Municipales 2020 à Lyon : « On commence à se dire qu'il y a aura peut-être une vraie triangulaire », estime Georges Képénékian

INTERVIEW Avant le second tour des municipales le 28 juin, « 20 Minutes » interroge les candidats encore en lice. Entretien ce lundi avec Georges Képénékian, ancien maire de Lyon et candidat sans étiquette

Elisa Frisullo
Georges Képénékian, candidat à la mairie de Lyon, lors de son interview avec « 20 MInutes ».
Georges Képénékian, candidat à la mairie de Lyon, lors de son interview avec « 20 MInutes ». — Bony / Sipa pour 20 Minutes
  • Après le premier tour des élections municipales, il reste trois candidats à la mairie de Lyon : Grégory Doucet (EELV), Yann Cucherat (ex-candidat LREM) et Georges Képénékian, sans étiquette.
  • Ancien maire de Lyon, Georges Képénékian qui se confie à « 20 Minutes », est le seul des candidats encore en lice a n’avoir passé aucune alliance entre les deux tours.
  • Mathématiquement moins bien embarqué que ses adversaires, il espère bien créer la surprise. «J'étais un homme perdu et là, on commence à se dire qu'il y aura peut-être une vraie triangulaire», dit-il.

L’air décontracté qu’il affiche en nous accueillant ne masque en rien la complexité de la bataille qu’il est en train de livrer. A quelques jours du second tour des municipales, 20 Minutes a interviewé Georges Képénékian, l’un des trois candidats à la mairie de Lyon encore en lice. Ancien fidèle de Gérard Collomb, dont il est le premier adjoint malgré les grosses dissensions qui opposent les deux hommes, il est le seul des candidats à avoir été maire de Lyon. Cet atout ne lui a pas facilité pour autant la tâche au premier tour, à l’issue duquel il a fini quatrième. Un score décevant (12 %) mais suffisant pour qu’il décide de se maintenir, seul, au second tour.

Le candidat, qui se présente « sans compromission », espère créer la surprise face à ses adversaires qui ont, eux, préféré le jeu des alliances. Parmi elles, le rapprochement opéré par la liste Collomb avec Les Républicains ne passe pas. Il y voit un deal entre l’ancien ministre de l’intérieur et le président LR de la Région Laurent Wauquiez pour garder le pouvoir sur la région lyonnaise.

Vous êtes le seul à avoir été maire. Le seul aussi à ne pas avoir fait d’alliance. Vous estimez n’avoir besoin de personne pour l’emporter ?

Jamais je ne penserai que je n’ai pas besoin des autres, ce serait aux antipodes de ce que je suis. Par contre, il faut définir les autres. Aujourd’hui, cette ville n’a jamais été tentée par les extrêmes. C’est une ville qui cherche la convergence, qui essaye de construire un consensus. Vous me demandez pourquoi je n’ai pas construit d’alliance ? Quand même, quand on voit le système qu’on nous a sorti : Collomb, Cucherat, Wauquiez…

Mais quand Yann Cucherat vous a appelé pour parler d’alliance, il n’y avait pas encore eu rapprochement entre les listes de Gérard Collomb et de François-Noël Buffet (LR)…

Avant le premier tour, on avait déjà fait une alerte parce que Collomb discutait avec Etienne Blanc (candidat LR au premier tour qui a rallié Yann Cucherat). Pour le second tour, j’ai voulu croire que Yann Cucherat allait être plus autonome au niveau de la ville. En tout cas, c’était son ambition. Mais j’ai découvert qu’il ne l’était pas et Laurent Wauquiez est arrivé. Ce n’est même pas Wauquiez la question. A la limite, c’est le responsable politique qui est le plus en ligne avec lui-même. Le vrai problème, c’est ceux qui ont accepté ce deal.

Gérard Collomb, dont vous étiez très proche…

Oui. Un glissement progressif s’est opéré ces dernières années chez Gérard Collomb. Si je ne suis plus à ses côtés, c’est que je ne suis plus en partage des valeurs que nous avions en commun. J’ai connu Collomb jauréssien. De Mauroy à Wauquiez, Jaurès, quand même, il doit se retourner dans sa tombe. Mais il n’y a plus d’intérêt à chercher à expliquer ce glissement. C’est comme ça, c’est une réalité. Il n’y a d’ailleurs pas que moi qui ai quitté l’entourage de Collomb. Un nouveau groupe s’est créé au conseil municipal et bon nombre d’autres élus ont quitté la ligne Collomb.

Pourquoi vos discussions avec l’écologiste Grégory Doucet n’ont-elles pas abouti ?

On a proposé avec Grégory Doucet de créer un socle commun entre notre liste Respirations et la ligne écologique. Ma proposition, formulée dans la nuit du premier tour puis reformulée récemment, c’était de dire « faisons ce socle et après on pourra agréger d’autres personnes, on verra ». La ligne qui a finalement été définie (une alliance EELV, Gauche UNie et Lyon en commun) ne l’a pas été seulement par Grégory Doucet à mon avis. On le voit bien au plan national. Il y a une ligne Gauche-Verts, Rouge-Vert. Peu importent les couleurs, en fait. Mais là aussi, il y a des formes d’extrémisme qui ne sont pas compatibles avec la gestion et le gouvernement d’une ville. C’est ce qui fait que nous avons décidé de rester sur notre ligne, nos valeurs. Notre parti c’est Lyon, on va travailler pour Lyon.

