracas. La tempête gronde, Anne Hidalgo tente de tenir la barre.

Bruno Julliard et Anne Hidalgo en 2017
Bruno Julliard et Anne Hidalgo en 2017 - SIPA PRESS

L’édile entend remobiliser ses troupes. Elle fait revenir des fidèles de la première heure auprès d’elle et se recentre sur ses administrés après des séquences davantage tournées vers l’internationale. Car la « menace Macron » est aux portes du Château, soufflait alors une source interne. « Ça ne peut que faire peur quand on regarde les résultats parisiens lors de l’élection présidentielle. Elle est consciente que ça va être difficile mais elle trace sa route, sans se poser la question de qui va incarner cette menace ». », ajoute-t-on.

La renaissance

A partir de mai 2019, ses troupes s’activent en coulisses. « La maire sortante doit être la dernière personne à rentrer dans l’arène », rabâche son entourage. Alors qu’elle s’occupe à réaliser quelques dernières promesses de 2014, ses soutiens, eux, se mettent en branle et s’organisent pour lui dérouler le tapis rouge le moment venu. Au fur et à mesure, la bataille s’intensifie et la vapeur s’inverse doucement. L’édile se tient loin des petites phrases, des candidatures qui pullulent et du roman-photo LREM qui se joue entre Benjamin Griveaux et Cédric Villani. « Anne Hidalgo ne souffre d’aucune concurrence de leadership dans notre espace politique. Et nos concurrents sont dans un univers extrêmement fragmenté donc elle n’a aucun intérêt à se mêler de tout ça, alors que c’est un immense bazar », détaille Emmanuel Grégoire son premier adjoint et directeur de campagne.

Anne Hidalgo et Benjamin Griveaux
Anne Hidalgo et Benjamin Griveaux - SIPA PRESS

En janvier 2020, il déclare dans un local de campagne flambant neuf : « Tout est prêt. A l’instant où elle voudra appuyer sur le bouton, elle pourra ». Trois jours plus tard, comme Bertrand Delanoë en 2008 - alors candidat à sa propre succession - Anne Hidalgo choisit de s’annoncer dans Le Parisien. Elle se lance dans la bataille selon un plan calibré et chirurgical, à la virgule prêt.  Une campagne éclaire façon « Blitzkrieg ».

« Aller plus loin »

Durant neuf semaines, elle enchaîne les sorties médiatiques et de terrain en dévoilant « chaque jour un élément de son projet », avec un socle : l’écologie. Sous les couleurs de « Paris en commun », mouvement qui « réunit à la fois des femmes et des hommes issus du PS, du Parti communiste, d’écologistes, de Génération. s, des centristes, des humanistes, mais aussi des Parisiennes et des Parisiens qui souhaitent s’engager », dit-elle, elle axe principalement sa campagne sur le développement du vélo à Paris, de la piétonnisation et de la réduction de la place laissée à la voiture. Interrogée par 20 Minutes, à quatre jours du premier tour, sur la lutte contre la pollution elle assure : « Il faut aller plus loin, même si on a fait une bonne partie du chemin ».

Anne Hidalgo, maire sortante et David Belliard avec Arrnaud Ngatcha
Anne Hidalgo, maire sortante et David Belliard avec Arrnaud Ngatcha - ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Quelques jours plus tard, la campagne est stoppée net par la crise du coronavirus. Elle renfile son maillot de maire de la ville pour gérer la situation dans la capitale. Elle promet alors des masques aux Parisiennes et Parisiens, puis lors du déconfinement, elle demande la réouverture des parcs et jardins et appelle à repousser la réouverture des écoles. Mi-mai, elle fait voter un plan 200 millions d’euros pour relancer l’économie et soutenir l’emploi à Paris. L’opposition lui reproche un « manque d’anticipation » global.

La date de second tour trouvée, elle revient début juin dans la campagne, main dans la main avec les Verts pour la victoire finale, qui sera scellée officiellement dans quelques jours. Elle sera en effet élue le vendredi 3 juillet à l’occasion d’un vote au Conseil de Paris, avant de se lancer dans un nouveau mandat de six ans, qui devrait être, comme elle l’a promis, encore plus « vert » que le précédent dans un contexte toutefois de crise sociale et économique post-covid. Ce mandat sera aussi celui d’un événement historique : les Jeux olympiques 2024.