Municipales 2020 à Bordeaux : Comment le maire sortant Nicolas Florian (LR) et Thomas Cazenave (LREM) ont-ils trouvé un accord ?

ELECTIONS En difficulté à Bordeaux face au candidat écologiste, le maire sortant Nicolas Florian va s’allier avec le candidat LREM pour le deuxième tour des municipales

Mickaël Bosredon
— 
Thomas cazenave (à gauche) et Nicolas Florian feront liste commune pour le deuxième tour des municipales à Bordeaux
Thomas cazenave (à gauche) et Nicolas Florian feront liste commune pour le deuxième tour des municipales à Bordeaux — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • Nicolas Florian devra intégrer treize membres de la liste de Thomas Cazenave en position éligible.
  • Le député LREM du Médoc, Benoit Simian, invité surprise sur la liste de Florian, fera les frais de cet accord.
  • Les deux candidats se sont aussi mis d’accord sur une nouvelle mouture de leurs projets.

« Ils se sont découverts durant la crise, et dès lors que la date du deuxième tour du scrutin a été connue, ils ont décidé de se voir. » C’est ainsi que Fabien Robert, actuel premier adjoint MoDem au maire de Bordeaux, résume le rapprochement entre le maire sortant Nicolas Florian, et le candidat LREM Thomas Cazenave. « Les choses se sont accélérées jeudi dernier » nous dit-on encore dans l’entourage de Thomas Cazenave, et ces discussions ont finalement débouché lundi sur un accord de liste commune, pour le deuxième tour des élections municipales à Bordeaux.

Nicolas Florian, qui avait obtenu 34,56 % des voix au premier tour, mènera évidemment cette nouvelle liste de rassemblement. Mais il y intégrera 17 membres de la liste « Renouveau Bordeaux » de Thomas Cazenave – qui était arrivé troisième à l’issue du premier tour avec 12,69 % – dont 13 membres en position éligible. Petite subtilité : « Nous partons sur le principe d’avoir un groupe indépendant "Renouveau Bordeaux" au sein de cette liste car nous souhaitons conserver notre liberté d’expression, nous précise Aziz Skalli, référent départemental LREM. C’est une coalition de projets, pas une dilution de nos idées, que nous continuerons d’incarner. Par ailleurs, nous souhaitons également avoir un groupe à la métropole, avec l’ensemble des élus des différentes villes de Bordeaux Métropole. »

Thomas Cazenave hériterait d'un poste d'adjoint au maire et d’une vice-présidence à Bordeaux Métropole. Un prix « lourd à payer » commentait-on mardi dans l’entourage du maire sortant. « La reconnaissance de notre poids du premier tour », disait-on plus sobrement dans celui du candidat En Marche, analyse partagée par Fabien Robert. Parmi les 13 membres du camp de Nicolas Florian qui doivent céder leur place, figure le député LREM du Médoc Benoit Simian, dont la présence sur la liste du maire sortant avait créé la surprise en début d'année.

« Accords politiques du vieux monde »

Nicolas Florian et Thomas Cazenave organisent ce mercredi, une conférence de presse commune. Mais dans un communiqué publié sur Twitter mardi en début d’après-midi, Thomas Cazenave justifie son choix en expliquant qu’avec la perspective de « 30.000 nouveaux demandeurs d’emploi dans les mois à venir dans notre métropole, nous devons prendre nos responsabilités (…) Aborder le second tour des municipales sans rien changer est aujourd’hui inconcevable. La crise que nous traversons appelle à unir les compétences. »

Il assure également « avoir noué des contacts avec les deux candidats arrivés en tête », à savoir Nicolas Florian et Pierre Hurmic, « pour dépasser les clivages et répondre à l’urgence de la situation. « Pierre Hurmic et son équipe n’ont pas souhaité participer à cette démarche républicaine. »

Cette nouvelle liste de rassemblement affrontera donc au second tour, la liste Bordeaux respire de Pierre Hurmic (EELV), qui était arrivée deuxième à quelques encablures seulement de Nicolas Florian (34,38 %) et la liste Bordeaux en Luttes de Philippe Poutou, qui avait réc olté 11,77 % des suffrages.

Le candidat écologiste, qui est toujours allié avec le PS et le PC, a dénoncé mardi dans un communiqué l’accord entre LREM et LR en vue du second tour, estimant que « les perspectives de postes l’ont emporté sur les annonces de la veille d’un Thomas Cazenave qui précisait "ne partager ni des convictions, ni des valeurs" avec Nicolas Florian. » Voyant là des « accords politiques du vieux monde », il pense toutefois que « ce retournement ne bouleversera pas un scrutin qui a déjà traduit une soif de changement, y compris pour plus d’éthique en politique. »

Le Premier ministre aurait œuvré au rassemblement

Il se dit depuis lundi, que les termes de cet accord ont été dictés « d’en haut ». Comprendre que le président Emmanuel Macron, et le Premier ministre Edouard Philippe, seraient intervenus. La désignation de Thomas Cazenave comme candidat du parti présidentiel à Bordeaux, contre un maire sortant juppéiste et considéré comme « Macron compatible » avait fait grincer des dents dans la majorité bordelaise, qui comprend notamment le MoDem, allié de LREM au plan national. « J’entends qu’il y a eu des coups de fil de Paris, c’est "bullshit" », assure Aziz Skalli.

« Il n’y a eu aucune intervention directe ni de Bayrou, ni de Juppé, ni de Philippe, nous assure Fabien Robert. En revanche nous avons rendu compte et discuté avec nos leaders respectifs, évidemment. » Mais le premier adjoint au maire de Bordeaux de lâcher quand même : « Qui pouvait croire un seul instant que le gouvernement et le Président de la République, allaient faire élire une coalition socialo-écolo-communiste à Bordeaux ? Cela n’existait dans aucune hypothèse. »

Le projet de Rue Bordelaise définitivement abandonné ?

Au-delà des 13 membres en position éligible, Renouveau Bordeaux aurait réussi à faire adopter au clan Florian quelques-uns des projets que le candidat Cazenave portait. Comme l’abandon de la rue bordelaise, ce projet d’immense rue commerciale entre la gare Saint-Jean et les quais de la Garonne. « C’est un projet d’un autre temps, c’est encore plus vrai aujourd’hui, poursuit Aziz Skalli. Un tiers des petits commerçants risque de disparaître à cause de la crise du coronavirus, ce projet est en total décalage avec ce qu’il vient de se passer, et avec le besoin de commerces de proximité qui se fait ressentir. » Nicolas Florian restait le seul des quatre candidats qualifiés pour le second tout, à défendre ce projet.

Parmi les autres dossiers portés par Thomas Cazenave, qui devraient être repris dans la nouvelle liste commune, figure aussi « le redécoupage de la ville en seize quartiers, pour revitaliser la proximité, notamment autour des services publics. » « Nous voulions aussi renforcer la question de la proximité », nuance Fabien Robert, qui précise qu’il n’y aura pas pour autant « 16 mairies de quartier, ce serait financièrement intenable. » « Sur plusieurs sujets majeurs, nous n’étions pas très éloignés », conclut l’élu bordelais.