Municipales 2020 à Lyon : « Est-ce que l’on va attendre d’avoir le climat d’Alger pour bouger ? », s’interroge Grégory Doucet

INTERVIEW Avant le second tour des municipales le 28 juin, « 20 Minutes » interroge les candidats encore en lice. Ce lundi, Grégory Doucet (EELV), arrivé en tête du premier tour 

Propos recueillis par Caroline Girardon

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Lors de notre interview de Grégory Doucet, candidat écologiste à la mairie de Lyon, a été rejoint par la gauche en vue du second tour des municipales.
Lors de notre interview de Grégory Doucet, candidat écologiste à la mairie de Lyon, a été rejoint par la gauche en vue du second tour des municipales. — Bony / Sipa pour 20 Minutes
  • Après le premier tour des élections municipales le 15 mars, il reste 3 candidats à la mairie de Lyon : Grégory Doucet (EELV), Yann Cucherat (LR et ex-LREM) et Georges Képénékian, sans étiquette.
  • Arrivé en 1ere position avec 28,46 % des suffrages exprimés, Grégory Doucet fait figure de favori. Il a été rejoint par les candidats du PS, du PC et de France Insoumise.
  • Pour le candidat, face à « l’urgence climatique », « on ne peut pas se contenter de faire semblant » et il est nécessaire « d’agir maintenant et non dans dix ans ».

Tout sourire, Grégory Doucet descend de son vélo avant de nous entraîner dans le jardin attenant à son nouveau local de campagne, situé désormais dans les friches des Halles du Faubourg. Assis sous les arbres nous protégeant des rayons du soleil, le candidat EELV aborde le second tour des élections municipales avec prudence. Mais reste intimement convaincu que le changement à Lyon, c’est maintenant. Et qu’il passera par la victoire des écologistes le 28 juin.

En vue de second tour, vous avez fusionné avec les listes de la Gauche Unie et de Lyon en Commun (soutenue par FI). Ne craignez-vous pas que cette alliance puisse désorienter une partie de vos électeurs ?

C’est tout l’importance d’avoir rendu transparentes notre démarche et les étapes des discussions engagées avec chacun. On a ouvert le rassemblement au-delà de la gauche, avec les équipes de Lyon Respiration (Georges Képénékian) notamment. Les proximités programmatiques ont été constatées avec tout le monde. En revanche, on a exigé une clarté dans les soutiens politiques apportés. Enfin, la Gauche Unie et Lyon en commun se retrouvaient dans l’urgence climatique.

Ce n’était pas le cas avec Georges Képénékian ?

Pour nous, il est difficile de soutenir un gouvernement qui parle beaucoup d’écologie mais qui n’agit pas, qui ne réalise pas les arbitrages permettant de sauver le climat. C’est facile de dire « Make our planet great again », tout le monde peut le faire, encore faut-il agir. Le sujet est là. Le gouvernement fait des annonces mais la consommation de pesticides continue d’augmenter. C’est terrible. Si l’on s’engage pour le climat, il faut avoir des actes à la hauteur des annonces. Avoir un pied dedans, un pied dehors, ce n’est pas possible pour nous.

Georges Képénékian n’a pourtant pas l’investiture LREM et ne l’a pas demandée…

Ce n’est pas l’historique qui m’importe, c’est de regarder devant. Aujourd’hui, je ne veux pas qu’on louvoie. Je veux des engagements clairs. S’il n’y avait pas besoin d’écologistes pour faire de l’écologie, Emmanuel Macron ne serait pas allé chercher Nicolas Hulot. Si je vous dis cela, c’est parce qu’avec l’urgence climatique dans laquelle nous sommes, on ne peut pas se contenter de faire semblant. Faire de la politique, c’est décider et décider, c’est parfois accepter de renoncer. Je souhaitais élargir notre alliance, j’ai eu les discussions qu’il fallait pour cela. Mais il faut être deux à le vouloir… Au final, cela ne s’est pas fait (sourires).

Que pensez-vous de votre score du premier tour ?

C’est un joli score (28,46 %) qui nous satisfait pleinement. Le choix des électeurs et électrices est assez explicite. L’envie d’écologie est manifeste.

Votre alliance vous permet de disposer mathématiquement d’un réservoir de voix important (18 %) et d’aborder le second tour en favori…

L’élection n’est pas gagnée, on le sait. Même avec les alliances, cela ne suffit pas. On vient de passer plusieurs mois en confinement. Comment les électeurs vont réagir ? Quelles vont être leurs préoccupations ? Va-t-on encore avoir un taux d’abstention fort ? Il y a plein d’inconnues pour ce deuxième tour, déjà très particulier. Il faut surtout s’abstenir de penser que c’est gagné. On fait campagne, on a besoin de mobiliser et de rassurer les gens pour qu’ils aillent voter.

Quel regard portez-vous sur l’alliance entre les Républicains et LREM ?

