VIDEO. Municipales 2020 à Marseille : « Si les électeurs qui ont voté Le Pen en 2017 se mobilisent, je serai le prochain maire », promet Stéphane Ravier

INTERVIEW Avant le second tour des municipales le 28 juin, « 20 Minutes » interroge les candidats encore en lice. Stéphane Ravier, candidat du Rassemblement National est arrivé en troisième position lors du premier tour

Propos recueillis par Adrien Max

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Le candidat du Rassemblement National, Stéphane Ravier, pour la mairie de Marseille.
Le candidat du Rassemblement National, Stéphane Ravier, pour la mairie de Marseille. — Philippe Magoni / Sipa pour 20 Minutes
  • Après le premier tour des élections municipales le 15 mars, il reste six candidats à la mairie de Marseille : Michèle Rubirola (Printemps marseillais), Martine Vassal (LR), Stéphane Ravier (RN), Yvon Berland, (LREM), Bruno Gilles (DvD) et Samia Ghali (DvG).
  • Arrivé en 3e position avec 19,45 % des suffrages exprimés, Stéphane Ravier fait figure d’outsider.
  • Pour la tête de liste RN, « si les électeurs qui ont voté Bardella aux européennes ou Marine [Le Pen] en 2017 à la présidentielle, si rien que ceux-là se mobilisent, vous avez aujourd’hui devant vous le prochain maire de Marseille ».

Pourtant vu comme un prétendant à la première place lors du premier tour des élections municipales à Marseille, Stéphane Ravier, le candidat du Rassemblement national n’est finalement arrivé qu’en troisième position. Il a décidé de se maintenir dans tous les secteurs de la ville. Elu à la faveur d’une triangulaire dans les 13e et 14e arrondissements en 2014, il affrontera cette année le candidat de Martine Vassal en duel, et fera face à deux listes de gauche dans les 15e et 16e arrondissements. Il compte sur la mobilisation de son électorat pour renverser la tendance.

Comment réagissez-vous aux révélations sur de possibles fraudes aux procurations par l’équipe de Martine Vassal ?

On est passé de l’équipe Vassal au gang Vassal. Je ne suis pas du tout étonné de ces méthodes de voyous. Il ne s’agit pas d’un acte isolé. Yves Moraine, lui-même avocat et grand donneur de leçon, explique qu’il ne connaissait pas la loi. C’est se moquer du monde. J’invite les Marseillais à se mobiliser pour nettoyer les écuries de Vassal. Ces gens qui sont censés protéger l’image de Marseille ne cessent de la salir.

Avez-vous été surpris de votre résultat du premier tour, comment l’expliquez-vous ?

Je crois que tout le monde a été surpris, il n’y a pas que moi. Mme Vassal s’y voyait déjà. Le soir du premier tour elle disait qu’elle était en tête, elle n’était que deuxième, alors qu’elle a bénéficié de tous les soutiens, et notamment des institutions de la métropole et du département. Le candidat qui a réalisé le plus mauvais score, c’est elle. Le Printemps marseillais a été lui aussi très surpris de sa première place. Des études nous ont montré que près de 40 % de nos électeurs ne s’étaient pas déplacés, contre 10 % pour la gauche. 

Estimez-vous que malgré votre troisième place, et la deuxième de Vassal, vous réalisez un résultat meilleur qu’elle ?

C’est une réalité, même si nous avons mené une campagne tambour battant dans tout Marseille. Mais il s’est invité dans cette élection un élément que les sondeurs n’avaient pas pris en compte, parce que je rappelle que les sondages et observateurs annonçaient un RN au moins deuxième, si ce n’est en tête le soir du premier tour. Ce n’est pas seulement moi qui faisais ma propagande.

Vous aussi vous y croyez…

Oui parce que vos confrères y croyaient aussi, l’observaient, une campagne dynamique… Et puis il y a ce coronavirus qui s’est invité dans les derniers jours. Cette situation nous a fortement pénalisés. On a un réservoir de voix bien plus important que celui que peuvent espérer nos adversaires. Le défi est de le convaincre d’aller aux urnes.

Vous visez toujours la ville ou vous avez recentré votre stratégie sur certains secteurs, comme le vôtre par exemple ?

Ni Mme Rubirola, ni Mme Vassal, ni même moi ne pouvons affirmer « je serai le maire de Marseille ». La situation est tellement éclatée que tout est envisageable. Nous sommes largement en tête dans les 13e et 14e arrondissements, je ne sens pas une volonté farouche des électeurs de gauche de faire élire un représentant de Martine Vassal.

