Municipales 2020 à Strasbourg : « Catherine Trautmann ment sur la manière dont se sont passées les négociations », affirme Jeanne Barseghian

INTERVIEW Avant le second tour des municipales le 28 juin, « 20 Minutes » interroge les candidats encore en lice. A Strasbourg, Jeanne Barseghian compte entretenir la vague verte du premier tour

Propos recueillis par Thibaut Gagnepain et Gilles Varela

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Jeanne Barseghian, candidate EELV aux municipales 2020 à Strasbourg. Le 18 juin 2020.
Jeanne Barseghian, candidate EELV aux municipales 2020 à Strasbourg. Le 18 juin 2020. — G. Varela / 20 Minutes
  • Après le premier tour des élections municipales le 15 mars, il reste trois candidats à la mairie de Strasbourg : Jeanne Barseghian (EELV), Alain Fontanel (LREM) qui a fait alliance avec Jean-Philippe Vetter (LR), et Catherine Trautmann (PS).
  • Arrivée en tête avec 27,87 % des suffrages exprimés, la candidate écologiste n’a finalement pas réussi à faire alliance avec la liste de Catherine Trautmann. « Elle ment sur la manière dont se sont passées les négociations », attaque Jeanne Barseghian.
  • La tête de liste EELV insiste sur l’urgence climatique. « Dans mes premières mesures, il sera nécessaire de préparer cette transformation de la ville. Je compte démarrer dès cet été le grand plan de végétalisation et de déminéralisation », annonce-t-elle.

Plutôt café ou thé ? Jeanne Barseghian l’a choisi allongé, ce jeudi matin. Le rendez-vous avait été pris hors de son local de campagne. La raison en est simple : la candidate écologiste à la mairie de Strasbourg a dû en rendre les clés, « un autre locataire l’avait réservé ». Pas de quoi la déranger, elle qui avait été la sensation du premier tour, où elle est arrivée en tête avec 27,87 % des voix. Plus de trois mois plus tard, la tête de liste EELV espère que la vague verte n’est pas retombée dans la capitale alsacienne.

La première question s’impose après ce que vous avez vécu : comment allez-vous ?

Je vais bien, je suis parfaitement guérie du Covid-19. Le virus m’a bien affecté pendant plusieurs longues semaines de confinement, comme des milliers de personnes dans notre région. Aujourd’hui, je suis parfaitement rétablie.

N’a-t-il pas été compliqué de repartir en campagne ?

Ce qui l’a été, c’est la période d’incertitude quand à la date du second tour voire au report de l’élection. A partir du moment où on a eu la date du 28 juin, on s’est remis en marche.

Avez-vous eu peur de devoir refaire les deux tours ?

Moi, j’étais d’avis que cette parenthèse démocratique ne dure pas trop longtemps. A partir du moment où les activités économiques, sociales, culturelles et éducatives pouvaient reprendre, je trouvais normal que l’élection soit reprogrammée. Evidemment, on était très attentif à l’évolution de la crise sanitaire.

Le 15 mars, vous étiez arrivé en tête avec 27,87 % des suffrages. C’était la vague verte. Est-elle toujours d’actualité, trois mois plus tard ?

C’est vrai qu’on aurait pu craindre qu’un certain nombre de préoccupations que je porte dans mon programme soient reléguées au second plan avec la crise sanitaire. Mais ce que je constate sur le terrain, c’est qu’au contraire, la situation a renforcé la prise de conscience des failles et des vulnérabilités de notre territoire. Les personnes se sont rendu compte de ce qui ne fonctionne pas. Il y a des choses qui ont traumatisé, comme l’interdiction des marchés alimentaires, l’accès à des espaces de nature à côté de soi…

Pendant cet entre-deux-tours, il a longtemps été question d’une alliance avec la socialiste Catherine Trautmann. Avant que ce rapprochement n’échoue… Quelle est votre version à ce sujet ?