On nous a qualifiés de « Khmers verts », on agite le chiffon du « péril vert », mais ces gens-là ont parfois eu besoin des écologistes dans leur majorité pour faire avancer un certain nombre de dossiers. J’ai lu aussi qu’on nous traitait de pastèques : vert à l’extérieur, rouge à l’intérieur (rires)… Ça vole haut. On reste dans la caricature, on aligne les expressions pour faire peur mais on ne parle pas des programmes. Quel est le projet politique derrière cette alliance ? Est-ce de dire qu’il y a une crise économique et qu’il ne faudrait surtout rien changer ? Je ne pense pas que la réponse à y apporter doit être le conservatisme.

Dans une ville comme Lyon, on sait que l’on doit repenser l’espace public. Il va falloir faire face, dans les années à venir, à de nombreux épisodes de canicule. Est-ce que l’on va attendre d’avoir le climat d’Alger pour bouger ? Non, les actions doivent être menées maintenant. On ne peut pas attendre dix ans. Ceux qui ont fait alliance sont les mêmes qui ont réalisé le cours Lafayette et le quartier de la Part-Dieu, deux projets très minéraux. Est-ce que l’urbanisme du 21e siècle doit être celui-là ? Je ne le pense pas.

Encore une fois, pour les annonces, il y en a. Mais quand il s’agit de faire des arbitrages, c’est autre chose. Or, on peut faire de l’économie vertueuse et responsable.

Justement, l’économie est perçue comme le point faible des écologistes. Elle risque pourtant d’être une préoccupation majeure dans les mois à venir. Que répondez-vous aux critiques ?

On peut dire tout ce que l’on veut au sujet de la soi-disant incompatibilité entre l’écologie et l’économie, il n’y en a pas en réalité. Je vous donne un exemple : lorsqu’on annonce vouloir isoler thermiquement 10.000 logements par an sur l’agglomération, cela représente 200 millions d’euros de travaux, investis dans l’économie locale. Car nous voulons travailler avec les entreprises locales. C’est une autre forme d’économie. On essaie souvent de nous présenter comme des décroissants mais non, on veut réorienter l’économie. Cela, c’est faire de la politique.

J’ai fait une école de commerce, je gère des équipes de centaines de personnes depuis plusieurs années. Je sais ce qu’est le management et je suis très à l’aise pour parler économie. Mon rôle, si je suis maire de Lyon, sera de donner un cap aux entrepreneurs. La responsabilité politique est de prendre des décisions vertueuses au service du bien commun. L’entreprise en elle-même n’est pas vertueuse, mais la façon dont on la gère et les orientations générales qu’on lui donne, le sont. Moi, je veux fixer ce cap.

Qu’est-ce que le confinement vous a enseigné et qu’a-t-il changé dans votre programme ?

La crise sanitaire nous oblige à repenser certaines de nos priorités et à y apporter des réponses dans notre programme. Par exemple, on a besoin d’offrir rapidement aux enfants, des activités pédagogiques et culturelles. Dès l’été. Pour qu’ils reprennent le goût du collectif et l'envie d'apprendre ensemble afin de bien préparer la rentrée. On voit que les enfants, qui sont le moins retournés à l’école depuis le déconfinement, sont ceux issus des quartiers défavorisés ou rencontrant le plus de difficultés scolaires. Il va donc falloir lutter davantage contre les inégalités et le décrochage scolaire.

Il ne faut pas oublier non plus le secteur culturel et celui du tourisme, qui souffrent d’un important manque à gagner. On travaille actuellement pour encourager dès cet été un tourisme régional. Enfin, on a repriorisé la question de la gestion des risques. Concrètement, j’ai prévu dans mon exécutif une délégation spécifique à la gestion des risques, à la santé, à la qualité de l’environnement parce qu’il s’agit d’un sujet majeur.

Qui serait votre premier adjoint ?

Il s’agit d’Audrey Hénocque, tête de liste dans le 7eme arrondissement, qui sera l’adjointe aux finances. Elle est administratrice territoriale de formation. Elle connaît très bien le fonctionnement de l’administration. La gestion des finances est sa spécialité. J’ai énormément confiance en elle. C’est quelqu’un d’une rigueur et d’un professionnalisme absolus. La désigner première adjointe est une évidence, d’autant que je souhaitais particulièrement confier ce poste à une femme (sourires).

Si vous n’êtes pas élu, est-ce que vous siégerez toutefois au conseil municipal ?

Oui, bien sûr car je suis tête de liste dans le 3e arrondissement. Je devrais être à minima conseiller municipal. Je ne me suis pas engagé en politique en me disant que c’était le poste de maire ou rien du tout. D’autant qu’après cette élection, plus rien ne sera comme avant. Les scores historiques des écologistes démontrent une envie énorme d’écologie au sein de la population. Les responsables politiques, les anciens, ne peuvent pas l’ignorer.

Autre point : la politique des petits pas, dénoncée par Nicolas Hulot, n’est plus envisageable. On a besoin de changement sur un certain nombre de sujets radicaux. Mais qui dit radicaux ne signifie pas que cela sera violent ou contraignant. Un exemple : Rééquilibrer la voirie, c’est donner plus de places aux piétons et aux vélos. Cela ne signifie pas interdire la voiture. Je veux juste lui donner une place moindre en développant les alternatives. En aucun cas, il ne s’agit de punir qui que ce soit mais plutôt de déplacer les normes.