Municipales 2020 : Donnée perdante à Paris, Rachida Dati fait malgré tout la fierté de la droite

POLITIQUE En relevant la tête de la droite parisienne, la maire LR du 7e arrondissement semble déjà avoir réussi son pari, alors même qu’elle est donnée perdante face à la maire socialiste sortante, Anne Hidalgo

Thibaut Le Gal

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Rachida Dati en campagne
Rachida Dati en campagne — Jacques Witt/SIPA
  • Rachida Dati ne faisait pas l'unanimité à droite lors de sa désignation comme candidate LR à Paris, certains la jugeant trop clivante.
  • En relevant la tête de la droite parisienne, la maire du 7e arrondissement semble déjà avoir réussi son pari.
  • La victoire dimanche prochain s'annonce pourtant difficile, face à la maire socialiste sortante, Anne Hidalgo.

On lui promettait une débâcle, alors Rachida Dati a foncé. La candidate des Républicains à Paris mène une campagne tambour battant depuis plusieurs mois et espère toujours l’emporter au second tour des municipales dimanche, malgré des sondages défavorables. « Mes candidats et moi bénéficions de la plus forte dynamique. Nous avons été en progression constante tout au long de la campagne », dit-elle au Parisien ce mardi.

C’est tout le paradoxe de cette campagne. En relevant la tête de la droite parisienne, la maire LR du 7e arrondissement semble déjà avoir réussi son pari, alors même qu’elle est donnée largement perdante face à la maire socialiste sortante, Anne Hidalgo. « L’enjeu, c’était la survie de la droite parisienne. On partait de très loin, mais elle a réussi à rendre la droite de nouveau audible et à l’incarner », loue sa fidèle Agnès Evren, candidate dans le 15e. A l’automne, l’affaire s’annonçait en effet bien délicate.

Une campagne de terrain axée sur la sécurité et la propreté

La droite est alors en piteux état à Paris. On sort des européennes, La République en marche a siphonné l’électorat LR pour arriver en tête dans 16 arrondissements sur 20. Dans le fief de Rachida Dati, les marcheurs ont même réalisé 46,5 % des voix. Les soutiens à sa candidature ne sont pas légion, beaucoup la jugent trop clivante et une enquête judiciaire menace. « C’était un problème de personne, un classique à droite, remarque un cadre LR parisien. Et Dati ne brillait par sa présence au Conseil de Paris, ça n’a pas aidé. On lui reprochait d’avoir été à cheval entre Bruxelles [au Parlement européen, jusqu’en mai 2019] et Paris. Peu de maires de droite sortants la soutenaient, préférant une stratégie d’union. »

Certains plaident alors pour un rapprochement avec LREM pour faire tomber Anne Hidalgo. Mais Rachida Dati prend le drapeau avant qu’on lui propose. Elle impose sa candidature, annonçant qu’elle se lancera avec ou sans l’aval de la commission d’investiture LR. « C’est une battante, mais elle a su rassembler, j’en sais quelque chose », confie Marie-Claire Carrère-Gée, présidente du groupe LR à Paris et ancienne rivale à l’investiture. « Elle a ensuite fait une excellente campagne au contact des habitants, axée sur les sujets de préoccupation des Parisiens : sécurité, propreté, logement », ajoute la candidate LR dans le 14e.

« LREM ne l’a pas prise au sérieux, pensant que la droite était déjà morte »

Rachida Dati martèle ces fondamentaux de la droite et dégomme ses adversaires, non sans polémiques. Elle multiplie aussi les déplacements sur le terrain, notamment dans le Nord et l'Est de Paris, où la droite ne s’aventurait plus beaucoup. Même ses adversaires reconnaissent aujourd’hui une campagne réussie, comme cette tête de liste de Cédric Villani :

« LREM ne l’a pas prise au sérieux, pensant que la droite était déjà morte. Mais Rachida Dati a réussi à dissocier son image personnelle de celle de la droite classique, un peu ringarde. Nous, sur le terrain, on s’est vite rendu compte qu’elle venait faire campagne dans les quartiers populaires, à la Sarkozy, pour capter les abstentionnistes ou le vote RN. On se disait, "c’est pas con", et même si ça n’a pas vraiment réussi, la dynamique était là. Quand LREM s’est effondrée, elle a pris tout l’espace que les marcheurs auraient pu avoir ».

L’ancienne garde des Sceaux de Nicolas Sarkozy profite de l’explosion en vol de la candidature de Benjamin Griveaux et des errements de sa remplaçante, Agnès Buzyn. Elle passe en quelques mois de la quatrième place (12 %) dans les sondages à la première (25 %) au mois de mars. « Je fais mon mea culpa, car je plaidais pour une grande alliance avec les marcheurs. Mais il est clair qu’à partir du moment où LREM est descendue aux enfers, c’était foutu. Ca validait la stratégie de Dati », confie le maire du 6e Jean-Pierre Lecoq, un temps candidat face à elle. « Elle a réussi à ressusciter LR, qui était subclaquant. Il faut dire qu’elle est cash, et dans un monde de faux-cul, ça détonne. Ca attire aussi les médias, ce qui est utile dans une campagne ».

« Elle a réhabilité le tempérament en politique, dans un moment où tout est lisse et banal »

Petit à petit, les anciens compagnons reviennent à la maison, à l’image du baron du 15e, Philippe Goujon, ou de la maire du 5e, Florence Berthout, élue sous l’étiquette LR en 2014 mais qui avait rejoint les marcheurs. « Elle n’avait pas que des amis à droite, mais en politique, rien n’arrive jamais comme prévu. Avec sa niaque, Rachida a réussi à élever le volume sonore de la droite et à faire le match avec Hidalgo », loue Agnès Evren, présidente de la Fédération LR. Si la maire du 7e est bien réélue au premier tour dans son arrondissement, la victoire dimanche prochain s’annonce presque impossible. L’essentiel est ailleurs, nuancent les cadres du parti.

« Ce qu’a fait Rachida Dati est extraordinaire. Elle a été le cœur battant de toute notre campagne du premier tour, partout en France », a salué le patron des LR Christian Jacob dimanche sur BFMTV. A l’heure où la droite se cherche encore des figures charismatiques et hésite parfois sur le rôle à jouer face au macronisme, la campagne parisienne a comblé un vide, selon Aurélien Pradié.

« L’impact de Rachida Dati va bien au-delà de Paris. Elle a réhabilité le tempérament en politique, dans un moment où tout est lisse et banal, où l’on fabrique plus de limaces que de pirates », poursuit le député du Lot et n°3 du parti. « Elle a montré qu’on pouvait rassembler en assumant d’être vraiment de droite. Ca a rendu fier beaucoup de nos adhérents, et c’est une vraie leçon pour les trouillards et les alambiqués. » La droite peut donc se féliciter de relever un peu la tête, même si celle-ci n’est pas encore couronnée.