Municipales 2020 à Bordeaux : « La question des finances risque d’impacter certains projets d’investissement », craint le maire sortant Nicolas Florian

INTERVIEW Avant le second tour des municipales le 28 juin, « 20 Minutes » interroge les candidats encore en lice. Aujourd’hui à la tête d’une liste LR-MoDem-LREM après le ralliement de Thomas Cazenave, le maire sortant Nicolas Florian est dans une situation un peu plus confortable qu’à l’issue du premier tour

Propos recueillis par Mickaël Bosredon et Clément Carpentier

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Municipales 2020 à Bordeaux : Nicolas Florian veut faire de l'activité économique sa priorité face à la crise — 20 Minutes
  • Après le premier tour des élections municipales le 15 mars, il reste 3 candidats à la mairie de Bordeaux : Nicolas Florian (LR-MoDem-LREM), Pierre Hurmic (EELV-PS-PC) et Philippe Poutou (NPA).
  • Arrivé en tête au premier tour avec 34,56 %, le maire sortant Nicolas Florian est favori pour le second tour.
  • Pendant la période du confinement, il raconte avoir « tendu la main à celles et ceux qui voulaient participer à une action commune pour la ville. »

Arrivé en tête à l'issue du premier tour des municipales (34,56 %), mais avec seulement 96 voix d’avance sur son rival principal Pierre Hurmic (34,38 %), le maire sortant Nicolas Florian qui mène une liste LR-MoDem, a depuis fait alliance avec le candidat LREM Thomas Cazenave, qui avait réalisé 12,69 %. Préférant « les additions aux soustractions », Nicolas Florian peut ainsi aborder un peu plus sereinement le second tour du 28 juin.

Comment se passent vos premiers jours de mariage avec Thomas Cazenave ?

Ça matche bien. On a appris à se connaître pendant le confinement, nous avons analysé tous nos points de convergence, et ils sont nombreux, et depuis que nous avons décidé de faire cette alliance, nos équipes travaillent ensemble.

Avez-vous vraiment envisagé une coalition avec Pierre Hurmic durant la période du confinement ?

J’ai tendu la main à celles et ceux qui voulaient participer à une action commune pour la ville, mais j’ai vite compris qu’il refusait. Il n’était pas dans une logique de rassemblement, puisque même avec Philippe Poutou il n’a pas cherché à rassembler. Donc je n’ai pas insisté.

Est-ce une bonne nouvelle pour vous, le maintien de Philippe Poutou au second tour ?

Si Philippe Poutou ne s’était pas qualifié pour le second tour, peut-être que certains de ses électeurs auraient voté Pierre Hurmic… Mais en l’occurrence il se maintient, et ce n’est quand même pas du tout le même électorat entre Pierre Hurmic et Philippe Poutou : ils ne sont d’accord sur rien !

Est-ce que la crise sanitaire remet en cause certaines grandes théories, comme l’objectif du million d’habitants sur la métropole ?

C’est Vincent Feltesse [président PS de la communauté urbaine de Bordaux de 2007 à 2014] qui avait théorisé cela, pour moi cela n’a jamais été un objectif. Je ne veux pas une course effrénée au nombre d’habitants. Cela dit, je préfère une ville en croissance démographique qu’une ville en déclin. Le véritable enjeu est de stopper la fracture territoriale entre une métropole dynamique, et des territoires périphériques qui seraient plus abandonnés. C’est dans ce sens que je défends la ville polycentrique : il s’agit de créer plusieurs centres dans l’espace urbain, avec de l’emploi, du commerce, des services…

Thomas Cazenave a attaqué durant sa campagne « les candidats qui promettent des trams et des téléphériques partout ». Il avait aussi critiqué votre projet de pont au nord de Bordeaux. Tout cela sera-t-il revu ?

