VIDEO. Municipales 2020 à Marseille : Alliances, mystère et divisions, la grande bouillabaisse de l’entre-deux tours

POLITIQUE Un mois avant le deuxième tour des municipales, l’issue du scrutin dans la deuxième ville de France demeure plus incertaine que jamais

Mathilde Ceilles

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Des affiches électorales lors des municipales 2020 de Marseille
Des affiches électorales lors des municipales 2020 de Marseille — Daniel Cole/AP/SIPA
  • A un mois des élections municipales, à Marseille, l’issue du scrutin reste encore très floue.
  • Face à la candidate LR et le RN, la gauche est en tête au premier tour mais n’a pas la certitude de le rester.
  • Des alliances parfois surprenantes seraient en discussion pour peser sur le résultat final du scrutin

Dans un mois, Jean-Claude Gaudin quittera définitivement son fauteuil de maire de Marseille à la fin juin, après un quart de siècle à la tête de la deuxième ville de France.

Depuis des semaines, dans cet entre-deux tour inédit, les tractations se multiplient pour tenter de rafler la mairie centrale de la cité phocéenne, alors que le dépôt des listes doit se faire dans les prochains jours. Une véritable bouillabaisse que 20 Minutes a tenté de rendre un poil digeste pour l’électeur qui a faim de comprendre les enjeux de cette élection historique.

Une hirondelle ne fait pas le printemps (marseillais)

C’était la surprise du premier tour. Le Printemps marseillais, nom donné à la coalition de gauche emmenée par l’ancienne écologiste Michèle Rubirola, était arrivé en tête au soir du 15 mars, avec 23,4 % des suffrages, devant la favorite Martine Vassal des Républicains (22,3 %), et le sénateur du Rassemblement national Stéphane Ravier (19,4 %). Le mouvement a réalisé une percée historique dans une ville dirigée par la droite depuis 1995.

Mais, à y regarder de plus près, la partie est loin d’être jouée. Pour rappel, le Printemps marseillais est parvenu à s’imposer dans trois secteurs de la ville… tout comme la présidente LR de la métropole et du conseil départemental Martine Vassal, première dans trois autres secteurs. Dans les quartiers Nord, la sénatrice DVG Samia Ghali arrive en tête dans son fief des 15-16e arrondissements, tandis que le sénateur RN Stéphane Ravier conserve son assise sur les 13 et 14e arrondissements.

Autant d’obstacles qui appellent le Printemps marseillais à la plus grande prudence. Favori à la sortie des urnes, la coalition se place pourtant en « challenger », selon son porte-parole Benoît Payan (PS), dans un duel unique entre la gauche et la droite qui incarnerait « le système », fait « d’héritiers » de Jean-Claude Gaudin. « On sait bien qu’on a en face de nous une machine avec une force inouïe, une puissance financière énorme, lance le candidat dans les 2e et 3e arrondissements à l’attention de Martine Vassal. Nous, on a nos convictions et nos militants. On n’a pas un journal pour faire des unes pour nous, ou des salariés qui collent des affiches. On fait face à des gens qui se défendent. »

Alliances, j’oublie tout

Dans ce combat serré, qui fera office de juge de paix ? En coulisses, après des mois de divisions au sein des différents clans, des stratégies d’alliance se dessinent pour gagner la mairie. A gauche, alors qu’ils n’étaient pas parvenus à s’entendre avant le premier tour, des discussions entre le Printemps marseillais et les écologistes sont en cours, notamment pour parvenir à un accord dans les quartiers Nord. Mais rien n’est joué…

« On a besoin d’un rassemblement le plus large possible et le plus clair possible autour d’une volonté très forte de changement », estime Benoît Payan. « Il faut une alliance dans ces deux secteurs des quartiers Nord avec Samia Ghali, lance Sébastien Barles, chef de file EELV. C’est une des conditions de la gagne. Il ne faut pas faire les andouilles. Une triangulaire dans le 15-16 serait tragique car il y a un risque que le RN passe. En fait, on n’a pas le choix, même s’il y a des choses à dire sur Samia Ghali et sa gouvernance… »

Si l’entourage de Samia Ghali fait savoir que « son logiciel, c’est aucun secteur pour le Front national », sa présence sur une liste commune ne semble pas faire l’unanimité chez les Verts. Certains lorgneraient même du côté de Bruno Gilles. Pas question pour le candidat dissident de la droite de se contenter de battre la chef de file de la gauche Michèle Rubirola, en ballottage défavorable dans son secteur, pour laisser le champ libre ensuite à sa meilleure ennemie Martine Vassal. Le sénateur, ancien patron local des Républicains, à qui presque toute la droite marseillaise a tourné le dos, se rêve en troisième homme. Quitte à nouer des alliances quelque peu… surprenantes.

Ainsi, dans le 2-3, sa candidate, l’ancienne guériniste Lisette Narducci, en deuxième position, discuterait avec LREM et le clan de Samia Ghali. « Ce serait un rassemblement qui aurait de la gueule pour rattraper Payan », estime le sénateur. Dans le 6-8, secteur de Martine Vassal et bastion historique de Jean-Claude Gaudin, Bruno Gilles affirme que son jeune candidat, Ludovic Perney, cherche à parvenir à un accord à la fois avec Yvon Berland, candidat LREM malheureux, et la candidate EELV Christine Juste. « J’ai énormément de mal à imaginer qu’un électeur de Bruno Gilles aille voter pour des listes conduites par le Printemps Marseillais, ou même les Verts », s’interroge le candidat LR dans le 9-10 Lionel Royer-Perreaut.

Electeur, reviens

Des vidéos qui appellent à aller aux urnes, des propositions pour favoriser le vote à distance… Pour certains, la priorité est de contrer l’abstention, record à Marseille lors du premier tour. Pour rappel, près de 67,24 % des électeurs ne s’étaient pas déplacés en mars dernier.

« Cette abstention n’a pas aidé tous les candidats, à part la gauche grâce à une surmobilisation très localisée de leur électorat », estime Lionel Royer-Perreaut. L’abstention a été particulièrement fatale à Stéphane Ravier, malheureux troisième malgré des sondages très favorables. « L’électorat du RN a été le plus effrayé par le Covid et c’est celui qui s’est le plus démobilisé, lance le sénateur. On estime que 40 voire 50 % de nos électeurs selon les secteurs n’ont pas voté, quand la gauche n’a que 10 % de perte. Ma démarche dans l’entre-deux tour n’est pas de convaincre de la pertinence de mon programme mais de la sécurité du vote. » Un véritable défi, quand on se souvient les conditions chaotiques dans lesquelles s’est déroulé le premier tour à Marseille, ponctué de tensions, de soupçons de fraudes et de règles d’hygiène pas toujours respectées…