Municipales 2020 à Arles : Un duel inédit entre Patrick de Carolis et Nicolas Koukas dans une ville qui attend « le changement »

REPORTAGE Un duel relativement serré verra s’opposer Patrick de Carolis, divers centre, à Nicolas Koukas, candidat d’une union de la gauche, pour les municipales à Arles

Adrien Max

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Patrick de Carolis (G), candidat centriste, et Nicolas Koukas (D), candidat d'une union de la gauche.
Patrick de Carolis (G), candidat centriste, et Nicolas Koukas (D), candidat d'une union de la gauche. — GERARD JULIEN / AFP
  • Le second tour des élections municipales d’Arles verra s’affronter Patrick de Carolis, candidat du centre, à Nicolas Koukas, candidat d’une union de la gauche.
  • L’ancien PDG de France Télévisions est arrivé en tête du premier tour avec 26.41 % des suffrages exprimés, quand son adversaire, second a atteint 21.16 %.
  • La désertion du centre-ville est l’un des enjeux majeurs de ces municipales alors que les Arlésiennes et Arlésiens attendent du « changement ».

Quelques rares touristes déambulent sous un soleil de plomb dans les petites rues d’Arles, dans les Bouches-du-Rhône. Des locaux, aussi peu nombreux que les touristes, profitent, eux, de la réouverture des terrasses. Enfin, celles qui sont ouvertes. Le second tour des élections municipales, qui verra un duel entre Patrick de Carolis et Nicolas Koukas, se profile dans ce contexte de désertion du centre-ville. L’ancien PDG de France Télévisions est arrivé en tête du premier tour avec 26,41 % des suffrages exprimés avec sa liste divers centre, alors que Nicolas Koukas, et sa liste d’une union de gauche, a récolté 21.16 %.

Didier et Julie, deux commerçants de la rue Voltaire, à quelques mètres des arènes, guettent désespérément le chaland en refaisant le monde sur une petite table à l’ombre. « On voit bien que les Arlésiens ont complètement déserté le centre-ville avec cette crise du Covid et l’absence de touristes », constate amèrement Julie.

« Tout a été fait pour tuer le centre-ville »

Nul besoin d’aller chercher loin, selon Didier, « commerçant qui vit de son commerce, contrairement à la moitié des boutiques du centre », l’état d’abandon du centre-ville est catastrophique. Parking hors de prix à près de 3 euros de l’heure, et mal entretenu, voirie avec des trous, saleté dans les rues, la liste est longue. « Tout a été mis en place pour tuer le centre-ville. Ce sont les commerçants qui sont obligés de balayer. Le maire sortant a toujours privilégié ses amis, les cadres de la mairie sont des mecs avec qui j’étais à l’école, c’était déjà des tâches à l’époque, ils le sont restés », estime-t-il.

La rue Voltaire à Arles, où Julie et Didier tiennent un commerce.
La rue Voltaire à Arles, où Julie et Didier tiennent un commerce. - Adrien Max / 20 Minutes

Pire, Julie estime ne pas bénéficier de la manne potentielle de certains touristes, alors que le secteur représente plus de 20 % des emplois à Arles. « Les touristes des paquebots vont consommer aux Sainte-Marie de la Mer, on entend les guides leur dire, " n’achetez rien ici, vous achèterez là-bas ". Je suis sûr qu’ils reçoivent des bakchichs. A la limite ceux qui viennent pour le tourisme culturel consomment un peu, mais les Arlésiens ne viennent plus dans le centre-ville. Je suis obligé de marcher 15 minutes depuis ma voiture pour venir à ma boutique, alors que ça devrait être le temps pour traverser la ville. Les gens vont à Montpellier, à Avignon ou à Marseille », constate-t-elle.

Pierre, Mehdi, Théo et Raphaël profitent de l’ombre des arbres du jardin d’été. Ils partagent le même constat que leurs aînés. « Pour la jeunesse c’est vrai qu’il n’y a pas grand-chose. C’est une ville touristique. Il y a les expos photos, mais sinon ce n’est pas très varié. Tout ferme tôt, il n’y a pas trop de choix. Alors on se pose sur les quais du Rhône. Mais il n’y a même pas de poubelles, on essaye de faire attention mais c’est vite sale. Du coup on sort à Montpellier ou à Marseille, heureusement on est assez proches d’autres villes », expliquent les quatre jeunes, qui n’iront pas voter dimanche.

Airbnb et entre soi

Si le tourisme culturel représente une manne économique indispensable, il a profondément changé le visage de la ville. « Maintenant à chaque fois qu’un commerce est revendu, une galerie d’art ouvre à la place. Avant c’était sympa, il y avait de la vie, il y avait les gitans qui jouaient de la musique, tu gagnais bien ta vie, aujourd’hui tu galères pour trouver un logement tellement il y a de Airbnb. La ville est devenue trop bobo », regrette Anne, pour qui cet été sera sa dernière saison. Elle vient de revendre sa brasserie de la place du forum, « peut être qu’on ira vivre au camping city », en plaisante-t-elle à moitié.

Dans la rue de Didier et Julie, « ici ce sont des Parisiens qui sont là un mois dans l’année, ici ce sont aussi des Parisiens, là des Anglais, et le reste ce sont des Airbnb ». « La moitié des personnes qui ont des commerces n’en ont pas besoin pour vivre. Tant que le thé est bon, la journée a été bonne. Et malheureusement il y a beaucoup d’entre soi chez les riches. Madame Hoffman [riche mécène] a organisé une soirée dans sa tour, on a juste vu les voitures aux vitres fumées passer, et elle avait pris un traiteur de Lyon », se désole Didier. « Moi je dis aux jeunes, barrez-vous ! », conclut-il. Anne est moins radicale : « On a besoin de changement ».