On remettra le pont sur la table après les élections municipales ; c’est de la compétence de Bordeaux métropole. Mais je pense qu’il faut un franchissement supplémentaire en aval, ce projet reste pertinent pour désenclaver toute la partie de Bordeaux nord, soulager le pont d’Aquitaine et le début de la rocade. Après, nous verrons les moyens financiers que l’on pourra mobiliser pour le faire. La question des finances risque d’impacter, du moins dans la temporalité, certains projets d’investissement. Les projets de prolongement de lignes de tramway qui ont déjà été votés, ou le projet de réaménagement des boulevards, se feront, mais il faudra regarder l’échelle du temps. Les boulevards, c’est un projet à dix ans.

Un autre grand projet que vous défendiez, mais qui pourrait finalement être remis en cause, c’est celui de la « Rue bordelaise », ce grand axe commerçant qui doit relier la gare aux quais de la Garonne. Qu’en est-il ?

On va le réviser, mais accordez-moi le temps d’en discuter avec Euratlantique. Toutefois, je maintiens que relier la gare au fleuve avec cette ouverture urbaine, est un bon projet. Il s’agit d’un projet essentiellement commercial, qu’il va falloir rééquilibrer avec peut-être plus de logements, de lieux de vie, de salles associatives…

Nicolas Florian, dans son bureau de l'hôtel de ville, le 16 juin 2020
Nicolas Florian, dans son bureau de l'hôtel de ville, le 16 juin 2020 - Ugo Amez/Sipa pour 20 Minutes

Si vous êtes élu, ferez-vous passer une grande partie de la ville en zone 30 ?

L’idée de zones 30 est très réglementaire, or c’est l’usage qui est important. Cela passe par une politique de stationnement, de parcs de rabattement, plus que par une réglementation. Il faut aussi une politique de stationnement vélos plus développée. Aujourd’hui, nous avons atteint les limites de l’arceau individuel. Il faut aller vers des lieux dédiés de stationnement collectif de deux roues. La part modale du vélo est à ce jour de 15 % dans Bordeaux, ce serait bien de l’amener à 20 %.

Quel est votre projet concernant les livraisons en centre-ville, qui sont un grand enjeu de mobilité et d’environnement ?

Je souhaite des zones tampon en amont et en aval de la ville, un acheminement des marchandises par le fleuve, et une distribution dans le centre avec des mobilités douces. J’imposerai le véhicule propre pour toutes les livraisons dans le centre-ville.

Parmi les nombreux projets urbanistiques en cours, avez-vous l’intention d’en revoir certains ?

Il y a des projets que j’ai déjà stoppés. Sur la Jallère, c’est moi qui ai arrêté le projet urbain de 2.000 logements. Je lancerai une concertation sur cette zone, mais l’idée est de sanctuariser tout un espace de nature, et de créer tout de même de l’activité, notamment le projet ïkos de recyclage de biens et de matériaux, qui va dans le droit fil de notre intention d’avoir zéro déchet d’ici à 2026. Je veux un vrai pôle sur la réutilisation des matériaux. Sur les zones d’aménagement déjà lancées, il faudra surtout travailler à la mutualisation des lieux.

Et sur le stade Chaban-Delmas, allez vous relancer un projet de réaménagement ?

Non, il n’y aura pas de requalification du stade, il a trouvé sa place dans la ville, avec un club résident qui est l’UBB, et il y a des activités sportives de proximité que je veux sanctuariser.

Pour terminer, si l’on revient un peu en arrière, après la succession à Alain Juppé en 2019, vous-êtes vous alors immédiatement projeté sur cette élection de 2020 ? Avez-vous eu à certains moments des hésitations ?

Il a fallu que je me mette très vite dans l’action municipale, et j’avais tout de suite dit que je n’étais pas là pour faire un intérim, en ayant au fond de moi l’idée que j’avais mes preuves à faire. Je me suis donc attaché à bien gérer la ville pendant un an, mais sans jamais hésiter concernant mon intention.