VIDEO. Municipales 2020 à Toulouse : « Antoine Maurice n’aurait pas l’autorité pour diriger », estime Jean-Luc Moudenc, le maire (LR) sortant

INTERVIEW Avant le second tour des municipales le 28 juin, « 20 Minutes » interroge les candidats encore en lice. A Toulouse, le maire sortant Jean-Luc Moudenc (LR, soutenu par LREM) s’attend à un scrutin très serré

Propos recueillis par Béatrice Colin et Hélène Ménal

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Jean-Luc Moudenc, maire sortant (LR) de Toulouse, est au coude-à-coude avec le candidat de la gauche, l'écologiste Antoine Maurice.
Jean-Luc Moudenc, maire sortant (LR) de Toulouse, est au coude-à-coude avec le candidat de la gauche, l'écologiste Antoine Maurice. — F. Scheiber / SIPA / 20 Minutes
  • Après le premier tour des élections municipales le 15 mars, il reste deux candidats à la mairie de Toulouse : le sortant Jean-Luc Moudenc (LR, soutenu par LREM) et l’écologiste Antoine Maurice (Archipel citoyen).
  • Arrivé en tête du premier tour avec 36,2 % des suffrages exprimés, l’édile sortant, qui n’a pas changé sa liste d’un iota, veut convaincre les nombreux abstentionnistes mais aussi la gauche modérée.
  • « Mon combat n° 1, c’est l’emploi », dit-il dans la dernière ligne droite tout en prévenant les Toulousains contre les colistiers d’extrême gauche de son adversaire qu’il estime « dangereux ».

A Toulouse, la bataille pour le Capitole s’annonce plus serrée que prévu. Jean-Luc Moudenc (LR, soutenu par LREM), le maire sortant, est désormais au coude-à-coude dans les sondages avec l’écologiste Antoine Maurice et sa liste d’union de toutes les gauches. Dans une dernière ligne droite bouleversée par la crise du Covid-19, l’édile concentre ses attaques sur les colistiers très à gauche de son adversaire et veut défendre l’emploi des Toulousains.

Lundi, un deuxième sondage vous a donné perdant. Qu’est-ce que ça vous inspire ?

Ce que je dis depuis un an, que le scrutin va être très serré. Il y a d’abord eu un sondage à 52/48 en faveur de mon adversaire, puis celui-là à 51/49 toujours pour lui, cela correspond à ce que j’ai toujours dit sans que l’on me croie. Alors j’espère que là, on va me croire, et que les Toulousains qui se reconnaissent dans l’action que je mène ou ceux qui ne veulent pas des orientations de mon adversaire vont se réveiller et venir voter. D’autant que la crise sanitaire s’éloigne à grand pas et que voter le 28 juin ne présentera pas de risque.

Vous estimez qu’il y a eu davantage d’abstentionnistes dans votre camp. Comment allez-vous les convaincre ?

Nous sommes en train de les contacter. Quand vous avez 155.000 abstentionnistes dans une ville comme Toulouse, cela veut dire que chacun en a dans son entourage. Puis il y a ces Toulousains de centre gauche ou de la gauche modérée qui nous contactent aussi maintenant qu’ils s’aperçoivent qu’il y a un danger véritable pour Toulouse. Cette sensibilité-là fera aussi la décision.

Antoine Maurice vous trouve « fébrile » et vous accuse de faire « une campagne de caniveau »…

Je suis un garçon très tranquille, je suis zen, je suis serein. Je ne vois pas où est la campagne de caniveau. Je dis simplement la vérité que mon adversaire cache. Il avance masqué dans cette élection, avec une vitrine sympathique – « Il faut verdir la ville », qui peut être contre – et il camoufle les colistiers extrémistes qui sont dans son équipe et qui auraient des responsabilités municipales s’il gagnait. J’ai dévoilé tout ça. C’est en réalité une opération « Bas les masques », qu’il vit mal.

Vous visez ses colistiers mais vous parlez peu de votre adversaire

Je pense qu’Antoine Maurice, si jamais il était maire, n’aurait pas l’autorité pour diriger vraiment cette équipe municipale. Il y a des tendances très antagonistes entre les traditions de gauche gestionnaire et d’ultra-gauche contestataire. Et effectivement, dans l’hypothèse où mon adversaire l’emporterait, je crains que l’équipe municipale explose assez rapidement et cela au plus mauvais moment. Parce que nous allons avoir malheureusement une crise économique et sociale considérable. Nous aurons besoin que la 4e ville de France soit tenue, dirigée avec une équipe soudée et unie.

Est-ce que vous ne vous retrouvez pas un peu dans la situation de Pierre Cohen en 2014, à défendre un bilan et des projets connus face à une équipe qui propose du neuf ?

