VIDEO Municipales en Ariège : A 94 ans, l’inoxydable André Trigano n'est pas encore prêt à céder son siège à Pamiers

MUNICIPALES André Trigano, cible de critiques sur son âge, est en lice pour un cinquième mandat de maire à Pamiers, en Ariège. Il a 94 ans

Béatrice Colin

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André Trigano, maire depuis 1995 de Pamiers, en Ariège, postule à un cinquième mandat.
André Trigano, maire depuis 1995 de Pamiers, en Ariège, postule à un cinquième mandat. — B. Colin / 20 Minutes
  • A 94 ans, André Trigano, maire sans étiquette de Pamiers, en Ariège, brigue un cinquième mandat
  • En politique depuis 1971, il assure vouloir terminer ce qu’il a lancé pour sa commune.
  • Au-delà de son âge, ses adversaires politiques lui reprochent son mode de gestion solitaire.

« Si je ne suis pas réélu, ce sera dû au virus. Les aînés, ça vote beaucoup, ils aiment les élections et je fais un score important chez eux. S’ils ne viennent pas dimanche, on est enterré », lâche André Trigano, 94 ans, maire sortant de Pamiers, candidat à sa réélection. L’élu ariégeois sans étiquette a le sens de la formule. Il faut dire que l’homme qui a fait carrière dans le secteur du tourisme n’en est pas à son premier scrutin municipal.

Il a déjà participé à 20 élections et en a remporté 19 aime-t-il à rappeler. Depuis qu’il s’est lancé en politique en 1971, il a occupé à huit reprises le fauteuil de maire – quatre fois à Mazères et quatre fois à Pamiers –, ceux de vice-président du conseil régional, député ou encore conseil général.

« Le passé c’est le passé, ce qui compte c’est ce qui va se passer maintenant et le nouveau mandat. Alors, le reproche que l’on me fait c’est l’âge, c’est certain que pour une course à pied je ne suis pas bon mais du point de vue tête ça semblerait tenir à peu près correctement. », assure-t-il sans détour installé dans son bureau de la mairie. Il concède un genou défaillant. Mais « il faut bien être usé de quelque part », plaisante l’édile.

« Passer la main »

Pourtant, ses 94 printemps, les Appaméens lui en parlent parfois. « Il devrait passer la main, il a fait des choses pour Pamiers, maintenu et créer de l’emploi, mais il faut savoir laisser la place aux autres », plaide une sexagénaire croisée sur le marché. Comme d’autres habitants, elle a « de l’affection » pour celui que certains surnomment « le patriarche » ou « le grand-père ».

Mais avant de raccrocher, il veut aller au bout des projets qu’il a lancés pour la rénovation du centre-ville, finir ce qu’il a commencé. « Je veux laisser quelque chose de convenable, continuer à rendre à l’Ariège ce qu’elle m’a donné », insiste celui dont la famille juive séfarade s’est réfugiée sur cette « terre courage » en 1939. Et puis « je n’aime pas la retraite, je n’aime pas les vacances. J’ai peur de l’ennui, de la mort, de la vie inutile. Mourir, ce n’est rien, mais sans rien laisser, c’est dommage ». Il convient que,  si tout avance normalement et compte tenu de son âge, quatre de ses colistiers ont les compétences pour le remplacer. Mais il se refuse pour l’heure à désigner un dauphin, « on est en République, pas en monarchie », tacle-t-il à l’endroit de ses adversaires qui lui reprochent de gouverner seul.

Pas de successeur

Une critique qui vient aussi bien d’anciens compagnons de route que de ses adversaires historiques, comme le conseiller municipal sortant, Michel Teychenné​. S’il ne repart pas, sur son blog, l’élu d’opposition n’hésite pas à donner son avis sur ce possible changement de tête en cours de route.

« Voter Trigano, c’est dans deux ou trois ans, ou avant, se retrouver avec un maire illégitime qui n’aura pas été élu par les Appaméens, et dont on ne connaît aujourd’hui ni le nom, ni le programme, ni les capacités humaines pour être maire de Pamiers », clashe Michel Teychenné.

Xavier Fauré, colistier en 2014 d’André Trigano, n’est pas plus tendre. « Il n’y a pas que son âge, il y a aussi des problèmes de gouvernance. Il prend des décisions unilatérales, on se sent méprisé. Sur la fin du mandat, j’ai pensé naïvement qu’il allait tout mettre en œuvre pour passer la main, mais il y a cette avidité du pouvoir, tout passe par lui », déplore l’adjoint aux Sports, qui s’est lancé dans la fronde en binôme avec  Maryline Doussat Vital, l’ajointe à l’Action sociale. Comme d’autres, lorsqu’il s’était lancé aux côté de l'édile en 2014, il avait été fasciné par le personnage tout en rondeur.

Aujourd’hui, il le compare plus à un « gourou », « un animal politique » qui « s’est lancé dans des travaux pharaoniques sans en avoir les moyens ». Des salves de critiques qu’André Trigano assimile à « une trahison ». « Ils sont venus me dire que j’étais trop vieux, qu’il fallait me retirer et céder ma place. Le dernier mot reviendra aux Appaméens », conclut-il.

Cinq listes

Au-delà de la liste d’André Trigano, maire sortant sans étiquette soutenu par LREM, quatre autres listes sont en lice aux municipales à Pamiers. Celle du dissident Xavier Fauré « Ensemble vivre Pamiers », Frédérique Thiennot pour la liste sans étiquette « Pamiers Autrement », Daniel Mémain qui conduit la liste d’union des écologistes et socialistes « Pamiers Citoyenne » et le conseiller départemental Jacques Laffargue pour la liste « les Appaméens ».