Municipales 2020 à Lyon : Qui est Grégory Doucet, l’écologiste qui va remplacer Gérard Collomb ?

ELECTION Le candidat EELV est arrivé largement en tête du second tour des municipales à Lyon avec 52 % des voix : il sera élu maire de Lyon

Caroline Girardon

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Grégory Doucet (EELV) est arrivé en tête du 1er tour des élections municipales à Lyon.
Grégory Doucet (EELV) est arrivé en tête du 1er tour des élections municipales à Lyon. — Bony / Sipa
  • Encore inconnu du paysage politique lyonnais il y a six mois, Grégory Doucet (EELV) va être élu maire de Lyon après sa victoire ce dimanche soir.
  • Ce père de famille de 46 ans a travaillé 20 ans dans l’humanitaire.
  • Il exerce depuis 10 ans au sein de l’ONG Handicap International.

Edit : Cet article a été mis à jour après l'élection de Grégory Doucet.

Il y a encore six mois, il faisait figure de parfait inconnu dans le paysage politique lyonnais. Aujourd’hui, il est pourtant l’homme qui fait trembler Gérard Collomb. L’homme à abattre, en quelque sorte. L’adversaire redouté que les Républicains et le maire sortant s’attachent à discréditer. L’écologiste Grégory Doucet, 46 ans, s'apprête à endosser l'écharpe tricolore de maire après sa large victoire aux élections municipales à Lyon en récoltant 52 % des suffrages et en distançant largement ses principaux challengers politiques. Des adversaires qui n’hésitaient pas à le qualifier publiquement de « khmer vert » ou d'« ayatollah de l’écologie ». « Un danger pour la ville », « un apprenti », dira même Etienne Blanc (LR) le jour de son ralliement à Yann Cucherat (ex-LREM).

Mais qui est réellement ce cadre, qui a mis fin à 20 années de règne Collomb à Lyon ? Père de trois garçons, Grégory Doucet a toujours eu des convictions chevillées au corps même s’il a commencé à militer sur le tard, en 2007. Il a rejoint alors les Verts qu’il ne quittera plus. Fils d’une mère sténo-dactylo et d’un père cadre de l’industrie pétrochimique, il avoue dans les colonnes du Monde, avoir eu la vocation relativement tôt. « Enfant, j’ai vu les images de marées noires à la télé, mon père travaillait sur des produits pour lutter contre les nappes de pétrole, j’étais fier de lui », se souvient-il.

Vingt ans passés dans l’humanitaire

Dans les rangs des élus lyonnais interrogés à son sujet, on avoue « ne pas trop le connaître », même si on souligne « sa courtoisie » et « sa sympathie ». Pour cerner un peu mieux sa personnalité, nous sommes donc allés chercher du côté de l’ONG Handicap International au sein de laquelle Grégory Doucet travaille depuis dix ans. Ce natif de Paris, diplômé de l’école de commerce de Rouen, a posé ses valises entre Rhône et Saône en 2009, fort d’une solide expérience dans l’humanitaire l’ayant conduit à vivre quatre ans aux Philippines, puis deux années à Katmandou, au Népal.

« Ça me fait rire d’entendre qu’il n’a pas d’expérience, répond d’emblée Mylène Pépin, qui a été son adjointe à la direction de la zone Afrique de l’Ouest. Grégory est un homme de terrain, qui a managé pendant des années plus de 500 collaborateurs. Les ressources humaines, les questions de sécurité sont des domaines qu’il maîtrise parfaitement ». Jean-Baptiste Richardier, co-fondateur de l’ONG abonde : « Avant de prendre la direction de l’Afrique de l’Ouest, il a été responsable de l’insertion économique. A cette époque, on traversait une période de difficultés économiques. Mais plutôt que de tirer sur l’ambulance, il a cherché des solutions en s’inscrivant dans un dialogue constructif. On a eu des échanges fournis sur des questions financières ou de gestion des équipes. »

« Gestionnaire hors pair »

L’homme a des convictions. Chacun s’accorde à le dire. « Il les exprime avec précision, clarté mais jamais avec agressivité ou désinvolture », observe Jean-Baptiste Richardier, qui dit avoir « vraiment découvert » son collaborateur sur le terrain. En Sierra Leone au plus fort de la crise Ebola. « Cela m’a permis de connaître le garçon qui s’est révélé être un organisateur hors pair, poursuit-il en souriant. Il fallait avoir de bonnes raisons pour rester sur place à cette époque alors que tout le monde s’en allait. Lui a su prendre des lourdes décisions avec toutes les précautions que cela nécessitait ». Sur place, le jeune directeur se charge de mettre en place une plateforme d’ambulances pour couvrir la zone de Freetown la capitale du pays, organise le déplacement des cas suspects ou des malades, veille à la décontamination de chaque habitation. « Un travail titanesque », résume le fondateur d'« HI ».

« Le plus dur était de convaincre les habitants. On savait que le pic de contagion est au moment du décès. Or, les populations observent des rituels funéraires au cours desquels les gens s’allongent près des défunts. C’était compliqué de leur parler de gestes barrières. Grégory a eu l’idée de s’appuyer sur nos réseaux locaux et communautaires pour parler aux habitants. Et cela a fonctionné », se souvient-il.

Mylène Pépin, qui a « beaucoup appris à ses côtés », souligne « la finesse de son travail d’analyses ». « Il cherche toujours à bien comprendre les choses, à bien cerner les enjeux avant d’agir. Et puis, Grégory ne décide jamais seul dans son bureau. Il aime concerter, s’entourer. Il est vraiment dans la coconstruction. » Un avis partagé par son équipe de campagne. « Avec lui, il n’y a pas de tabou. Il est ouvert d’esprit et réfléchit avec l’ensemble de ses collaborateurs. En permanence », souligne un membre de l’équipe municipale. Et d’ajouter : « Il retravaille sans arrêt ses sujets. Tout est carré avec lui ». Un peu trop ? « Il est drôle en réalité, il a la blague facile ! ».

Admirateur de Gandhi et des féminines de l’OL

Loué pour « sa bonne humeur », l’homme, admirateur de Gandhi et fervent supporteur des féminines de l’OL, est aussi apprécié pour « son calme ». Les séances de footing tous les deux jours et les exercices de respiration auxquels il s’astreint n’y sont certainement pas étrangers. « Je ne l’ai jamais vu s’énerver. La fatigue finit par se faire sentir à l’approche de l’échéance mais je le sens serein », poursuit le membre de son équipe de campagne.

A quelques heures du second tour, Jean-Baptiste Richardier ne cachait pas son pronostic. « Grégory a de l’empathie pour les gens, il s’intéresse profondément aux autres… Pour un maire, c’est déjà pas mal », rigole-t-il persuadé que l’élu écologiste sera un « bon gestionnaire » de la ville de Lyon. Et de conclure malicieusement : « Les ONG sont un excellent terreau d’apprentissage des bonnes pratiques, au service du bien commun. »