Municipales 2020 à Montpellier : « Moi, on sait où je suis, je ne retourne pas ma veste », clame Michaël Delafosse

INTERVIEW Avant le second tour des municipales le 28 juin, « 20 Minutes » interroge les candidats encore en lice. Michaël Delafosse évoque ses propositions et égratigne le bilan du maire

Propos recueillis par Nicolas Bonzom et Jérôme Diesnis

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Michaël Delafosse (PS) est candidat à la mairie de Montpellier.
Michaël Delafosse (PS) est candidat à la mairie de Montpellier. — Nicolas Bonzom / Agence Maxele Presse
  • Après le premier tour des élections municipales le 15 mars, il reste trois candidats à la mairie de Montpellier : Philippe Saurel (DVG), Michaël Delafosse (PS) et Mohed Altrad (DIV).
  • Arrivé en seconde position, le socialiste Michaël Delafosse s’est uni avec les Verts et porte une liste d’union de la gauche.
  • « Il faut mettre fin aux conflits inutiles pour donner un nouveau souffle à Montpellier », martèle le candidat, en tirant à boulets rouges sur le bilan du maire Philippe Saurel.

Il est arrivé en deuxième place au premier tour des municipales à Montpellier avec 16,66 % des suffrages exprimés. Michaël Delafosse (PS) semble bénéficier d’une bonne dynamique, à la tête d’une liste d’union de la gauche. Allié au Parti communiste, puis dans l’entre-deux tours aux écologistes d’EELV, ce professeur d’histoire-géo au collège, âgé de 42 ans, va tenter de dépasser le maire sortant Philippe Saurel (DVG, 19,11 %) et garder à distance Mohed Altrad (DIV, 13,30 %).

Kléber Mesquida (PS), président du département de l’Hérault, et Carole Delga (PS), présidente de la région Occitanie, sont venus vous apporter leur soutien. C’est une manière de montrer que, si vous êtes élu maire, ce sera la concorde entre les territoires ?

Le maire actuel a cultivé des conflits, inutilement. D’abord à la métropole de Montpellier, quand il a demandé aux vice-présidents, maires de communes, de rejoindre La République en marche. S’ils n’acceptaient pas, ils n’étaient plus vice-présidents. Résultat, notre métropole est en conflit et les gens ne travaillent plus ensemble. Il a également souvent cultivé des conflits avec la région, le département, pour des raisons desservant Montpellier. Je souhaite porter une gouvernance apaisée, qui fédère, pour donner un nouveau souffle à Montpellier. Pour porter des dossiers, comme le tramway à la mer.

Delga, Mesquida, Delafosse… C’est le grand retour du Parti socialiste à Montpellier, comme le raillent vos adversaires ?

Ceux qui font ce reproche, ils sont quoi ? Où se situent-ils dans l’échiquier politique ? Vous me parlez d’un candidat « divers gauche » [Philippe Saurel] qui s’associe avec l’ancien candidat de la droite [Jacques Domergue] ? Avec Patricia Mirallès, qui siège à La République en marche ? Le président du département et la présidente de la région auraient comme tort d’être de gauche ? Moi, on sait où je suis. Je ne retourne pas ma veste, parce que l’opportunisme politique ne règle pas les problèmes. Ceux qui changent de camp au gré de leurs intérêts électoraux, pensent d’abord à eux au lieu de penser aux gens. Je suis constant dans mes convictions : je suis un homme de gauche.

Vous évoquez le tramway à la mer, n’est-ce pas un serpent de mer que l’on ressort à chaque élection ?

Mais la responsabilité du futur maire, c’est d’essayer de sortir de cette absurdité d’un tramway qui s’arrête au milieu d’un rond-point ! Si département et région sont parties prenantes, on peut alors mener un dialogue fécond avec l’agglomération du Pays de l’Or. Il faut mettre fin aux conflits inutiles pour donner un nouveau souffle à Montpellier. L’Etat s’était engagé à l’époque à hauteur de 70 millions d’euros pour amener le tramway à la mer. J’ai une réputation de réussite sur des dossiers dits insurmontables : le devenir du Rockstore, la perte de mixité sociale au collège Las Cazes…

Votre mesure phare, c’est le tramway gratuit. Comment le financerez-vous ?