Je regrette que la fusion n'ait pas pu aboutir. Mais je regrette aussi fortement que Catherine Trautmann répande des mensonges dans la ville depuis deux semaines. Elle ment sur la manière dont se sont passées les négociations. Ce qu’on apprend maintenant, elle le dit publiquement, c’est qu’elle discutait en parallèle avec Alain Fontanel. Il était question de sa place dans cette histoire. Moi j’ai pris l’initiative de cette négociation et je l’ai menée dans la sincérité.

Est-ce que cette non-alliance ne risque pas de vous faire perdre la mairie ?

Je ne crois pas à l’arithmétique qui consiste à dire que les électeurs vont suivre aveuglément une fusion de liste, surtout entre deux personnes (Alain Fontanel et Jean-Philippe Vetter) qui sont opposées depuis des années. C’est un manque de respect pour la démocratie de penser à ce calcul. Je pense qu’aujourd’hui, les aspirations des personnes, c’est d’avoir un renouvellement des visages en politique et dans les pratiques démocratiques. Et c’est aussi d’avoir des responsables qui ont des convictions claires et qui les portent. Cette alliance ou cette non-alliance dans mon cas ne remettent en aucun cas en cause mon projet. J’ai de nombreux soutiens qui affluent car ce sont ces convictions qu’ils ont envie de voir porter à Strasbourg.

Si vous êtes élue, quelles seront vos trois priorités ?

La crise sanitaire n’a pas évacué la crise climatique. Dans mes premières mesures, il sera nécessaire de préparer cette transformation de la ville. Je compte démarrer dès cet été le grand plan de végétalisation et de déminéralisation. D’abord avec des dispositifs provisoires pour avoir des îlots de fraîcheur mais aussi en anticipant les plantations qu’on fera à l’automne dans des lieux à identifier. Ma deuxième priorité, c’est le soutien à l’économie locale. Les commerçants, les artisans, un certain nombre d’entreprises sont impactés par cette crise sanitaire. Je propose donc de réunir l’ensemble des acteurs autour d’un pacte pour une économie locale durable. Le troisième point concerne la rentrée scolaire, qui sera différente cette année. Je veux lancer notre plan pour une égalité éducative et cibler les enfants qui ont le plus souffert du confinement. On mettra le paquet dans leur accompagnement avec un soutien aux écoles sur l’équipement au numérique et le développement des activités périscolaires. J’en profite aussi pour dire qu’on sera aux côtés des étudiants.

Jeanne Barseghian, candidate EELV aux municipales 2020 à Strasbourg. Le 18 juin 2020.
Jeanne Barseghian, candidate EELV aux municipales 2020 à Strasbourg. Le 18 juin 2020. - G. Varela / 20 Minutes

Comment jugez-vous l’état de Strasbourg après les deux mandats de Roland Ries ?

Sur le bilan, il y a un certain nombre d’avancées qu’on peut constater. Je pense au réaménagement du quai des Bateliers, qui figurait dans notre programme de 2014. Après, je pense qu’on n’a pas été assez loin dans les transitions. Les places qui ont été refaites sont souvent extrêmement minérales et la ville n’est aujourd’hui pas adaptée quand il fait chaud…

En six ans, pourrez-vous réaliser tout ce que vous espérez ?

Oui, on peut initier un certain nombre de changements et poser des jalons qui porteront à long terme. On ne peut pas raisonner juste à l’échelle d’un mandat. Ça ne suffit pas pour rénover tous les logements de l’agglomération ou pour végétaliser l’ensemble de la ville. Il y a urgence à agir à Strasbourg. Je suis engagée dans le domaine de l’environnement depuis vingt ans. Dès les années 2000, j’entendais parler des questions climatiques mais la prise de conscience n’était pas encore là. Aujourd’hui, les questions écologiques sont au cœur des préoccupations des personnes. Il nous reste maintenant peu de temps pour agir donc les quelques années de mandat seront décisives pour ces prochaines décennies.