Municipales 2020 à Lille : « La ville a besoin de changer de logiciel », selon Stéphane Baly

INTERVIEW Avant le second tour des municipales le 28 juin, « 20 Minutes » interroge les candidats encore en lice à Lille. Stéphane Baly (EELV) est en mesure de déboulonner Martine Aubry

Propos recueillis par Gilles Durand

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Stéphane Baly, candidat (EELV) aux municipales à Lille, espère faire tomber Martine Aubry.
Stéphane Baly, candidat (EELV) aux municipales à Lille, espère faire tomber Martine Aubry. — Sarah Alcalay / Sipa pour 20 Minutes
  • Après le premier tour des élections municipales, le 15 mars, il reste trois candidats à la mairie de Lille : Martine Aubry (PS), Stéphane Baly (EELV) et Violette Spillebout (LREM).
  • Arrivé en 2e position avec 24,5 % des suffrages exprimés, Stéphane Baly fait figure d’outsider n°1. Après 19 ans d’alliance avec Martine Aubry, les Verts font listes séparées.
  • Stéphane Baly considère que « Lille doit changer de logiciel » pour mettre l’écologie au cœur du projet.

C’est l’anicroche de cette campagne à Lille. La maire (PS) de Lille, Martine Aubry, et la liste conduite par les écologistes n’ont trouvé aucun accord pour le second tour des municipales, après 19 ans à siéger dans le même exécutif à la tête de la ville. Un défi inédit pour Stéphane Baly ( EELV) qui avait atteint 24,5 % au premier tour et se retrouve au coude à coude avec la maire sortante.

Qu’a changé le confinement dans la campagne ?

Nous avons mis à profit cette période de suspension de la campagne pour avoir des échanges avec différents acteurs de la vie sociale et économique. Ça a permis de connaître leurs attentes vis-à-vis de la collectivité par rapport à cette crise. Nous avons pu ajuster notre programme.

Quelle sera la ligne directrice de votre mandat si vous êtes élue ?

Notre priorité est de rassembler autour d’un projet, de faire le lien entre transition écologique et justice sociale. Au contraire de la maire actuelle qui ne cesse d’opposer : la nature contre le logement, par exemple, à Saint-Sauveur.

Quelle sera la mesure emblématique ?

Les gens n’attendent pas un maire avec une mesure, mais un engagement. Etre un maire à temps complet, par exemple. Si on doit sortir une mesure, ce sera la première que nous prendrons, à savoir rendre la Grand-place piétonne. Il s’agit de la dernière grande place flamande traversée par des voitures. Cette mesure doit traduire la future métamorphose de la ville dans tous les quartiers. Nous allons rendre la ville aux Lillois.

Stéphane Baly, en campagne pour le second tour des municipales à Lille, en 2020.
Stéphane Baly, en campagne pour le second tour des municipales à Lille, en 2020. - Sarah Alcalay / Sipa pour 20 Minutes

Comment abordez-vous ce second tour ?

Les trois derniers scrutins avaient été une formalité électorale grâce à l’accord Verts/PS. Lille n’est pas à droite. Martine Aubry porte la responsabilité de la désunion locale. Mais sommes sereins et déterminés. C’est une opportunité historique d’avoir une transition citoyenne démocratique.

Comment vous analysez la forte abstention du premier tour ?

A regret, l’abstention a été plus forte qu’au niveau national. La principale raison, c’est l’injonction contradictoire du gouvernement qui, le même jour, demande aux citoyens de rester chez eux et d’aller voter. En élargissant l’analyse, on s’aperçoit que les quartiers qui votent le moins sont ceux où résident des étrangers qui n’ont pas le droit de vote. Ça relance le débat pour les élections locales.

Qu’est ce qui va faire l’élection ?

L’aspiration au changement. Nous portons un nouveau projet politique mais aussi de nouvelles pratiques. Qu’apporterait un quatrième mandat de Martine Aubry ? Notre liste est un bulletin pour changer avec une équipe rajeunie et expérimentée.

De quelle réalisation êtes-vous la plus fière ?

Un sondage, l’an dernier, montrait qu’une majorité de Lillois étaient satisfaits du bilan. On se dit qu’on y est pour quelque chose. Le point positif, c’est qu’aujourd’hui, le débat de cette élection a porté sur les questions environnementales.

Et le point noir à corriger de toute urgence ?

Lille est une des villes où l’air est le plus pollué et où la surface d’espaces verts est la plus faible. On s’est battus pour chaque arbre lors des rénovations urbaines. On doit être encore plus offensifs. Des projets phares comme le centre commercial Lillenium, porté par la maire sortante, est anachronique. Il faut apporter d’autres réponses que celles des années 1980.

Comment comptez-vous travailler avec la Métropole de Lille ?

Notre projet métropolitain s’appelle « Green new Mel [Métropole de Lille] ». Avec une trentaine d’élus, nous pouvons être un groupe charnière pour animer ces projets qui doivent être cohérents sur tout le territoire. En nous opposant, par exemple, aux constructions sur les champs captants, comme ça a été proposé par la MEL lors du dernier mandat.

Allez-vous changer la manière de gouverner ?

Diriger une mairie n’est pas un exercice en solitaire. Le maire est, au contraire, un chef d’orchestre. On doit arrêter de cliver là où il n’y a aucune raison de le faire. Nous serons à l’écoute. Si on avait co-construit les projets, ça aurait évité de courir chez les pépiniéristes acheter des arbres la veille de l’inauguration d’une place, par exemple. Lille a besoin de changer de logiciel, pas de courir après l’électeur écolo.