Le tramway sera gratuit pour les habitants de la métropole sans augmenter les impôts sur tout le mandat. A Montpellier, on ne pourrait pas trouver 24 millions d’euros pour faire une mesure qui permet de répondre à ces milliers de jeunes, qui nous demandent d’agir pour le climat ? Pour les gens qui n’arrivent pas à vivre de leur travail ou de leur pension ? Le coût de notre mesure, c’est 5 % du budget de la métropole. A Montpellier, on paie 2.450 euros d’impôts en moyenne. N’y a-t-il pas des dépenses qui vous paraissent scandaleuses ? Les 10 millions d’euros gaspillés pour exporter nos déchets, sans stratégie, à Marseille ou en Espagne. Soit on continue la mauvaise gestion, soit on fait le choix de redistribution fiscale sur une mesure vertueuse pour l’écologie.

Que répondez-vous aux nombreux experts et au rapport du Sénat, selon lesquels la gratuité des transports est contre-productive pour les réseaux performants, comme celui de Montpellier ?

Si le Sénat était une assemblée progressiste, novatrice et ambitieuse pour notre pays, ça se saurait… Nous allons mettre en place la gratuité des transports, mais nous n’allons pas faire que ça. Nous allons créer une politique en faveur des piétons, car il existe beaucoup de rues sans trottoirs à Montpellier. Nous allons avoir une politique pour le vélo. On a dû attendre le virus pour qu’il y ait des pistes cyclables ! Nous avons 300 jours de soleil par an, un potentiel formidable ! On se donne six mois dans la réalisation. Cela va s’inscrire dans une politique globale, pour offrir aux habitants une alternative à l’automobile.

Michaël Delafosse (PS) est candidat à la mairie de Montpellier.
Michaël Delafosse (PS) est candidat à la mairie de Montpellier. - Nicolas Bonzom / Agence Maxele Presse

Ces pistes cyclables provisoires sont un enfer pour les automobilistes. Souhaitez-vous les conserver ? Et quelle place voulez-vous laisser à la voiture ?

Je veux rendre désirables les autres modes de transports alternatifs à la voiture. Que l’on retrouve une image du passé, le chemin des écoliers. Que l’on puisse se sentir en sécurité pour que les enfants puissent aller à l’école à pied, au collège. On peut favoriser un système de location-accession du vélo à assistance électrique, comme le fait Rennes. Il faut pérenniser des pistes cyclables mais aussi des voies de bus en sites propres. Il y aura des réductions des 2x2 voies, dans un certain nombre de secteurs. Nous irons vers une ville 30 [km/h], sur une grande majorité des axes de la ville, sauf les axes majeurs.

Cela pose aussi la question des contournements de Montpellier. Un point d’achoppement avec les Verts, avec qui vous avez fait une alliance entre les deux tours…

Non, un point d’appréciation différente. Le Lien [contournement nord], le département le réalise. La déviation Est, le département la réalise. Et le contournement ouest se fera, car c’est de la responsabilité de l’Etat, qui doit le financer. La métropole de son côté doit financer une politique en faveur des vélos, des piétons, des bus en sites propres. Je défendrai le boulevard urbain à l’ouest de la métropole, car il faut évacuer le trafic de transit.

Une autre différence avec vos alliés écologistes : le nouveau stade…

Je suis favorable au projet de stade, porté par le président [Laurent] Nicollin. Je pense que le sport professionnel est en train de changer de modèle. Les clubs professionnels veulent maîtriser leur outil, avec un financement 100 % privé. Nous devons les accompagner dans cet esprit. C’est pour cela que j’ai proposé la relocalisation du stade à la place d’Ode à la mer, un projet que je veux ajourner. Et, contrairement à d’autres, ce n’est pas une conviction sortie il y a quinze jours !

En 2011, vous l’aviez pourtant voté, ce projet Ode à la mer…

En 2011, l’assemblée communautaire a voté pour la constitution d’une ZAC pour traiter la zone du Fenouillet [dont les commerces sont installés en zone inondable]. Mais qui a signé, le 15 décembre 2014 la constitution de deux fois Odysseum ? Mais qui signe la promesse de vente à Frey [le groupe qui devait réaliser la partie commerciale d’Ode à la mer], créant deux fois Odysseum ? Du nom de… Shopping Promenade, un coup de poignard pour le commerce du centre-ville ! Il est maire de Montpellier. Quinze jours avant le deuxième tour des municipales, l’ajourner, cela n’est pas sérieux !

Pourquoi ne pas construire le stade à Cambacérès ?

