Municipales 2020 à Allauch : Mort du maire, guerre de succession et coups bas, quand Allauch a des airs de « Dallas »

POLITIQUE Entre accusations, alliances aux airs de trahison pour certains et mort inattendue du maire sortant, l’entre-deux-tours de la petite commune d’Allauch n’est pas de tout repos pour les candidats

Mathilde Ceilles

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La mairie d'Allauch
La mairie d'Allauch — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • Le premier tour des municipales dans la commune d’Allauch s’est conclu par un camouflet pour le maire sortant, arrivé deuxième à l’issue d’une campagne tendue.
  • Le sulfureux édile DVG, Roland Povinelli, est mort dans l’entre-deux-tours.
  • Une partie de ses colistiers s’est alliée avec leur ancienne adversaire de droite, devenue tête de liste.

Il était une fois… Allauch. Petit commune provençale, au centre-ville paisible, à quelques encablures des quartiers Nord de Marseille. Une ville entre les mains depuis 1975 d’un baron local indétrôné et, semble-t-il, indétrônable, l’ancien guériniste Roland Povinelli. Un maire ​qu’on pourrait croire sorti d’un film, connu pour des déboires judiciaires en tout genre, allant des menaces de mort à l’encontre d’un journaliste aux soupçons de détournement de fonds, en passant par des accusations de harcèlement moral de la part d’une opposante. Un maire qui, bien qu’affaibli par d’importants problèmes de santé, avait décidé de rempiler pour un huitième mandat en mars 2020, à l’âge de 78 ans.

Le décor est planté. Il est déjà peu banal. La suite ne l’est pas non plus : à Allauch, malgré les apparences, rien n’est jamais totalement calme, du moins lorsqu’il s’agit de la mairie. Le début de la campagne électorale a été marqué par des menaces de mort anonymes à l’encontre de deux candidats adversaires de Roland Povinelli. Le premier tour s’est soldé par un échec pour la liste du maire sortant. Seulement 24,27 %. Un score qui place l’édile en deuxième position, derrière le jeune candidat LR Lionel de Cala (31,88 %). « Le maire n’a presque jamais été en ballottage, rappelle Jean Tomasini, adjoint de Roland Povinelli et compagnon de route de longue date. C’est une gifle terrible. »

« Un nouveau scrutin à un tour »

L’histoire ne s’arrête pas là. L’épidémie de coronavirus s’invite dans le récit politique allaudien. L’entre-deux-tours s’éternise. Et la nouvelle que personne n’attendait arrive un matin de mai. Roland Povinelli est mort. « On avait prévu beaucoup de choses, mais pas ça », confie Jean Tomasini, colistier du défunt maire. La carrière politique de l’éternel baron s’arrête là, en même temps que sa vie, comme pour mieux signifier que les deux trajectoires, personnelles et politiques, n’ont fait qu’une pendant des décennies.

Et après ? Comment envisager un match sans le joueur principal ? A quoi ressemble une élection municipale à Allauch, quand le tout-puissant Roland Povinelli n’est plus là, laissant derrière lui tout un système orphelin de sa tête de proue ? « Dans une élection municipale contre le maire sortant, on essaie de battre le maire, admet Laurent Jacobelli, candidat RN à la mairie d’Allauch et cadre du parti de Marine Le Pen. Là, les cartes sont rebattues. C’est comme si on avait un nouveau scrutin à un tour. »

A peine le cercueil fermé, une guerre de succession s’est ouverte, comme souvent lorsque meurt le chef d’un empire. Et, en termes de scénario improbable, l’après Povinelli se montre à la hauteur de l’avant. Pour remplacer le maire DVG, en guise de tête de liste, des colistiers ont décidé de s’allier avec… une de leurs adversaires de droite, la conseillère régionale Monique Robineau, arrivée en quatrième position au premier tour.

« C’était la volonté de Roland Povinelli »

Cette dernière l’affirme : en endossant ce rôle d’héritière, elle ne ferait que respecter les dernières volontés du maire. « J’ai beaucoup travaillé avec Roland Povinelli, ces derniers temps, affirme Monique Robineau. Il m’avait déjà proposé plusieurs fois de le rejoindre. L’année dernière, il me l’avait redit. Il m’avait dit qu’il ne resterait pas longtemps, en raison de ses problèmes de santé. Il voulait que ça soit moi, car j’étais la plus à même de préserver son œuvre. Mais j’avais déjà déposé mes listes, comme je ne savais pas ce qu’il faisait. C’est une question de délai. Après le premier tour, il m’a proposé d’être sa première adjointe. »

Comme pour mieux légitimer son discours et cette filiation avec un maire qu’elle a combattu au premier tour, Monique Robineau a même monté un comité de soutien présidé par…. la petite-fille de Roland Povinelli. Et si elle est élue, elle veut qu’on l’appelle Monique Robineau-Chailan, du nom de son aïeul qui fut maire de la commune en 1794. « C’était la volonté de Roland Povinelli qu’on m’appelle ainsi », affirme-t-elle.

« Le mariage de la carpe et du lapin »

Le hic, c’est que cette fusion d’un genre un peu particulier ne fait pas l’unanimité chez les colistiers de l’ancien baron local, qui se déchirent depuis quelques semaines. « Une petite minorité s’est crue investie de pouvoirs que nul ne lui avait délégués pour échafauder une stratégie pour le moins curieuse », pestent plusieurs colistiers dans un communiqué de presse, emmenés par le très remonté Jean Tomasini. « Ils n’ont aucune chance de remporter les élections, affirme l’adjoint au maire. Quand vous mariez la carpe avec un lapin, il est rare que votre descendance soit à la hauteur de vos attentes… »

« Moi, j’ai gardé la même équipe, j’ai une cohérence dans mes discours, et je ne change pas », tacle Lionel de Cala qui espère bien, avec ce nouveau casting, « incarner le renouveau » et « l’envie de changement » à Allauch, après un premier tour encourageant. « Cette alliance, c’est une escroquerie, tance Laurent Jacobelli. Moi, j’ai une pensée pour les électeurs qui sont sincèrement de droite… »

« L’URSS a bien survécu à Khrouchtchev »

Troisième homme malheureux malgré de grands espoirs de son parti sur lui, le candidat RN tente de se faire une place, coincé entre la liste selon lui « d’un système » qui survit bien après Roland Povinelli, comme « l’URSS a bien survécu à Khrouchtchev », et ce nouveau favori LR. Ce dernier se retrouve accusé par ses adversaires d’inéligibilité au motif qu’il occupe un poste de direction au sein du conseil régional. Des accusations que Lionel de Cala réfute catégoriquement.

« Après les menaces, les courriers anonymes, les campagnes de diffamation, certains de mes concurrents ont franchi un nouveau cap », écrit Lionel de Cala dans un communiqué. Et d’ajouter : « je ne laisserai pas ces individus installer un climat encore plus malsain dans le cadre de ce second tour ». Certes, à Allauch, au premier abord, tout semble calme. Mais il faut se méfier d’Allauch qui dort…