Municipales 2020 à Marseille : « Je veux donner envie aux gens, pas leur faire peur », souhaite Michèle Rubirola

INTERVIEW Avant le second tour des municipales le 28 juin, « 20 Minutes » interroge les candidats encore en lice. Michèle Rubirola, candidate du Printemps marseillais est arrivée en tête lors du premier tour dans la cité phocéenne

Propos recueillis par Adrien Max

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Michèle Rubirola, candidate du Printemps marseillais.
Michèle Rubirola, candidate du Printemps marseillais. — Philippe Magoni
  • Après le premier tour des élections municipales le 15 mars, il reste six candidats à la mairie de Marseille : Michèle Rubirola (Printemps marseillais), Martine Vassal (LR), Stéphane Ravier (RN), Yvon Berland, (LREM), Bruno Gilles (DvD) et Samia Ghali (DvG).
  • Arrivée en première position avec 23.4 % des suffrages exprimés, Michèle Rubirola fait figure de favorite inattendue.
  • La tête de liste du Printemps marseillais

C'est la surprise du premier tour des élections municipales à Marseille. Pourtant donnée troisième par les sondages, Michèle Rubirola, la candidate du Printemps marseillais, un rassemblement de partis de gauche et de citoyens, est finalement arrivée première. Elle a devancé de justesse la candidate LR, Martine Vassal, avec 23,4 %, contre 22,3 %. Une source d’espoir pour la gauche au niveau national, comme en témoignent les venues d’Olivier Faure (PS), et de Julien Bayou (EELV) lundi pour la soutenir.

Avez-vous été surprise de votre résultat au premier tour ?

Ce serait un peu orgueilleux de dire que l’on s’y attendait. Surtout que les sondages me voyaient troisième. Enfin j’espérais quand même être deuxième. Ça m’aurait fortement contrarié d’être derrière le Rassemblement national. J’étais ravie de ce résultat.

Est-ce que la crise du coronavirus, et la forte abstention, ont pu provoquer ce retournement de situation ?

L’abstention a touché toutes les couches sociales, du couple avec enfant qui avait un peu peur de sortir et d’être à la merci du virus, jusqu’aux personnes âgées, qui étaient à risque. Je pense qu’on a un échantillon représentatif de la population. L’abstention est de mise à Marseille depuis longtemps. Et toutes les classes sociales, je pense, ont été touchées. On verra bien comment ça se passe pour le second tour. J’espère que nos électeurs se mobiliseront encore plus qu’au premier tour.

Comment réagissez-vous aux soupçons de fraude aux procurations ?

Il faut trouver le mot juste. Je suis vraiment atterrée. Atterrée parce que Marseille passe encore pour une ville où rien ne se passe normalement, et ça, ça commence à suffire. Parce qu’entendre toujours « oh mais c’est normal, c’est à Marseille », on n’en veut plus. C’est vraiment un déni de démocratie. Ce sont des méthodes mafieuses, frauduleuses. Je ne peux qu’être atterrée par ces pratiques. Même si on soupçonnait des pratiques comme des bourrages d’urnes ou des choses comme ça, à ce point-là, j’ai été sidérée. Je pense que c’est un système qui s’effondre et qui éclate au grand jour.

Est-ce que vous pensez que ça peut jouer sur le scrutin ?

Je pense qu’il y a une prise de conscience des électeurs. Je pense que les électeurs de Martine Vassal, ce sont des électeurs honnêtes, Ils ont simplement des idées différentes. Ils peuvent être heurtés par de telles pratiques. Ça oui, je le pense.

Pourquoi vous être retirés dans le secteur des  13e et 14e arrondissements, mais pas dans le 15-16 ?

Dans le 13-14, on a quand même la mémoire de 2014, où le PS ne s’était pas retiré et on a vu arriver le Rassemblement national. La configuration était un peu la même, donc en arrivant troisième et le RN premier, notre décision a été de pratiquer le front républicain. Dans le 15-16, le RN n’est pas arrivé premier donc ce n’est pas du tout la même configuration.