Renouvellement et nouveauté

Nicolas Koukas, adjoint aux finances, à l’emploi et à la solidarité, du maire sortant Hervé Schiavetti (PCF) qui ne se représente pas, semble avoir conscience de ce besoin de changement. Attablé place du Forum, il explique avoir renouvelé son équipe. « Je n’ai pas souhaité qu’Hervé Schiavetti soit sur mes listes, même s’il me l’a proposé. Il faut écrire une nouvelle page. Une de mes futures adjointes, Françoise Pams, faisait la com du Medef. Ce n’est pas une femme de gauche, et beaucoup de personnes issues de la société civile sont présentes sur mes listes. Il ne s’agit pas d’une élection présidentielle, nous avons besoin de connaître son équipe et son projet. C’est le candidat du système, il a fréquenté Jacque Chirac et Nicolas Sarkozy », avance celui qui explique vouloir « gouverner autrement ».

Le journaliste à la retraite Patrick de Carolis, est, lui, convaincu d’incarner le véritable changement. « Nicolas Koukas fait partie de l’équipe municipale depuis 19 ans, Hervé Schiavetti lui a tout appris. Il est formaté par ce système, et c’est normal, on ne peut pas lui en vouloir il est le fruit de ce système », estime-t-il. Quant aux attaques de son adversaire le qualifiant de candidat du système et de parisien ? « J’ai passé tous mes week-ends ici jusqu’à mes 17 ans. Trois de mes six livres parlent d’Arles. Quand je me promène dans la rue, on m’arrête pour me dire qu’on connaissait untel ou untel de ma famille. Aujourd’hui j’ai 66 ans, je suis à la retraite et j’ai toujours voulu m’investir pour ma ville. Contrairement à ce que mon adversaire dit, je ne rêve pas d’embrasser une carrière politique. Je ferai un mandat, ou deux au maximum, et je propulserai des jeunes de mon équipe », se défend-il.

La gestion du quotidien

Entouré « d’hommes et de femmes encartés à droite, au centre ou à gauche », ce candidat du centre qui a installé sa permanence juste en face de la mairie, souhaite « remettre la maison Arles en ordre, et non pas remettre de l’ordre dans la maison Arles ». Avec trois axes : la propreté, les services rendus et la sécurité. « L’ensemble des actes délictuels ont augmenté de 9 % en 2019, la hausse atteint 20 % pour les coups et blessures, 35 % pour les délits liés aux stupéfiants, selon les chiffres de data.gouv, monsieur Koukas ne veut pas voir la réalité en face ».

Une critique à l’encontre de son adversaire alors que celui-ci estime que les chiffres sur la sécurité comme « satisfaisants ». Il préfère se concentrer sur les défis climatiques qu’attendant Arles et sa région. « Nous pourrions avoir les premiers réfugiés climatiques d’Europe avec la montée des eaux en Camargue. Il faut adapter ce territoire au changement climatique », avance-t-il.

Les abord des arènes d'Arles sont pratiquement désert et seulement quelques commerces sont ouverts.
Les abord des arènes d'Arles sont pratiquement désert et seulement quelques commerces sont ouverts. - Adrien Max / 20 Minutes

Bien conscient de la vulnérabilité de la ville au tourisme culturel, il souhaite axer son développement économique en se reposant sur le Rhône. « Il faut renforcer notre zone portuaire et faire mieux dans ce domaine. Renforcer nos zones d’activité basées sur l’économie créative autour de l’édition, du livre et développer l’économie verte autour des déchets », avance-t-il.

Ne plus se contenter du tourisme

Pour Patrick de Carolis, l’accent est mis sur l’attractivité économique. « La maison Arles repose sur quatre piliers, les quatre mois estivaux. Je souhaite qu’elle repose sur les 12 piliers de l’année. Le taux de création d’entreprise stagne depuis dix ans. 85 % des emplois des jeunes dans 10 ans ne sont pas encore créés, on ne les connaît pas. Je souhaite donc implanter une pépinière d’entreprises basée sur l’économie verte, la santé et le numérique. Mais aussi développer l’offre de formation pour les jeunes. Des formations professionnalisantes, comme universitaires. Nous avons gagné 30 étudiants en dix ans », constate-t-il. Le développement du port est aussi un axe fort de son projet.

Des belles paroles selon Nicolas Koukas, qui attend du concret. « Il a un carnet d’adresses, mais il n’a fait venir personne contrairement à Christian Lacroix ou d’autres mécènes », tacle-t-il.

Un développement économique essentiel selon Patrick de Carolis, mais il n’oublie pas pour autant l’aspect social, dans une ville ou la pauvreté touchait 23 % de la population en 2017. « Nous avons un formidable plafond culturel à Arles, avec les rencontres de la photographie, la tour Hoffman, Acte Sud. Mais le plancher social s’affaisse. Occupons-nous du reste de l’année, je veux être le maire d’Arles 365 jours/an », avance Patrick de Carolis. Quand Nicolas Koukas veut être « le maire du quotidien ». Reste à savoir, dimanche, si Patrick de Carolis parvient à s’enraciner, ou si Nicolas Koukas réussi à voler de ses propres ailes.