Municipales 2020 à Lille : « J’ai du caractère mais il faut de la détermination quand on est maire », assure Martine Aubry

INTERVIEW Avant le second tour des municipales le 28 juin, « 20 Minutes » interroge les candidats encore en lice. La maire (PS) sortante, Martine Aubry, brigue un 4e mandat

Propos recueillis par Gilles Durand

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Martine Aubry, maire de Lille et candidate (PS) aux municipales à Lille.
Martine Aubry, maire de Lille et candidate (PS) aux municipales à Lille. — Sarah Alcalay / SIPA pour Minutes
  • Après le premier tour des élections municipales le 15 mars, il reste trois candidats à la mairie de Lille : Martine Aubry (PS), Stéphane Baly (EELV) et Violette Spillebout (LREM).
  • Arrivée en tête avec 29,8 % des suffrages exprimés, Martine Aubry est néanmoins dans une situation délicate, faute d’être parvenue à faire liste commune avec les Verts.
  • Elle assure que pour être maire, il faut « quelqu’un qui a la capacité à tenir la barre » car « on va vivre une situation très difficile ».

Ce fut la surprise du premier tour. Pour la première fois, depuis qu’elle se présente à l’élection municipale de Lille, la maire (PS) Martine Aubry n’est pas parvenu à atteindre la barre des 30 %. Avec 29,8 % des voix, elle vire néanmoins en tête, mais sans l’appui de ses alliés historiques, les Verts, sa réélection sera plus difficile. Elle veut s’appuyer sur la « cohérence de son programme ».

Qu’a changé le confinement dans la campagne ?

Beaucoup de choses. Aides d’urgence, paniers alimentaires, protocole avec les commerçants, pistes cyclables supplémentaires… La mairie a dû s’occuper de tout pendant cette période, et notamment des plus fragiles. J’ai le sentiment que l’on a accompagné tout le monde. Désormais, avec la crise économique, l’emploi est la priorité, un thème que nous étions seuls à porter lors du premier tour.

Quelle sera la ligne directrice de votre mandat si vous êtes élue ?

La transition écologique alliée à la justice sociale. Sans justice sociale, il n’y aura pas de transition écologique. On ne peut pas changer sa façon de consommer si on a des difficultés à joindre les deux bouts. C’est pourquoi l’emploi reste la priorité majeure. On ne se construit que si on travaille. Pour les jeunes par exemple, nous allons donc continuer à développer l’emploi à travers les services civiques, la garantie jeune ou les circuits courts.

Quelle sera la mesure emblématique ?

Il y en a plusieurs. C’est une cohérence d’ensemble. Il faut améliorer la métamorphose paysagère, développer la ville, mais pas comme avant. Les collectivités locales doivent aussi avoir un rôle important à jouer dans la reprise de l’économie de ce pays.

Martine Aubry, maire (PS) de Lille et candidate à sa succession, lors de la campagne des municipales 2020.
Martine Aubry, maire (PS) de Lille et candidate à sa succession, lors de la campagne des municipales 2020. - Sarah Alcalay / SIPA

Comment abordez-vous ce second tour ?

Je regrette qu’il n’y ait pas eu d’alliance avec les écologistes, mais dont acte. J’ai toujours eu de bons rapports avec eux. On m’a souvent critiquée, d’ailleurs, pour être trop proche d’eux, au niveau national notamment. Mais depuis la moitié du mandat, j’ai senti un éloignement vers des positions plus dogmatiques. Notre liste compte des écologistes et j’en suis très heureuse. J’ai une équipe qui allie avenir et expérience.

Comment vous analysez la forte abstention du premier tour ?

L’annonce du président de la République, quelques jours avant le vote, a jeté la sidération. Beaucoup ont eu peur d’aller voter. Dans certains bureaux des quartiers populaires, l’abstention a atteint 80 %. Aujourd’hui, la situation a évolué. Toutes les mesures sont prises pour rassurer les gens, comme les kiosques avec des professionnels de santé au pied des immeubles pour informer sur le Covid-19. Les bureaux de vote seront totalement sécurisés.

Qu’est ce qui va faire l’élection ?

On va vivre une crise majeure. Il faut quelqu’un qui tienne la route, qui a l’expérience, les convictions et la capacité à tenir la barre.

De quelle réalisation êtes-vous la plus fière ?

La métamorphose des quartiers populaires avec les logements, des espaces et des équipements publics de qualité. Et ça va se poursuivre, notamment au Faubourg de Béthune et à Bois-Blancs.

Et le point noir à corriger de toute urgence ?

La sécurité. On n’est pas arrivé à la situation de Marseille où on se tire dessus, mais le trafic de dogue s’est développé depuis qu’il n’y a plus de frontière avec la Belgique et les Pays-Bas. Et la plupart des problèmes d’insécurité sont liés à ce trafic de drogue. J’ai toujours la conviction qu’il n’y a pas assez de policiers. Nous mettrons des caméras là et seulement là où c’est utile.

Comment comptez-vous travailler avec la Métropole de Lille ?

Nous avons quelques désaccords mais nous travaillons main dans la main, par exemple pour le schéma directeur des transports. Nous avons un projet pour la métropole.

Allez-vous changer votre manière de gouverner que certains trouvent autoritaire ?

Autoritaire signifierait que je suis seule à prendre les décisions et que je considère avoir toujours raison. Ce qui n’est pas le cas. Je suis en concertation permanente. J’ai du caractère mais il faut de la détermination quand on est maire. Aujourd’hui, il y a une espèce de mollesse à vouloir faire croire que tout le monde a raison. Je ne suis pas dans la démagogie et le clientélisme. Il faut faire respecter les règles communes pour vivre en société.