Municipales 2020 à Lyon : « Notre ville doit encore se transformer, mais sans rupture », estime Yann Cucherat

INTERVIEW Avant le second tour des municipales le 28 juin, « 20 Minutes » interroge les candidats encore en lice. Désinvesti par LREM à la suite de son alliance avec Etienne Blanc (LR), Yann Cucherat se confie longuement

Propos recueillis par Jérémy Laugier

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Yann Cucherat, ici le 12 juin dans une brasserie lyonnaise, lors de l'entretien qu'il a accordé à « 20 Minutes ».
Yann Cucherat, ici le 12 juin dans une brasserie lyonnaise, lors de l'entretien qu'il a accordé à « 20 Minutes ». — Bony/Sipa pour 20 Minutes
  • Après le premier tour des élections municipales, il reste trois candidats à la mairie de Lyon : Grégory Doucet (EELV), Yann Cucherat (ex candidat LREM) et Georges Képénékian, sans étiquette.
  • Arrivé en troisième position le 15 mars, avec 14,92 % des suffrages exprimés, Yann Cucherat se sait outsider, au vu des 28,46 % récoltés par Grégory Doucet (EELV). Il s’est allié avant ce second tour à Etienne Blanc (LR, 17,01 % au premier tour).
  • L’ancien gymnaste professionnel, entré en politique en 2014 aux côtés de Gérard Collomb, indique « assumer cette alliance en lien avec un contexte exceptionnel », à savoir la crise du coronavirus.

L’adrénaline des Jeux olympiques et des championnats du monde a laissé place aux tensions d’une première aventure électorale pour Yann Cucherat (40 ans) à Lyon. Avant le second tour des municipales, le 28 juin, l’ancien champion d’Europe de gymnastique aborde désormais la dernière ligne droite des élections aux côtés d’Etienne Blanc (LR). L’adjoint aux sports de Gérard Collomb depuis 2014 n’a éludé aucun sujet durant son entretien accordé à 20 Minutes, dans une brasserie du Point du Jour (Lyon 5e). A commencer par cette alliance si décriée ayant entraîné la désinvestiture par LREM.

Pour la première grosse échéance politique de votre nouvelle carrière, vous n’êtes pas épargné en émotions fortes…

Je reconnais que ça fait beaucoup d’émotions et de rebondissements depuis le début de cette campagne (sourire). C’était compliqué, notamment entre l’utilisation par le gouvernement du 49.3, un coup dur qu’on n’avait pas vu venir, et le maintien du premier tour juste avant le confinement. Ça a un peu faussé l’acte démocratique. Et puis des tensions et des divisions internes ont noirci le tableau à Lyon et n’ont pas permis de parler beaucoup du programme. Ça m’a profondément dérangé car mon objectif était de présenter un projet dans l’intérêt général des Lyonnais et non de prendre position dans les problèmes relationnels entre Gérard Collomb, Georges Képénékian et David Kimelfeld. Tout cela a pollué le débat et ne nous a pas permis d’être assez précis sur ce qu’on avait à proposer.

Quel était votre sentiment, au soir d’un premier tour nettement dominé à Lyon par le candidat EELV Grégory Doucet (28,46 %, contre 14,92 % pour Yann Cucherat, 3e) ?

C’était évidemment une déception. J’ai senti que les résultats risquaient d’être compliqués quand on n’a pas réussi à rassembler les personnes avec qui on avait composé la majorité municipale actuelle (Georges Képénékian, encore en lice au second tour). Je n’ai jamais vu de divisions faire gagner. Jusqu’à la dernière minute, j’ai été de ceux qui ont tout fait pour qu’on puisse se rabibocher et proposer un projet commun.

Pourquoi ce rapprochement avec Georges Képénékian n’a-t-il pas pu se concrétiser au moins dans l’entre-deux tours ?

J’ai toujours tendu la main à Georges Képénékian, que je considère et que j’apprécie. Quand on a su que le second tour aurait lieu le 28 juin, il est le premier que j’ai contacté et que j’ai rencontré. J’ai pensé qu’on trouverait un terrain d’entente parce que quelque chose dépassait les personnes, à savoir cet enjeu économique en sortie de crise sanitaire. Georges a été très clair : s’il n’était pas la tête de liste à la ville, ça ne marcherait pas. Je ne considérais pas que c’était un point de départ pour des discussions entre nous. Pour lui, il fallait aussi que Gérard Collomb sorte totalement du jeu, ce qui était impensable pour moi. Il a donc refusé catégoriquement qu’on avance ensemble.

L’enjeu de ces tractations était double entre la ville et la métropole de Lyon…

Oui, dans le même temps, Gérard Collomb a contacté David Kimelfeld et il a directement évoqué avec moi la possibilité de lui laisser la présidence de la métropole. Mais David ne lui a jamais répondu, il a refusé de le voir. J’ai fait les choses dans le bon ordre. Gérard Collomb a évoqué toutes les pistes possibles, en mesurant les avantages et inconvénients de chaque choix. Il a pris la décision de contacter François-Noël Buffet (candidat LR à la métropole) et tous les deux appelaient justement à un rassemblement large. J’ai alors commencé à porter un projet commun avec Etienne Blanc, sans qu’on n’évoque un seul instant son poste en cas d’élection.