Parce que cela coûtera extrêmement cher à Cambacérès, en infrastructures. A Ode à la mer, il y a déjà la ligne 3 du tramway, avec deux arrêts. Il y a déjà des surfaces artificialisées, où il existe des parkings. Nous sommes favorables à l’implantation de la halle French Tech et l’école Montpellier Business School. En revanche, une partie des 100 ha sera consacrée à un nouveau poumon vert. Les travaux en agroforesterie montrent que planter des arbres à cet endroit peut participer à un rafraîchissement de la ville.

Vous avez promis de végétaliser la place de la Comédie. Comment ?

De très belles études d’ingénieurs montrent que c’est possible. Il faudra sacrifier quelques places de parking pour pouvoir accueillir les arbres, au premier niveau du parking de la Comédie, et sur la partie gauche, il y a un terre-plein, que l’on peut utiliser. Je crois que nous allons y gagner en qualité de vie. La Comédie ne doit pas être seulement un lieu de passage, mais aussi un lieu de rencontres. Georges Frêche [ancien maire de Montpellier] a piétonnisé la Comédie et le centre-ville. L’année dernière, il a fait 46,5 °C sur la place. Il est temps que notre magnifique place de la Comédie soit végétalisée. Qu’on y trouve de l’ombre, qu’elle soit rafraîchie, ombragée. Cela annonce notre projet de planter 50.000 arbres sur la ville durant la décennie.

Michaël Delafosse (PS), ici sur la place de la Comédie, est candidat à la mairie de Montpellier.
Michaël Delafosse (PS), ici sur la place de la Comédie, est candidat à la mairie de Montpellier. - Nicolas Bonzom / Agence Maxele Presse

Alors adjoint à l’urbanisme, vous aviez notamment lancé les constructions des « folies du XXIe siècle » dans les friches urbaines. N’est-ce pas du bétonnage ?

Vous pensez que ça a été une erreur pour Montpellier ? Ça a rapporté de l’argent à la commune, et assuré son rayonnement sur toute la planète [L’arbre blanc a reçu de nombreuses récompenses dans des concours mondiaux de référence]. Ce n’est pas rien, d’être fier d’une ville. Le bétonnage ? Mais qui a fait de Montpellier une sorte de far-west pour les promoteurs ? Celui qui depuis six ans a la possibilité de réviser le PLU [Plan local d’urbanisme] et ne l’a toujours pas fait. Je propose que l’urbanisme soit un urbanisme concerté, et que l’on arrête de laisser de petites maisons se détruire…

Vous souhaitez inscrire Montpellier au patrimoine mondial de l’Unesco. N’est-ce pas ambitieux alors que Nîmes – dont le patrimoine est tout autre – a échoué dans sa tentative ?

A Nîmes, ils n’y sont pas encore, mais ils ont déjà fait tellement d’efforts ! Aujourd’hui, à Nîmes, la qualité de l’espace public, le traitement des déchets, la question de la sécurité semblent mieux traités qu’à Montpellier. Et moi, j’ai encore beaucoup d’orgueil pour ma ville. Il faut que l’on ait ce niveau d’ambition d’une labellisation à l’Unesco. Nous allons tirer le centre-ville vers le haut. Ici, depuis 800 ans, on enseigne la médecine. De grands progrès y ont été accomplis, et les murs et les pierres parlent.

Montpellier est souvent décriée comme étant sale. Que proposez-vous ?

Il faut complètement revoir la gestion. Nous allons retravailler sur le contrat, responsabiliser ceux qui portent le nettoyage. Le maire actuel, il a beaucoup promis, mais peu tenu. Il y aura un référent par quartier, dédié à la propreté, connu de tous, qui connaîtra le terrain. Une guerre sans nom sera menée face aux incivilités. Je vous le dis, si vous jetez un mégot, il y aura une amende. On ne peut pas être irresponsable de l’espace public. Nous allons renforcer la capacité de tri du centre-ville.

Et sur l’insécurité ?

J’entends être un maire qui protège. Le bilan du maire actuel est dramatique. Il passe son temps à dire que ce n’est pas lui, que c’est l’Etat. Mais enfin, qui a le pouvoir de police, si ce n’est le maire ? La police municipale sera une police de proximité, attachée à chaque quartier, connue de tous, qui travaillera en bonne intelligence avec la police nationale. Trente agents seront dédiés à la police des transports. Nous proposons dans les espaces liés aux logements sociaux – où il y a parfois des problèmes – une brigade dédiée, pour lutter contre ces incivilités. Je propose la création d’un conseil des droits et des devoirs des familles : quand un jeune faute, nous devons pouvoir dialoguer avec sa famille.