Michèle Rubirola, candidate du Printemps marseillais.
Michèle Rubirola, candidate du Printemps marseillais. - Philippe Magoni

Est-ce que vous ne pensez pas qu’avec deux listes de gauche, il y a finalement le risque que le RN soit élu ?

Il y a une liste du rassemblement des forces de gauches, écologistes et citoyennes qui s’appelle le Printemps marseillais, et après il y a la liste de Samia Ghali. Samia Ghali qui a quand même prétendu un moment qu’elle n’était pas de gauche, Samia Ghali qui lors du premier tour n’a pas cherché à nous rejoindre. Rien n’a pu se passer dans l’entre-deux tours. On va mener un combat politique qui fait en sorte que la décision choisie par Jean-Marc Coppola et ses colistiers et que l’ensemble du Printemps marseillais soutient, arrive en tête. Ça va passer par une bonne campagne, et c’est comme ça qu’il faut envisager la stratégie dans le 15-16.

Est ce que cette stratégie de vous retirer dans le 13-14, le plus gros secteur de Marseille, ne peut pas tout simplement vous coûter la place de maire ?

On n’a pas été dans le calcul politicien pour savoir si on pouvait gagner un ou deux conseillers municipaux en plus en se maintenant, parce que c’est ce qui serait arrivé même en terminant troisième. Non, on a pensé aux habitants du 13-14, aux associations du 13-14, qui nous disent : « on ne veut plus ça ». Entre le RN et Martine Vassal, il y a une différence. Si elle m’assimile à la peste rouge, moi, je ne l’assimile pas à la peste brune.

Comment réagissez-vous à ces attaques sur le péril rouge ?

Ça glisse sur moi parce que je ne me sens pas concernée. Pour moi, c’est faux, On a un grand arc qui va du PS jusqu’à certains électeurs de la France insoumise. C’est un arc humaniste. Et quand on voit notre programme qui s’attaque aux inégalités sociales, à la protection de l’environnement et à la qualité de l’air, je ne vois pas ce que les chars russes ou le péril rouge viennent là-dessus. Martine Vassal, qu’est ce qu’elle fait ? Elle déroule un programme qui est basé sur la peur. Elle n’a rien d’autre à proposer et c’est un peu déplorable. Je pense que la peur, c’est ce qui est mis en avant par les populistes. Je veux donner envie aux gens, pas leur faire peur.

Pourquoi ne vous voit-on pas plus dans les médias ?

Il faut me prendre comme je suis, avec ma personnalité. Je ne suis pas une personne publique. Je suis une personne qui travaille régulièrement. Je continue à travailler parce que c’est une mission de service public qui nous a été demandé [Michèle Rubirola est médecin]. Comment endiguer l’épidémie pour qu’on n’ait pas à subir un deuxième confinement ? Repérer les gens porteurs et tracer tout autour d’eux les personnes contacts pour les dépister un maximum et les isoler. Une mission demandée par le gouvernement, l’assurance maladie a été mandatée pour ça, je fais partie de l’assurance maladie, je suis médecin responsable adjoint d’un centre de prévention et on m’a demandé de coordonner l’équipe médicale.

La télé, j’en ai fait pas mal au premier tour. Les gens me connaissent. Ce que je préfère, c’est être dans la rue, auprès des Marseillaises et des Marseillais. Il y en a qui n’aime pas être au contact des gens. Moi, je préfère être au contact des gens plutôt qu’au contact des médias. Quand il a fallu faire des médias, j’en ai fait. Quand on m’interviewe à la radio, je le fais. Par contre un débat avec Martine Vassal dans la mesure où elle ne me respecte pas actuellement, ça ne m’intéresse pas du tout.

Michèle Rubirola, candidate du Printemps marseillais.
Michèle Rubirola, candidate du Printemps marseillais. - Philippe Magoni

C’est la raison pour laquelle vous refusez le débat ?