Un duel qui est inédit d’ailleurs, est ce que vous êtes en position moins favorable qu’en 2014 ?

Ce n’est pas une triangulaire donc ça pourrait nous être plus difficile à affronter. Mais la situation veut que je sois face au représentant de la majorité municipale, parce que Vassal c’est l’héritière de Gaudin, qui en plus est devenue une boutiquière. Elle a négocié avec Ghali, avec la gauche en général, pour obtenir leur soutien dans le 13/14.

Qu’a-t-elle négocié avec Ghali ?

Ghali s’est retirée dans le 13/14 et Vassal s’est retirée dans le 15/16. Vassal attend au troisième tour un vote, parce qu’il se pourrait qu’il y ait une majorité relative au soir du second tour. Je n’ai pas de preuve, mais c’est cousu de fil blanc que Samia Ghali apportera ses voix à Vassal et en échange au mois de septembre les grands électeurs apporteront leur voix à la candidate Ghali aux sénatoriales. Je rappelle que dans le 13-14 nous sommes face au candidat de Mme Vassal qui est co-responsable au moins depuis 19 ans qu’elle est élue, de la situation calamiteuse dans laquelle se trouve la ville. Et catastrophique dans laquelle se trouvent les 13e et 14e arrondissements.

Vous n’avez pas réussi en six ans à redresser la barre ?

Les habitants ont vu ce que nous avons fait pendant six ans. Et beaucoup disent « Ravier, D’Angio, ils ont fait réparer ma rue, ils sont intervenus pour l’école de mon gamin, ils ont créé une brigade de propreté, un club pour les seniors avec des sorties gratuites ». C’est ça la réalité. Parce que quand vous écoutez mes adversaires, c’est halte à Stéphane Ravier. Mais on ne sait toujours pas pourquoi. Les deux mois de confinement ont aussi confirmé que si j’avais la priorité de la sécurité, c’était la priorité de toutes les sécurités. Y compris sanitaires. Nous n’avons pas attendu l’accord de Macron pour mettre en place un labo de dépistage. On a été très réactif, concret, en dehors de toute idéologie.

Comment percevez-vous ces alliances face au RN dans les quartiers nord ?

Malgré cette union d’état-major, moi j’ai à leur opposer notre union avec les Marseillais du 13/14 pour leur quotidien. Les habitants qui votaient à gauche jusqu’à présent doivent se sentir trahis par leur état-major qui se retire alors qu’il aurait pu se maintenir. Ils ne seront pas représentés au conseil municipal par des élus de leur secteur. Et il faut aller voter pour Galtier ? Le représentant de celle qui appartient à la majorité municipale ayant ruiné la ville, et responsable, au moins politiquement, de l’effondrement de la rue d’Aubagne, de 25 % de la population qui vit en dessous du seuil de pauvreté. Ce n’est pas Ravier, c’est Vassal. Je ne suis pas convaincu qu’ils vont se précipiter dans l’isoloir pour voter Galtier/Vassal. Ce qui me laisse une partie de l’électorat de Bruno Gilles, qui est très remonté contre l’attitude, en dehors du bilan, de Vassal pendant cette campagne. J’entends « moi je suis plutôt de gauche, mais là je vote pour l’action que vous avez menée au quotidien ».

Vous estimez avoir plus de chances sur le 13/14 ou 15/16 face à deux listes de gauche ?

C’est vrai qu’on ne s’aime pas à gauche dans le 15/16. Tout dépendra de deux facteurs, toujours le même dans ce secteur, comme dans le 11/12 où il y a une quadrangulaire, c’est la mobilisation de nos électeurs. Et le deuxième point, le respect des règles de la démocratie. Parce qu’il faut le voir pour le croire dans certains bureaux, c’est du grand vol.

Comment vous allez faire pour remobiliser ?

Déjà il faut les contacter, ce qui n’est pas simple, la campagne est assez curieuse parce qu’on ne peut pas s’approcher. L’obstacle encore, et surtout pour les personnes âgées, c’est le virus. Ils ont peur. Alors on essaye de leur faire comprendre, et il y a encore 20 jours qui vont s’écouler, la vie reprend.

Le candidat du Rassemblement National, Stéphane Ravier, pour la mairie de Marseille.
Le candidat du Rassemblement National, Stéphane Ravier, pour la mairie de Marseille. - Philippe Magoni / Sipa pour 20 Minutes

Vous pensez que 20 jours c’est suffisant ou ce second tour arrive trop tôt ?

