VIDEO. Municipales 2020 à Nantes : « Il faut que les Nantais se battent pour leur ville », insiste Valérie Oppelt (LREM)

INTERVIEW Avant le second tour des municipales le 28 juin, « 20 Minutes » interroge les candidats encore en lice. Nettement distancée au premier tour, Valérie Oppelt (LREM) croit pourtant en ses chances

Propos recueillis par Frédéric Brenon

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Valérie Oppelt, 46 ans, est députée et candidate LREM à la mairie de Nantes.
Valérie Oppelt, 46 ans, est députée et candidate LREM à la mairie de Nantes. — F.Brenon/20Minutes
  • Après le premier tour des élections municipales le 15 mars, il reste trois candidats à la mairie de Nantes: Johanna Rolland (PS), Laurence Garnier (LR) et Valérie Oppelt (LREM).
  • Arrivée en 4e position avec 13 % des suffrages exprimés, Valérie Oppelt fait figure d'outsider.
  • Elle explique faire de la santé et de l'emploi ses nouvelles priorités.

Elle s’est qualifiée pour le second tour mais personne ou presque ne l’imagine devenir maire de Nantes le 28 juin. Valérie Oppelt, 46 ans, n’avait recueilli que 13 % des suffrages à l’issue du premier tour, soit respectivement 18 et 6 points de moins que ses devancières. La crise sanitaire a-t-elle rebattu les cartes ? La candidate LREM y croit. Et défend bec et ongles son projet pour les Nantais.

Comment abordez-vous ce second tour décalé ?

Avec beaucoup de gravité, même si je ne m’attendais pas à reprendre la campagne si vite. Je n’étais pas favorable à des élections le 28 juin. Le premier tour a été complètement faussé par la crise sanitaire et l’abstention. J’aurais préféré qu’on vote plus tard, quitte à tout recommencer. On voit bien que les citoyens n’ont pas du tout la tête à ces élections ! Mais on n’a pas le choix donc on se remet en ordre de marche, avec une grande motivation. Nous sommes toujours là, prêts à proposer un projet cohérent en réponse à la crise.

Justement, quels éléments de programme avez-vous modifiés ?

La sécurité était la priorité. Cela reste un sujet important mais j’ai décidé de recentrer mon programme en faveur de la santé, de la solidarité et de l’emploi. J’annonce un plan Marshall local de 100 millions d’euros pour relancer l’économie, continuer à investir plutôt que de décréter des moratoires sur les grands projets comme s’y résout  Johanna Rolland. Je pense à la Cité des congrès qu’il faut agrandir si l’on veut que Nantes soit une ville européenne qui rayonne. Je pense aussi à la 5G qu’il faut soutenir car derrière c’est quand même la télémédecine, le télétravail. Je propose aussi de créer des locaux partagés pour permettre aux entreprises de développer le travail à distance sans contraindre les salariés à rester à domicile. J’ai envie d’une ville où il fait bon vivre mais qui reste ambitieuse.

L’ambition c’est aussi de soutenir le projet de nouveau CHU, pourtant contesté ?

C’est un projet majeur, les appels d’offres sont lancés : il n’y a aucune raison de le stopper contrairement à ce qu’affirme Laurence Garnier qui veut en faire un trophée, faute d’avoir travaillé les autres sujets. Si le nouveau CHU est abandonné, je peux vous dire que l’argent de l’État n’ira pas à un autre projet nantais, il partira ailleurs ! La capacité en lits doit être revue mais il ne faut pas oublier non plus que le bâtiment sera modulable. Je note aussi qu’il n’y a eu aucun recours ! Laurence Garnier n’a pas bougé le moment venu. Par ailleurs, réduire la problématique de la santé à Nantes au CHU, c’est une erreur grossière. C’est d’abord un problème de désertification médicale, de médecine de proximité et de prévention. C’est pour ça que je propose des maisons de santé dans tous les quartiers.

