Municipales 2020 à Lyon : La stratégie mise en place par Gérard Collomb et la droite peut-elle torpiller les Verts ?

ELECTIONS Gérard Collomb et la droite lyonnaise ont scellé un accord pour fusionner leurs listes en vue du second tour des élections municipales et métropolitaines

Caroline Girardon

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Bruno Bernard et Grégory Doucet.
Bruno Bernard et Grégory Doucet. — Bony/ Sipa
  • Gérard Collomb et la droite lyonnaise ne s’en cachent pas : la priorité est de faire barrage aux Verts, arrivés en tête du premier tour.
  • Sur le papier, l’accord pourrait s’avérer mathématiquement payant.

Lyon et sa métropole deviendront-elles le second bastion vert de la région Auvergne-Rhône-Alpes après Grenoble ? Si les résultats enregistrés à l'issue du premier tour des élections municipales laissaient imaginer ce scénario, l'accord conclu jeudi entre les équipes de Gérard Collomb et la droite est venu rebattre les cartes. Et dans le camp des nouveaux alliés, tout est prétexte à torpiller les écologistes

Les deux camps ne s’en cachent pas, quel qu’en soit le prix, il faut faire barrage aux Verts, largement plébiscités par les électeurs au soir du 16 mars. Les piques n’ont pas tardé à fuser. « Je ne veux insulter personne mais il va falloir une certaine expérience pour faire face à cette crise », attaque Gérard Collomb, qui n’a pas pourtant pas hésité à désigner Yann Cucherat comme son digne successeur malgré sa mince carrière politique.

« Ce sont des apprentis », cingle Etienne Blanc

De l’expérience, les Verts avec lesquels il a pourtant dirigé la ville de Lyon, n’en auraient pas suffisamment, laisse-t-il entendre sans vergogne. Quid des mandats passés ? « Ils ont changé. Avant, ils comprenaient comment il fallait construire une ville. Il y a eu une sorte de régression par rapport aux années précédentes », répond l’élu visant, sans les nommer, Grégory Doucet et Bruno Bernard, respectivement candidats EELV à la ville et à la métropole.

« Ce sont des apprentis », lâche de son côté Etienne Blanc, candidat LR à la mairie de Lyon, qui s’est désisté au profit de Yann Cucherat. « La deuxième ville de France ne peut raisonnablement pas devenir un petit laboratoire de la décroissance ni le lieu d’expérimentation d’idéologiques hasardeuses pratiquées par des apprentis ». Et d’ajouter : « Si la configuration du 1er tour devait se maintenir lors du second, une coalition rassemblant les Verts et la France Insoumise s’installerait pendant six ans à la tête de Lyon et de sa métropole. De cela, je ne veux pas, au regard des conséquences graves pour notre économie, nos emplois et notre cohésion sociale ».

Collomb sur la touche, une stratégie payante ?

L’accord conclu peut s’avérer mathématiquement payant. Mais reste à savoir si la mayonnaise prendra dans les isoloirs. Le rapprochement a été décidé « sur le terrain », sans l’aval des instances nationales de La République en marche et des Républicains. Sans l’avis des militants non plus.

Plusieurs maires de droite, comme Philippe Cochet (Caluire), Alexandre Vincendet (Rillieux) ou Christophe Quiniou (Meyzieu) ne voulaient pas d’une telle union au profit de Gérard Collomb. Maintenant que l’élu s’est retiré de la course, ils auront certainement moins de difficulté à voter pour leur candidat François-Noël Buffet à la métropole. Et à convaincre leurs électeurs de faire le même choix.

Dans le camp des anciens alliés de Collomb, la problématique est différente. Les élus de groupes Lyon Gauche Solidaires et Lyon Métropole Gauche Solidaires ont déjà fait part de leur sentiment : la « consternation ». « Si nous restons fiers du travail effectué, nous avons un sentiment de trahison en voyant Gérard Collomb rejoindre celles et ceux qui se sont toujours opposés à nos politiques pour tenter de leur donner les clés de la métropole », réagissent-ils, dénonçant ainsi un « ultime coup de poker désespéré et désespérant ».

Zorah Ait-Maten qui figurait sur les listes de Gérard a annoncé dans la foulée qu’elle se retirait. « J’avais choisi de le suivre par loyauté, chose importante et rare en politique, et parce que tout le travail abattu par nos équipes méritait qu’on le poursuive. Ma conscience pèse bien plus lourd qu’un mandat », explique celle qui se décrit avant tout comme « une femme viscéralement de gauche ».

« Cette droite « illibérale » et ultra-conservatrice n’est pas compatible avec mes valeurs humanistes », ajoute Bernard Bochard, le maire du 9e arrondissement de Lyon qui espère encore un rabibochage entre Collomb et Kimelfeld.

Quel réservoir des voix pour les Verts ?

Arrivés en tête du premier tour, les écologistes pouvaient espérer l’emporter au sortir d’une quadrangulaire. Maintenant que les cartes sont redistribuées, l’équation s’annonce plus compliquée à résoudre. EELV, qui a refusé toute possibilité d'alliance en vue de second tour, semblerait disposer à fusionner avec la Gauche Unie, emmenée par Sandrine Runel.

Pour s’assurer de gagner, il leur faudrait aussi trouver un terrain d’entente avec Nathalie-Perrin-Gilbert (10,6% au premier tour) et David Kimelfeld, le président sortant de la métropole dont les listes ont recueilli 12 % des suffrages à Lyon et 17 % à la métropole. Si ce dernier semble disposé à entamer des discussions dans les prochains jours, Bruno Bernard n’a pas fait mystère de sa réticence à l’idée de se rapprocher d’un candidat issu de LREM.

En attendant, les écologistes misent sur leur programme pour mobiliser d’avantage d’électeurs. Ils abordent la perspective du 28 juin avec confiance, persuadés que le changement climatique reste l’une des préoccupations fondamentales des électeurs.

« Les grands lyonnais ont dorénavant le choix entre cette coalition anti-climat et sans projet politique et les listes écologistes ouvertes à toutes celles et tous ceux qui ont compris les enjeux d’aujourd’hui », estime Bruno Bernard. Et de conclure : « La crise sociale et économique va nécessiter une mobilisation sans faille pour soutenir et relancer notre économie en prenant en compte les enjeux climatiques. Face à celles et ceux qui n’ont pour autre ambition que la conservation du pouvoir, il est temps d’ouvrir une nouvelle ère ambitieuse, à la hauteur des enjeux historiques qui nous attendent ».