Sans alliance, vous être le moins bien placé pour l’emporter. Comment abordez-vous le second tour ?

Ce n’est pas parce qu’on n’est pas le favori qu’on ne peut pas remonter à la corde. Je ne prends pas mes désirs pour des réalités, ce que je vous dis s’appuie sur des contacts, des rendez-vous que j’ai eus, les commentaires qui sont faits ici et là. J’étais un homme perdu et là, on commence à se dire qu’il y aura peut-être une vraie triangulaire et pas seulement un face-à-face.

Justement, comment vous positionnez-vous par rapport aux listes adversaires ?

La discussion sur l’environnement est pour moi une question centrale, mais elle ne peut pas être la seule coloration. On ne peut pas être contre l’écologie ou de l’autre côté contre l’économie. Ce serait faire de la politique d’un niveau de maternelle. Aujourd’hui, nous estimons que la question économique est au cœur des préoccupations des Lyonnaises et des Lyonnais, des entreprises. Je parle de toutes les petites entreprises, de l’artisanat, des entreprises culturelles. Tous ces gens sont inquiets. Nous devons répondre tout de suite à leurs besoins et attentes avec l’effet d’une crise qui s’est engagée et va se poursuivre. Ce travail, il ne peut pas se faire seulement en pensant que ce qui compte c’est de d’abord diminuer les gaz à effets de serre.

L’écologie reste quand même l’un de vos axes forts ?

Bien entendu, on garde l’emprunt vert de 300 millions dans notre projet pour rénover les bâtiments publics, les écoles en particulier, pour amener du confort, diminuer les effets toxiques, et puis rembourser cela par des économies d’énergie. Pour moi, c’est important. Mais le social a pris une dimension phénoménale. La question qui domine, c’est comment on accompagne toutes les populations qui se sont fragilisées.

En quoi le Covid-19 a-t-il modifié votre programme initial ?

Les bouleversements que l’on a eus à vivre pendant deux mois et aujourd’hui, ce retour à la liberté mais avec un virus qui traîne encore un peu par là, doivent nous imposer de revisiter dans tous les secteurs ce qu’on a pu faire jusqu’à maintenant. La santé publique, la santé préventive est devenue un sujet. Dès juillet, il faudra être préparé, avoir anticipé. Si cette deuxième vague, qui est malgré tout probable, arrive, on ne pourra pas expliquer aux Lyonnais qu’on n’a pas assez de masques, en septembre ou en octobre. Dans le cadre de ce sujet majeur, je propose de créer une agence municipale de santé qui regroupera les hôpitaux publics et privés mais aussi les associations de santé, d’usagers et les secteurs (pharmacie, biologie) qui participent à prendre en charge le bien-être des Lyonnais. C’est une urgence, car la prévention sera un maître mot dans notre ville. On a un capital phénoménal en termes de santé. Ce serait criminel de ne pas en profiter.

Que ferait cette agence ?

Elle permettra de fédérer, de coordonner. L’une des conclusions du confinement et du déconfinement, c’est que tout le monde a fait son job mais un peu séparément. On a besoin d’une tour de contrôle, avec un lieu qui collecte les données disponibles afin qu’elles puissent être utiles dans un délai très court. Notre volet économique aussi a évolué, avec le soutien aux entreprises, aux commerces de proximité, aux acteurs culturels… La culture, c’est ce qui fait le lien social. C’est ce qu’on a vu à cette sortie de confinement. Les gens sont avides de renouer, de revivre des émotions, ensembles. Pas seulement en visio ou par le numérique. Donc évidemment on ne touchera pas le budget de la culture. On va même le renforcer. On a proposé aux acteurs culturels un plan de 10 millions d’euros de soutien aux activités.

A quoi ressemblerait votre équipe ? Qui serait votre premier adjoint ?

La première chose à faire sera d’organiser ce gouvernement. Jamais je ne distribuerai des postes par respect pour les électeurs. Je suis très déterminé mais je ne fais pas comme si j’avais déjà gagné. On verra au soir du 28 juin. Je suis plutôt sur l’idée d’un nombre d’adjoints plus resserré. Je ne souhaite plus un fonctionnement en silo, mais un fonctionnement coordonné entre les uns et les autres. Ce que je peux vous dire c’est que nous ne ferons pas de compromission. On n’a pas fait ce chemin, sur ce socle de valeurs, avec toute notre équipe, pour sacrifier le programme que nous portons. Ceux qui ont voté pour moi, pour Respirations, nous retrouvent au deuxième tour, exactement sur la même base. S’il y a besoin de contrebalancer les extrêmes, il faut voter pour Respirations. La ville a besoin d’un équilibre.