Municipales 2020 à Rennes : « Nous n’avons pas besoin de nous réinventer », assume Nathalie Appéré

ELECTIONS Après sa fusion avec les écologistes, la maire sortante s’avance comme la grande favorite du second tour à Rennes

Propos recueillis par Camille Allain

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La maire de Rennes Nathalie Appéré, ici le 18 juin 2020 avant le second tour des élections municipales.
La maire de Rennes Nathalie Appéré, ici le 18 juin 2020 avant le second tour des élections municipales. — C. Allain / 20 Minutes
  • La maire sortante de Rennes Natalie Appéré a fusionné avec la liste écologiste de Matthieu Theurier. Elle s'affiche comme la favorite de ce second tour des municipales.
  • La maire souhaite créer des lignes de tram-bus au-delà de la rocade pour désengorger la rocade.
  • La maire assume l'abandon du projet de zénith, à la faveur de sa négociation avec les écologistes. «Il n’apparaissait plus aussi prioritaire».

Elle s’exprime avec la confiance de la maire sortante. Calme, sereine, Nathalie Appéré a parfaitement conscience qu’elle est la favorite du second tour de l’élection municipale à Rennes. Sauf cataclysme, la socialiste gardera les rênes de la capitale bretonne, à la faveur d’ une union avec la liste écologiste emmenée par Matthieu Theurier. Créditées de près de 60 % des voix au premier tour, les deux listes de gauche feront face au candidat de la droite et du centre Charles Compagnon et à la candidate LREM Carole Gandon dans un second tour plombé par l’épidémie de coronavirus. A une semaine du verdict, « 20 Minutes » a rencontré Nathalie Appéré. « Nous n’avons pas besoin de nous réinventer », assume la maire, taclant au passage « le nouveau monde ».

Comment abordez-vous cette fin de campagne ?

C’est difficile de sentir l’ambiance. Ma perception c’est que nos électeurs sont ravis de l’union de la gauche et des écologistes. Il y a un écho très positif et bienveillant. Mais on n’est pas dans les dynamiques de campagne classique avec des intérêts de plus en plus marqués. C’est une période intermédiaire. Comment cela se traduira dans la participation, je n’en sais rien. Drôle de campagne.

Certains peuvent penser qu’il n’y a pas de suspense…

Il n’y a peut-être pas le sentiment d’un match à jouer. Peut-être. Et ça, c’est toujours ennuyeux. Ce n’est pas mobilisateur. Je suis totalement déterminée. Le projet que je porte et que nous portons collectivement, nous n’avons pas eu besoin de le réinventer. J’entends beaucoup parler d’une nécessité de réinvention, y compris au plus au sommet de l’État. Pour nous, les fondamentaux étaient là, les propositions étaient là. Nous sommes encore plus déterminés à mettre en œuvre ce projet. On espère qu’on convaincra aussi les Rennais. Je souhaite avant tout une victoire. Au niveau de la métropole, il y a une majorité de gauche et écologiste qui sort largement confortée de ces élections municipales. J’en suis ravie.

L’abandon du projet de zénith, vous l’assumez ?

Oui. Il y avait eu une étude d’opportunité métropolitaine qui concluait que cela pouvait avoir une pertinence. Je considérais qu’on pouvait porter ce projet. Les écologistes avaient un autre regard. Dans le collectif de maires que j’anime aussi, le regard a changé. La situation financière post Covid dans les collectivités va conduire à prioriser un certain nombre d’investissements et celui-là n’apparaissait plus aussi prioritaire pour les uns et pour les autres. C’est pour ça que la piste de la rénovation du Musik’Hall était sans doute la plus adaptée. J’ajoute que je ne veux pas qu’on ignore que 95 % des propositions de nos deux listes étaient déjà très convergentes. La colonne vertébrale de nos deux projets sur la justice sociale, la transition écologique, l’emploi durable et la démocratie locale était commune. Ce n’est pas surprenant car il y avait six ans de travail commun.

La campagne d’entre deux-tours a été plus « musclée » dans les propos des uns et des autres.

Pour ma part, je continue à ne pas m’adonner aux petites phrases​, aux polémiques ou aux propos blessants. La plupart du temps, ça ne fait que conforter la défiance vis-à-vis des responsables publics. Je reste sur cette ligne que je me suis fixée qui consiste à faire des propositions dans le débat, sans dénigrer qui que ce soit.

On assiste à une hausse des règlements de compte sur fond de trafic de drogue. Cela vous inquiète ?

La délinquance se transforme. Le trafic de stupéfiants est une plaie pour le territoire et ses habitants. Il faut le combattre avec beaucoup de détermination. Partout en France et en Europe, le confinement a eu un impact sur le trafic de drogue. Ce sont des faits graves qu’il faut prendre au sérieux. J’ai alerté la préfecture, le procureur et la police de la nécessité de combattre le phénomène. Nous avons à faire face à des phénomènes compliqués. Il nous faut utiliser tous les leviers possibles pour lutter contre des faits inquiétants.

« Il faut de vraies alternatives puissantes à la voiture individuelle »

Chacun a bien en tête que la lutte contre les stupéfiants est une question de sécurité nationale. Les capacités d’intervention municipales se font dans le lien permanent avec les autorités de l’État. L’apport de la police municipale est important, comme présence rassurante dans les quartiers, en appui de la police nationale. Il y a une action collective et un travail résolu du procureur, de la police judiciaire. Il ne faut pas laisser ces phénomènes s’installer.

Vous annoncez votre souhait de réaménager l’espace extérieur des halles centrales. Le parking qui s’y trouve sera-t-il fermé ?

Il s’agit de pouvoir utiliser plus systématiquement et davantage l’espace public aujourd’hui en parking, pour de l’événementiel culinaire comme c’est le cas lors du Marché à manger. Mais il faut que le projet soit mûri et concerté, notamment sur la part de stationnement maintenu. Il faut y travailler avec les acteurs. On affirme une intention. Sur la configuration, il faudra en discuter avec les principaux concernés.

Côté transport, vous proposez un recours aux bus à haute intensité pour lutter contre l’essor du trafic automobile.

Il faut de vraies alternatives puissantes à la voiture individuelle. Nous proposons la création de cinq lignes de tram-bus parce que c’est une mise en œuvre possible sur cinq à sept ans qui permet d’aller vite, d’être moins cher pour des tramways sur roue qui sont performants en cadencement, en rapidité et en capacité globale de trafic. Avec des parcs relais, nous offrons une vraie capacité de transports en commun au-delà de la rocade.