Municipales 2020 : Comment le coronavirus a poussé des candidats à adapter leur programme

ADAPTATION Environ 5.000 communes doivent élire leur maire dimanche, après une campagne bouleversée par l’épidémie de Covid-19

L.C.

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Des promeneurs passent devant les affiches des candidats aux municipales à Marseille, en avril 2020.
Des promeneurs passent devant les affiches des candidats aux municipales à Marseille, en avril 2020. — Fabien Dupoux/SIPA
  • Environ 16 millions d’électeurs sont appelés aux urnes le 28 juin pour élire les maires dans 5.000 communes. Ce second tour a lieu plus de trois mois après le premier, le 15 mars dernier.
  • La crise du coronavirus a bouleversé le calendrier du scrutin, mais aussi le contenu des programmes. Certains candidats ont également changé leurs priorités afin de s’adapter au contexte sanitaire et économique.
  • Affronter la crise économique causée par la pandémie et le confinement est l’une des nouvelles priorités, tandis que la santé et l’écologie, déjà présentes dans bien des professions de foi, sont renforcées.

Le coronavirus n’a pas chamboulé que le calendrier des élections municipales. L’épidémie a aussi poussé les candidats encore en lice pour le second tour dans 5.000 communes, dimanche, à adapter ou enrichir leur programme de campagne. Il s’agit notamment de parer à la crise économique provoquée par le confinement, ou de répondre à certaines attentes des habitants accrues depuis la crise sanitaire, en matière d’ écologie ou de santé. Tour d’horizon de ces nouveautés de campagne.

Des plans de relance

Soutenir l’économie est la priorité pour de nombreux candidats. « La seule chose qui évolue dans notre programme, c’est l’enveloppe de 1 million d’euros pour aider les commerces et entreprises », explique le maire sortant d’Auray (Morbihan) Joseph Rochelle, à la tête d’une liste sans étiquette. « On allégera les taxes », poursuit l’édile, qui souhaite également la création d’un service d’urgence dans la commune de près de 14.000 habitants.

Pour relancer la consommation et aider les commerces, le candidat socialiste à Nancy Matthieu Klein, en ballottage favorable, propose un système de bons d’achat. « Un client paiera 100 euros, la ville ajoutera 20 euros, et il aura 120 euros à dépenser dans les boutiques de la ville. C’est de l’argent directement dans les caisses des commerçants », explique son équipe. Au Rassemblement national, Aymeric Durox, tête de liste à Nangis, en Seine-et-Marne (8.700 habitants), propose également des baisses de taxes et des bons d’achat pour soutenir le tissu économique local.

Faire des économies

Au lieu d’ajouter des propositions, certains décident d’en enlever. A Annecy, l’ex-LREM Frédérique Lardet a renoncé à son projet de baisser la taxe foncière pour les ménages. « Cela coûtait 15 millions d’euros, on préfère baisser la cotisation foncière des entreprises, pour soutenir les TPE et PME », explique la députée de Haute-Savoie, dont la liste a fusionné avec celle du candidat EELV François Astorg.

A Bordeaux, le maire sortant Les Républicains Nicolas Florian propose de donner un chèque de 50 euros par foyer. Il a par ailleurs renoncé à son projet de piscine en plein air sur les bords de la Garonne, évaluée à quelque 25 millions d’euros. « La question des finances risque d’impacter, du moins dans la temporalité, certains projets d’investissement », explique-t-il à 20 Minutes.

Et du social

La crise a aussi aggravé la précarité de certains foyers. Au Havre, le candidat Edouard Philippe, soutenu par LREM, propose de mettre en place dès cet été du soutien scolaire gratuit pour les élèves en difficulté, après plusieurs semaines d’école à distance.

Plusieurs candidats annoncent aussi qu’ils soutiendront les associations locales s’ils deviennent maires, en maintenant leurs subventions même si les projets subventionnés n’ont pu aboutir à cause du confinement.

Des mesures pour la santé davantage mises en avant

La santé, déjà présente dans certains programmes, est davantage mise en avant dans les tracts et les discours. « Nous n’avons pas ajouté de mesures, mais nous avons repriorisé les sujets », explique Cécile Prudhomme, membre de l’équipe de campagne de la candidate écolo Anne Vignot, à Besançon (Doubs), soutenue par la gauche. « En mars, la santé n’était pas le sujet numéro un pour les électeurs, ça l’est devenu. » Le thème figure désormais en première position du nouveau tract. « Pour le reste, notre programme était déjà riche en mesures écologiques et sociales, donc il répond bien à la crise, finalement », poursuit-elle.

« Cette crise a été un révélateur, on mesure encore plus l’urgence de changer notre ville », abonde l’équipe de Matthieu Klein, renforcée dans son opposition à la suppression de postes et de lits à l’hôpital de Nancy.

Encore plus d’écologie

L’écologie municipale avait déjà infusé au-delà d’EELV pour ces élections, mais le confinement a accentué ce phénomène, notamment en matière de transports. Les pistes cyclables apparues pendant la crise dans plusieurs villes pour inciter les habitants à enfourcher leur vélo, plutôt que d’engorger les transports en commun, pourraient être pérennisées, comme le propose la maire sortante divers droite de Morlaix (14.500 habitants), Agnès Le Brun.

« On a décidé de renforcer l’aide à l’achat d’un vélo électrique », explique aussi Frédérique Lardet, candidate à Annecy. Tous les candidats espèrent que les électeurs seront sensibles à leurs efforts d’adaptation, alors qu’une abstention record a marqué le premier tour du scrutin.