VIDEO. Municipales 2020 à Toulouse : « Je veux être le maire du dialogue et de l’apaisement », assure Antoine Maurice (EELV)

INTERVIEW Avant le second tour des municipales le 28 juin, « 20 Minutes » interroge les candidats encore en lice. A Toulouse, l’écologiste Antoine Maurice et sa liste d’union des gauches sont désormais au coude-à-coude avec le maire sortant, Jean-Luc Moudenc (LR, soutenu par LREM)

Propos recueillis par Béatrice Colin et Hélène Ménal

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Le candidat écologiste Antoine Maurice, tête de la liste d'union de la gauche Archipel citoyen pour les municipales 2020 à Toulouse.
Le candidat écologiste Antoine Maurice, tête de la liste d'union de la gauche Archipel citoyen pour les municipales 2020 à Toulouse. — Fred Scheiber / 20 Minutes / SIPA
  • Après le premier tour des élections municipales le 15 mars, il reste deux candidats à la mairie de Toulouse : le sortant Jean-Luc Moudenc (LR, soutenu par LREM) et l’écologiste Antoine Maurice (Archipel citoyen).
  • Arrivé deuxième du premier tour avec 27,5 % des suffrages exprimés, le challenger est désormais à la tête d’une union inédite des gauches après le ralliement de l’ex-maire socialiste Pierre Cohen (5,6 %) et d’une partie des colistiers de Nadia Pellefigue (PS-PRG-PCF, 18,5 %).
  • Antoine Maurice est maintenant donné gagnant dans plusieurs sondages. Dans la dernière ligne droite, il compte sur l’aspiration au changement des Toulousains et sur leur envie d’une ville plus respirable.

Quelle que soit son issue, le second tour des municipales à Toulouse sera inédit. Parce que le maire sortant, Jean-Luc Moudenc (LR, soutenu par LREM) n’aura pas un challenger socialiste face à lui mais un écologiste, Antoine Maurice, dont la liste citoyenne Archipel rassemble désormais tous les partis de gauche. Deux sondages le donnent vainqueur depuis le déconfinement.

Qu’est-ce que cela fait de passer du statut d’improbable challenger à celui de favori des sondages ?

Il y a quelques mois encore, tous les commentateurs politiques disaient que Jean-Luc Moudenc était imbattable. Or, avec ces sondages, on voit que le changement est non seulement souhaité mais possible. Souhaité parce qu’on a vu, certes avec une forte abstention, que les résultats du premier tour exprimaient une grande attente de changement. Les sondages semblent aussi donner cette ambiance, que je retrouve dans Toulouse depuis la reprise de la campagne post-confinement.

Avez-vous des réserves de voix alors que les résultats du 1er tour laissent penser que les abstentionnistes sont plutôt dans l’autre camp ?

C’est une erreur de le croire. Il y a un réservoir de voix écologistes dans certains bureaux de vote, mais aussi des gens qui contestaient la division du premier tour et ont là la possibilité de faire le choix d’un large rassemblement historique, de La France insoumise au Parti radical de gauche.

Ce large spectre politique donc vous parlez est utilisé par Jean-Luc Moudenc pour dire que vous n’arriverez pas à gouverner. Que lui répondez-vous ?

Nous avons fait le rassemblement de gens qui ne se ressemblent pas mais ont en commun un projet pour Toulouse et son agglomération. C’est la force de ce projet commun qui fait que l’on sera mobilisé ensemble tout le long du mandat. On nous avait déjà dit avec Archipel citoyen, « tout ça va péter, vous n’arriverez jamais à tenir », on a fait la démonstration dès le premier tour que ce rassemblement large avec des gens de culture et aux idées nationales différentes est possible. D’ailleurs, au premier tour les Toulousains ne s’y sont pas trompés.

Vous avez aussi cette image de quelqu’un de conciliant, aurez-vous la poigne nécessaire ?

J’ai une histoire politique, j’ai démontré ma capacité à gérer. Je suis aussi directeur d’une structure, président d’une autre, j’exerce déjà des responsabilités. Alors, oui, ce n’est peut-être pas la version caporalisée de Jean-Luc Moudenc avec une équipe qui explose en fin de mandat. Je crois plus à l’intelligence collective, à l’écoute. Ce qui ne m’empêche pas à la fin de trancher et je pense que je l’ai démontré dans mon parcours, puis dans la campagne, y compris dans le rassemblement du second tour. J‘ai tenu des positions. Si j’avais été gentillet, j’aurais accepté de donner la présidence de la métropole à Nadia Pellefigue.

Comment rassurer les Toulousains qui considèrent, comme Jean-Luc Moudenc, que certains de vos colistiers sont « dangereux » ?

J’aimerais qu’il me dise en quoi notre projet est dangereux. Je ne me suis pas amusé de mon côté à dire que sa liste était d’extrême-droite parce qu’il a des colistiers de la Manif pour tous, qu’il a des colistiers issus du parti de Dupont-Aignan ou de Sens commun. Notre liste n’est pas plus d’extrême-gauche que la sienne est d’extrême-droite. Elle est diverse et je l’assume, avec des combats communs, d’autres plus personnels.