Le 27 mai vous aviez suggéré aux candidates en lice d’établir une étonnante liste unique. Toutes ont refusé. Vous le referiez ?

Oui. J’avais été choquée par l’attitude des candidates qui, dès l’annonce d’un second tour programmé le 28 juin, ont repris la campagne comme si de rien n’était alors que la crise n’était pas terminée. J’ai donc proposé un pilotage partagé de la ville, qui aurait tenu compte de nos scores, bien sûr, et de nos spécificités. Je pense que c’était trop innovant pour elles. Je suis nouvelle en politique, je n’ai pas leurs réflexes politiciens. Quand Johanna Rolland s’allie à Julie Laernoes alors qu’elles ne partagent rien sur le fond, ça ne les dérange pas, du moment qu’elles peuvent conforter leurs postes.

Cette alliance PS-Verts vous a-t-elle surprise ?

Non, tout était préparé. Sur la fin de la campagne du premier tour on voyait déjà que Julie Laernoes était un peu moins dure avec Johanna Rolland. Mais c’est un vrai scandale ! Julie Laernoes prévient déjà qu’elle ne votera pas certains projets, c’est complètement incohérent. Quand vous voyez aussi que sur cette liste il y a une personne qui a été condamnée pour avoir jeté de la farine sur la maire de Nantes, il y a quand même un problème d’amour-propre chez Johanna Rolland. En réalité, elle est beaucoup plus proche de mon programme que de celui de Julie Laernoes. Elle a joué sa sécurité personnelle au détriment des Nantais. Ce sont des vieilles méthodes. Il faut le dénoncer parce que le grand public ne le voit pas. C’est dommage, avec cette alliance, on va régresser sur pas mal de sujets.

Vous auriez pu vous allier à Laurence Garnier…

Elle m’a fait des avances mais je n’étais pas d’accord sur le CHU. Je n’aurai pas accepté de faire campagne avec elle. Et puis la majorité de mes colistiers avaient envie de continuer seuls. C’est mieux ainsi.

Avec trois mois de recul, comment analysez-vous votre score du premier tour ?

C’est une déception. J’espérais honnêtement faire plus que 13 %. Mais le Covid a bouleversé les choses. On sortait également d’une réforme des retraites compliquée, on nous en voulait pour l’usage du 49-3… Je représente la majorité gouvernementale et j’ai dû payer des décisions nationales, même si je suis fière de faire partie de cette majorité qui a su gérer la crise. Et puis, sur le plan local, j’ai eu une campagne courte, j’ai été investie tardivement, ça n’a pas aidé.

On vous a senti moins à l’aise à l’oral que les autres candidates…

Je n’ai pas quinze ans de politique derrière moi, contrairement aux autres. J’arrive telle que je suis. Je travaille beaucoup le fond. La prise de parole, ce n’est pas ce qui fait l’action. J’ai beaucoup aimé faire campagne, le contact humain. Les débats moins, effectivement.

Serez-vous maire de Nantes le 28 juin ?

Tout est possible. Il y a eu une forte abstention, il s’est passé trois mois, une crise mondiale… On ne peut pas savoir quels seront les résultats. Donc, oui, je fais toujours campagne pour être maire de Nantes. Sinon quel intérêt ? C’est dommage de penser que le match est joué. Il faut que les Nantais se battent pour leur ville. S’ils ne veulent pas voir des projets qui s’annulent les uns après les autres, s’ils veulent un vrai changement, une équipe de compétences, je leur conseille de reporter leurs voix sur nous. Les Nantais ne sont pas uniquement de gauche ou de droite. On leur correspond bien je pense.

Et si vous perdez ?

Je suis amoureuse de ma ville, j’ai envie de la faire avancer, quoi qu’il arrive. J’ai plein d’idées. Ce serait une chance pour Johanna Rolland : elle aurait une opposition constructive. Il n’y aurait pas de blocage systématique, comme le fait Laurence Garnier. Je poursuivrai aussi, bien sûr, ma mission de députée qui est passionnante.