Vous attendiez-vous à un tel déchaînement de réactions du monde politique après ce choix de « rassemblement large », ainsi qu’à la désinvestiture de LREM ?

Ça ne m’a pas trop surpris car La République en marche a simplement écouté les députés locaux qui ont pour seul objectif de faire perdre Gérard Collomb. LREM ne nous a pas fait beaucoup de cadeaux depuis le début. On a l’impression d’avoir obtenu une investiture au forceps, après six mois. Quand on a décidé de faire cette alliance, LREM a même préparé un communiqué, avant de le corriger, pour s’offusquer que Gérard Collomb ait lâché la ville à Etienne Blanc, afin de rester en lice pour la métropole. Il y a selon moi une cabale contre Gérard Collomb depuis son départ du ministère de l’Intérieur et cela a pollué le débat politique de cette campagne. Mais on a pris des responsabilités qu’on assume et qui sont en lien avec un contexte exceptionnel.

Cette décision était-elle sincèrement autant la vôtre que celle de Gérard Collomb ?

J’ai tissé une vraie relation de confiance dans le temps avec Gérard Collomb et j’ai toujours su lui dire non quand je n’étais pas d’accord avec lui. C’est un grand maire qui a transformé radicalement cette ville en trois mandats. J’ai toujours été intègre pour porter mes convictions.

N’avez-vous pas été tenté, au vu de vos convictions concernant le renforcement des modes doux et la végétalisation de la ville, de vous rapprocher des Verts ?

Je partage sans concession les constats faits par les Verts, mais je ne suis pas d’accord avec les réponses extrémistes qu’ils apportent. Souhaiter une ville 100 % dédiée aux cyclistes et aux piétons, ça n’est pas possible. J’ai entendu Grégory Doucet annoncer 1 milliard d’euros d’investissement uniquement pour la rénovation énergétique. Je ne sais pas où il va trouver cette somme car c’est ce qu’on veut investir, mais pour tous les équipements de la ville. Confier cette ville et cette métropole à la France insoumise, au Parti communiste et aux Verts (qui se sont alliés avec également le PS en vue du second tour), ça me fait peur. A Lyon, jamais un maire n’a déconstruit ce que le précédent avait fait. Là, il y aurait un laboratoire d’expérimentation pour un projet utopique s’avérant dangereux, surtout face à cette crise économique majeure durant laquelle il va falloir rassurer les gens. On sent bien que le tissu économique lyonnais, qui ne prenait jusque-là jamais position, commence à redouter l’arrivée des Verts insoumis au pouvoir, c’est révélateur. Lyon doit encore se transformer, mais sans rupture.

Cette perspective de crise économique entraînée par la pandémie de coronavirus vous a-t-elle justement poussé à ajuster votre programme ?

Oui, surtout au niveau de notre politique d’accompagnement économique. Ces dernières semaines, on a mis en place en faveur des restaurants et bars des mesures comme les exonérations des terrasses ou la mise à disposition gratuite d’équipements appartenant à la ville. Ce sont des mesures qu’il va falloir prolonger aussi longtemps que nécessaire pour accompagner les entreprises en difficulté. On doit aussi acquérir du foncier pour ensuite louer à prix peu onéreux ces locaux-là à des commerces de quartier, et pas qu’en presqu’île. On s’était engagé à ne pas faire payer d’impôts supplémentaires et on maintient ce cap.

Dans ce contexte, qu’en est-il de votre souhait commun, à Gérard Collomb et vous, de lancer le projet d’Anneau des sciences, dont le montant est estimé à 3 milliards d’euros ?

Ce bouclage du périphérique n’est plus l’enjeu du moment. Il faut déjà sortir de cette crise économique et notre capacité d’investissement conséquente d’1 milliard d’euros va être placée ailleurs, dans des équipements publics offrant un service au quotidien pour les Lyonnais. On ne l’annule pas car il est important de trouver une solution alternative au contournement global de la ville mais on va repenser ce projet qui s’est révélé clivant en l’état. Il faudra apporter des solutions alternatives comme la mise en place de beaucoup de parcs relais et la construction du métro E, qui est une exigence absolue dans l’ouest lyonnais.

Quelle place occuperait Gérard Collomb, en cas de succès pour votre liste le 28 juin ?

Je ne sais pas encore, mais ça sera une place de choix, tout comme pour Etienne Blanc. Si on gagne, je pense qu’il aura à cœur de nous accompagner. Il m’appelle tout le temps pour me donner des conseils. En mettant de côté sa candidature à la métropole, Gérard Collomb a fait passer au second plan ses intérêts personnels, et ce au service de l’intérêt général, ça n’est pas anodin. Depuis qu’il a pris cette décision de transmettre, il est plus léger. D’une certaine manière, ça l’a libéré.