Quand on a une grande ambition, il faut des grands projets. Quand on est une grande métropole, si on n’a pas de grands projets, alors le développement ne se fait pas, les emplois ne se créent pas. Et les grands projets, cela prend du temps. La troisième ligne de métro, je n’ai jamais dit aux Toulousains qu’elle serait faite en 2020, je savais bien évidemment que ce ne serait pas le cas. Par contre, je leur ai dit, on va la préparer. Mon adversaire et ses amis ont férocement critiqué ce projet, dès le départ et ensuite chaque fois qu’il a été évoqué. Donc, je suis dans cette élection, le seul qui peut garantir la mise en œuvre véritable de la troisième ligne de métro.

Est-ce que vous en aurez les moyens après la crise sanitaire ?

Si la question ne se posait qu’à Toulouse, ce serait effectivement un problème. La crise Covid a fait baisser un certain nombre de recettes partout en France en matière de transports. La problématique se pose au niveau national et tous les élus de France, dans toutes les grandes villes et quelle que soit leur tendance, vont monter au créneau et dialoguer avec l’Etat pour obtenir les financements nécessaires.

Mais pourrez-vous tenir la date de 2025 ?

Aujourd’hui, tout élu, à Toulouse ou ailleurs, qui formulerait des affirmations péremptoires sur les projets de transport serait à mon avis imprudent.

Le coronavirus a-t-il remis en cause des éléments de votre programme ?

Notre projet reste valide et répond aux attentes. Par contre, la crise nous a obligés à bouger. Pendant le confinement, nous avons réfléchi pour définir des réorientations. Nous avons distingué trois priorités : protéger l’emploi des Toulousains tout d’abord, protéger la sécurité des Toulousains et protéger leur santé.

Mon combat n° 1, c’est donc l’emploi. Et si je me bats pour les grands projets, que ce soit la troisième ligne de métro, et également la LGV que mon adversaire veut remettre en cause, si je me bats pour des investissements routiers, c’est justement parce que je sais que ces chantiers-là vont créer de l’emploi au moment où on en aura le plus besoin.

L’écologie reste-t-elle quand même au cœur du projet ?

L’écologie est dans la santé. Je crois que l’écologie n’appartient à aucun parti. Ce que j’ai fait depuis 2014 en matière de progrès écologiques, jamais aucune municipalité ne l’avait fait à ce point. On a augmenté de 30 % l’investissement dans les transports en commun par rapport à la période où M. Maurice et M. Cohen étaient aux responsabilités, on a augmenté de 10 % la superficie des espaces verts, on a plus que multiplié par deux le nombre de jardins partagés, on a diminué de 30 % la consommation de l’éclairage public, on a doublé la capacité de production de l’énergie verte, que ce soit l’hydroélectricité, la méthanisation, le réseau de chaleur.

Jean-Luc Moudenc, maire sortant (LR) de Toulouse, est au coude à coude avec le candidat de la gauche, l'écologiste Antoine Maurice.

Nous avons en matière d’écologie accompli de très grands progrès, beaucoup plus forts paradoxalement que dans la période où M. Maurice lui-même était aux responsabilités. C’est pour cela que nous proposons d'aller plus loin, notamment en matière de verdissement de la ville ou de sobriété énergétique des logements. Tout cela est très cohérent.

Quel sera votre projet prioritaire en matière de santé ?

C’est un projet que j’ai présenté au début du mois de mars dans l’indifférence générale : la création d’une maison de santé dans chaque quartier, pour que les soins soient accessibles à tous plus facilement, près de chez soi. On en a créé ou encouragé quelques-unes. Ce que nous souhaitons, c’est les systématiser. Nous sommes confortés dans cette intuition que nous avions eue avant les autres.

Pourquoi avez-vous voulu afficher votre soutien aux policiers ce mardi ?

Je soutiens la police nationale, une force républicaine. Je trouve scandaleux l’amalgame que certains font entre ce qui se passe aux Etats-Unis, qui est une véritable honte pour la démocratie, et la police en France. On essaie de faire passer de manière générale tous les policiers pour des violents et des racistes alors qu’en réalité ils nous protègent et sont scrupuleusement respectueux de l’ordre républicain, à part tel ou tel cas ponctuel pour lequel il ne faut avoir aucune complaisance.

Quel bilan tirez-vous de votre accord avec LREM ?

En cas de succès, LREM aura cinq sièges sur 53 sièges au sein du conseil municipal, c’est-à-dire autant qu’aujourd’hui. Moi, j’ai fait le choix de donner la première place à la société civile et ça c’est une particularité. Nous sommes au second tour la seule liste à proposer une équipe où la moitié des candidats n’appartiennent à aucune formation politique, à l’image de 95 % des Toulousains. Tandis que la fabrication de la liste de M. Maurice, dans la douleur, a été un accord d’apparatchiks entre plusieurs partis.

Le « Jounal du Dimanche » vous voit au gouvernement, vous a-t-on fait la proposition ?

J’ai lu ces rumeurs de couloir où je suis cité. J’ai immédiatement démenti cette hypothèse farfelue. Je ne vais pas solliciter le suffrage des Toulousains le dimanche et, le lundi, partir à Paris, ce n’est pas sérieux. Je n’ai été approché par personne. Si les Toulousains m’élisent, il y a un contrat moral entre eux et moi.