Oui tout à fait. Elle a refusé le débat du premier tour, qui était un débat d’idée entre les différents partis politiques qui se présentaient. Je suis allée présenter nos idées. Maintenant, c’est un débat contre moi. Ce n’est pas un débat d’idées entre elle et moi. Si c’est pour me faire entendre dire qu’il y a les chars russes aux portes de Marseille, que je suis le péril rouge, l’ultra gauche, non ! Moi, je préfère aller parler aux Marseillaises et aux Marseillais. En tant que tête de liste, je vais aider un peu sur tous les secteurs. C’est là où on va gagner des voix. Ce n’est pas en m’invectivant avec Martine Vassal.

Vous étiez réticente à être la candidate du Printemps marseillais, pourquoi ?

Je suis venue rejoindre un rassemblement pour faire partie d’un exécutif en charge de ma ville. Je me suis dit : « l’opposition, ça suffit [...]. Je vais apporter ma contribution à ce rassemblement en tant qu’écologiste et femme de terrain connaissant bien la ville de Marseille et les habitants. » Certains étaient là pour être tête de liste, moi non. J’étais là pour participer. Etre adjointe à la santé, moi j’étais plutôt parti pour ça.

Qu’est ce qui vous a convaincu ?

C’est le déroulement de ce rassemblement, avec des freins de certaines composantes politiques. Pour moi, ce qui a toujours prévalu, c’est l’intérêt collectif. Si j’avais pensé à être tête de liste du Printemps marseillais, je ne me serais pas fait opérer du genou en octobre, parce que j’ai pratiquement bousillé mon opération. Quand on m’a dit que les citoyens voulaient quelqu’un qui soit plus citoyen, plus coupé des partis traditionnels, moi j’étais en rupture d’EELV. Donc j’étais la personne qui pourrait porter le rassemblement plus facilement qu’une autre, aux yeux de la collectivité. Après, il faut que les gens se sentent bien avec une personne. Ils ont décidé qu’ils se sentaient le mieux avec moi. J’accepte.

Est-ce que vous pensez qu’il faut que la prochaine maire soit aussi la tête de la métropole ?

J’ai toujours dit que j’étais contre le cumul des mandats, donc si c’est moi qui suis à la tête de la mairie, je ne serais pas à la tête de la métropole. Parce qu’être maire de Marseille, c’est un travail à temps plein.

Est ce que lors du troisième tour vous serez candidate à être maire de Marseille ?

Pour l’instant, notre objectif, c’est le deuxième tour. C’est gagner le plus de mairies de secteurs possibles. C’est une élection sur huit secteurs. Ils ne sont pas équivalents. Ce que l’on veut, c’est gagner le maximum de secteurs. Donc on est partis pour sept secteurs. De toute façon je me présenterai au troisième tour sans problème. On attend les résultats du deuxième tour pour savoir combien de conseillers municipaux on peut faire monter.

En cas de majorité relative avec qui pourriez-vous vous rapprocher ?

Ce sera en discussion en fonction des résultats. Si on arrive avec 48 conseillers municipaux, ou si on arrive avec 33 ce n’est pas pareil. Ça se discutera au soir du deuxième tour.

20 secondes de contexte

Le 12 juin, avant l’ouverture d’une enquête préliminaire sur les soupçons de fraude aux procurations qui pèsent sur les équipes de Martine Vassal, 20 Minutes a réalisé une interview de la candidate LR à la mairie de Marseille, dans le cadre de sa série d’interviews des principaux candidats aux élections municipales. Sollicitée par 20 Minutes à plusieurs reprises, pour s’exprimer sur ce dossier judiciaire en complément de l’entretien initial, Martine Vassal a refusé de répondre à nos questions. Déplorant ce refus, la rédaction en chef de 20 Minutes a donc décidé de ne pas publier l’interview.