J’aurais souhaité qu’il soit reporté. Le gouvernement a décidé, allons-y gaiement. On leur dit devant et dans les bureaux de vote, tout sera sécurisé. On a proposé d’apporter des moyens supplémentaires, et on explique aux électeurs que ce jour-là il y aura tout ce qu’il faut, la distanciation, le masque, les gels. Et que puisqu’ils vont faire les courses le samedi, puisqu’ils vont à la boulangerie toute la journée, il n’y a pas de raison qu’ils ratent cette chance quasiment historique que de tourner la page du système Gaudin/Vassal/Guérini, pour faire de ce deuxième tour, un nouveau premier tour. Celui dont on annonçait une première place possible pour le RN. 

Donc la priorité est de convaincre sur la sécurité des gens pour ce vote ?

Oui ma priorité ce n’est même plus de convaincre les électeurs qui ne voteraient pas pour nous, on continue à le faire quand on en rencontre, mais je me contenterai presque de mobiliser ceux qui ont voté Bardella aux européennes ou Marine [Le Pen] en 2017 à la présidentielle. Si rien que ceux-là se mobilisent, vous avez aujourd’hui devant vous le prochain maire de Marseille.

Vous pensez être capable de retourner la situation à ce point pour le second tour ?

J’aurais une majorité relative, mais au moment des choix, et bien chacun est libre. Si j’ai, et c’est ce que j’espère, plus de voix que Mme Vassal, et suis donc le seul à pouvoir battre Mme Rubirola au troisième tour, que va faire Mme Vassal ? Elle va voter Mme Rubirola ? Elle prendra ses responsabilités devant les Marseillais.

Aujourd’hui c’est qui votre adversaire numéro 1 ? Vassal ou Rubirola ?

C’est l’abstention mon adversaire. Mes propositions, j’estime que ce sont celles que les Marseillais attendent. Mme Vassal, ça fait 17 ans qu’elle est au pouvoir, et la gauche on sait de quoi elle est capable : du pire. Alors moi je veux éviter à Marseille deux fléaux. Je n’ai pas à choisir entre ces deux personnes-là. Ce sont mes adversaires qui ont été au pouvoir, pour certains qui le sont encore, moi c’est vers les Marseillais que je me tourne, et je leur dis « vous voulez en reprendre pour six ans ? ».

Si demain vous êtes élus, irez-vous au Sénat ?

Chaque chose en son temps, et même si je suis sénateur, je reste au conseil municipal, je suis président du groupe. Je n’ai jamais raté de conseil municipal, j’ai dû rater un seul conseil d’arrondissement en six ans. Je suis très impliqué sur la vie politique et du quotidien à Marseille.

Vous appréciez aussi la tribune nationale que vous offre le Sénat…

Ce n’est pas une question de rayonnement, c’est une question d’efficacité, une question d’opportunité politique de porter la voix des Marseillais et la situation marseillaise au Sénat. Je travaille avec Mme D’Angio, je fais partie de son équipe, sur les quartiers, sur Marseille. C’est ce qui me tient le plus à cœur, je suis Marseillais. Mais si j’avais choisi de rester sénateur plutôt que maire de secteur, ce n’est pas le choix du cœur mais celui de de la raison. Je ne pouvais pas laisser à Mme Ghali et à M. Gilles, et encore moins à Guérini, le soin de représenter seuls Marseille. J’ai porté la réalité économique, migratoire, la réalité de l’insécurité de Marseille au Sénat.

Vos ambitions sont plutôt locales ou nationales ?

Mon ambition est de sortir Marseille de l’ornière. Cette ville a des atouts, des gens extraordinaires. Un système politicard étouffe cette ville parce qu’on privilégie la petite carrière politique de l’un, les intérêts financiers de l’autre. Ce qui m’intéresse c’est de refaire de Marseille la ville qu’elle fut, avec un développement économique, une sécurité pour l’ensemble des habitants, une qualité de vie pour tous et pas la bétonisation à outrance. Ces gens-là ne changent pas, et continuent à se foutre des Marseillais. Ça, j’en ai marre et je sais que ça peut changer. Soit on décide d’être à plat ventre devant les promoteurs, ou on décide de leur dire ca suffit. Mme Rubirola veut des logements sociaux de partout, une ville accueillante pour les migrants, elle l’a dit, c’est net. Vassal, c’est la même mais ça tient un discours et ça fait le contraire. Avec l’une ou avec l’autre, on continuera à ruiner Marseille.