La question, c’est comment on conçoit l’exercice du pouvoir. Moi je veux être le maire du dialogue et de l’apaisement Je veux être le maire de tous les Toulousains pour construire avec eux et l’équipe les solutions pour que chacun trouve sa place. Jean-Luc Moudenc a prouvé durant cette campagne qu’il était un maire qui divise, qui oppose, qui stigmatise.

Vous lui reprochez d’être resté bloqué dans les années 80. Pourquoi ?

D’abord parce qu’il est élu depuis 33 ans, depuis l’époque où je rentrais au CP et où j’apprenais à lire. Et dans ces 33 ans, il a quand même été élu durant 27 ans, dont dix comme maire. Donc déjà, il porte une lourde responsabilité dans la situation de la ville, qui étouffe de plus en plus, où les personnes ne peuvent plus se loger, qu’elles soient de la classe populaire ou moyenne, le manque d’espaces verts.

Le candidat écologiste Antoine Maurice, tête de la liste d'union de la gauche Archipel citoyen pour les municipales 2020 à Toulouse.

Ensuite, certes dans la crise du Covid, il s’est découvert un intérêt pour les pistes cyclables avec l’urbanisme tactique que nous lui avions d’ailleurs suggéré. On a vu que pour l’essentiel, il l’a fait seulement sur quelques axes. Pour la voiture, il continue à tenir le discours du « en même temps » qui est en réalité le maintien d’une politique qui ne développe pas les transports en commun ou les modes doux. Cela nécessiterait certes de l’argent mais aussi du courage. Il n’y a pas de réelle volonté de partager l’espace public, il est dans cette gestion à l’ancienne qui s’appuyait sur une économie florissante avec l’aéronautique et a conduit à cette paresse politique.

Êtes-vous pour ou contre la a troisième ligne de métro ?

Pour moi le débat sur les transports en commun n’est plus celui de la troisième ligne de métro. Il a eu lieu en 2014, Jean-Luc Moudenc a été élu sur ce projet et il a avancé dessus. Même si, dans l’équipe, on a eu des nuances sur le phasage, on a en commun de garder la 3e ligne de métro parce que je ne serai pas le maire qui efface les projets ou les annule. Est-elle financée aujourd’hui ? La réponse est non. On la maintiendra donc dans un plan global qui en début de mandat fera avancer un plan d’urgences de bus, le projet de RER toulousain à partir des lignes SNCF qui existent.

Nous voulons aussi réaliser le prolongement de la ligne B vers Labège qui a été suspendu, relancer le prolongement du tramway, au moins jusqu’à la gare, et réfléchir au prolongement du téléphérique jusqu’à Malepère. L’objectif est d’avoir au bout de six ans un maillage amélioré de transports en commun, en alternative aux voitures. Là où Jean-Luc Moudenc, s’il est réélu, reviendra en 2026 nous promettre une troisième fois sa troisième ligne de métro.

Est-ce que la crise du Covid a changé des choses ?

Sur le fond du projet, pas tant que ça. En fait le seul sujet, mais qu’on a du mal à évaluer, c’est la question financière. Parce qu’on sait très bien que la crise va toucher aussi les collectivités et que, plus que jamais, la question de priorités va se poser. Nous, nous priorisons la réponse aux besoins sociaux et environnementaux.

Ce qu’on vit avec la crise sanitaire, c’est ce qu’on expliquait qu’on pourrait vivre demain à travers des crises alimentaires et énergétiques. Elle nous révèle les fragilités de notre territoire. Elle nous montre qu’il faut développer une autre façon de faire de la politique qui soit moins comptable, gestionnaire et de court terme. Cette politique doit nous préparer à être plus résilients sur l’autonomie alimentaire, sur une diversification de l’économie, et sur une gestion énergétique qui nous permette d’être plus autonomes et moins dépendants aux aléas climatiques et aux ressources naturelles dont on sait qu’elles ne sont pas infinies.

Si vous deviez décrire Toulouse en 2026, après un éventuel « mandat Maurice » ?

Ce sera une ville plus apaisée, avec le développement de la piétonnisation non seulement en centre-ville mais aussi dans les cœurs de quartier et des pistes cyclables sécurisées qui permettront à davantage de Toulousains d’utiliser le vélo au quotidien. Une ville qui respirera davantage et où l’on se sentira mieux, avec davantage d’arbres et d’espaces verts, des « écoles oasis » par exemple. Une ville plus vivante sur le plan culturel, avec une réappropriation de l’espace public dans l’idée de la poétiser. Une ville plus accessible parce qu’on aura agi sur le logement pour faire en sorte que toutes les populations puissent réhabiter Toulouse. Du coup, une ville qui sera vue en France – et j’espère au-delà – comme une ville exemplaire parce qu’elle aura développé cette nouvelle culture de la transition écologique, lui donnant un intérêt non seulement pour y vivre mais pour venir la visiter.