Municipales 2020 à Marseille : Pourquoi tant de débats sur le débat ?

POLITIQUE Pour la première fois à Marseille, la campagne des municipales n'aura connu aucun débat, le sujet faisant l'objet de vives tensions entre les différents candidats 

Mathilde Ceilles

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Devant les affiches des elections municipales organisées le 15 mars dernier à Marseille, le 16 avril 2020.
Devant les affiches des elections municipales organisées le 15 mars dernier à Marseille, le 16 avril 2020. — Fabien Dupoux/SIPA
  • La question de la tenue d’un débat des municipales à Marseille fait l’objet de vives tensions.
  • Les enjeux en matière de communication politique sont pourtant importants.
  • Aucun débat ne se tiendra, après d’âpres affrontements sur le sujet.

Jamais on aura autant discuté, et avec tant de vigueur, de la façon dont on souhaite discuter… tant et si bien qu’il n’y aura aucune discussion. Alors que la longue campagne des municipales  s’achève à Marseille, et avec elle l’issue d’un scrutin historique, aucun débat ne sera organisé entre les différents candidats qui prétendent prendre la suite de Jean-Claude Gaudin, maire LR sortant qui ne se représente pas après 25 ans à la tête de la deuxième ville de France.

Une première dans cette ville où le débat télévisuel entre les candidats a toujours constitué un temps fort traditionnel de chaque campagne pour les municipales. A quelques jours du premier tour, un débat entre les différents candidats était bien prévus sur France 3… sans la candidate LR Martine Vassal, alors favorite, qui avait refusé d’y prendre part. Le débat avait toutefois été annulé en raison d’un mouvement de grève des salariés de la chaîne.

« Ce sera ou elle ou moi »

Au début du mois de juin, Martine Vassal change d’avis et réclame finalement un débat d’entre-deux tours avec celle désormais favorite, la candidate du Printemps Marseillais Michèle Rubirola. « J’ai souvenir de débats de campagne sur les investitures, à droite ou chez les socialistes, expliquait il y a quelques jours Martine Vassal à 20 Minutes. Je me rappelle très bien de ce brouhaha qu’on entend systématiquement et on n’arrive pas à s’exprimer. Par contre, là, ce sera ou elle ou moi, ou l’une ou l’autre qui sera maire de Marseille. »

Raison pour laquelle Martine Vassal a récemment refusé le débat organisé par France 3 prévu pour ces prochains jours et qui prévoyait également de convier sur le plateau le candidat RN Stéphane Ravier et le candidat dissident de la droite Bruno Gilles. De son côté, la candidate du Printemps marseillais refuse pour ce second tour de débattre avec sa rivale LR, alors qu’elle était prête à le faire pour le premier tour. « Maintenant, c’est un débat contre moi, justifie Michèle Rubirola. Ce n’est pas un débat d’idées entre elle et moi. »

« Marquer des points »

« Le débat est toujours sollicité par celui qui veut renverser la vapeur, analyse Charlotte Euzen, directrice du cabinet Tilder et professeur de communication politique à SciencesPo Lille. L’idée pour l’outsider est de marquer des points, surtout dans une campagne 2020 un peu particulière. Il n’y a pas eu de vrais meetings avant le second tour. L’effet de l’affichage reste limité avec le confinement. On ne serre pas la main dans les marchés. Le débat est un peu l’exercice de base qui permet d’exposer ses idées. »

Un exercice dont les autres prétendants à la mairie, bien contrariés, se retrouvent privés. « Elles refusent le débat parce qu’elles ont peur de moi, lance le candidat RN Stéphane Ravier. C’est un véritable préjudice démocratique car certains électeurs ne voient toujours pas le triple langage que peut avoir par exemple Martine Vassal. » « Je ne trouve pas ça très correct vis-à-vis des électeurs, s’agace Bruno Gilles. En fonction de quoi les neurones des cerveaux des électeurs vont-ils choisir le bulletin de vote ? Sur l’affaire des procurations, sur des affinités politiques, mais pas forcément sur des projets ! »

« Une question de crédibilité »

« Participer à un débat, c’est plutôt une question de crédibilité et de légitimité, estime Charlotte Euzen. Dans un débat, le candidat montre sa façon de gérer l’adversité. Ça ne change pas forcément le score, mais la perception de la victoire. On voit si le candidat est capable de tenir une mairie. Ça a une valeur symbolique très forte. Refuser le débat, c’est perdre cette valeur ajoutée symbolique. Cette façon de se défiler face à cet exercice important envoie un message assez négatif à l’électorat… »

En lieu et place du débat comme climax de cette longue campagne, Michèle Rubirola multiplie les visites de quartier aux côtés des éléphants de la gauche, d’Olivier Faure ce lundi à Benoît Hamon ce jeudi. De son côté, Martine Vassal enchaîne les visites de terrain et organise ce mercredi… un meeting en ligne avec les pontes de la droite locale et nationale. Drôle de campagne…