Municipales 2020 en Alsace : « Comment on fait sans maire ? » L'inquiétude grandit à Ettendorf, village où aucun candidat ne s'est déclaré

POLITIQUE Le premier tour des élections, dimanche, est déjà annulé à Ettendorf, en Alsace

Thibaut Gagnepain

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Le maire d'Ettendorf Patrice Weiss (à gauche) et son premier adjoint Joseph Kleinclauss.
Le maire d'Ettendorf Patrice Weiss (à gauche) et son premier adjoint Joseph Kleinclauss. — T. Gagnepain / 20 Minutes
  • Le village d’Ettendorf, dans le Bas-Rhin, fait partie des 106 communes où aucun candidat ne s’est déclaré pour les élections municipales des 15 et 22 mars prochains.
  • Le maire actuel, Patrice Weiss, à la tête de la commune depuis 1995, a décidé de se retirer. Personne ne veut, pour l’instant, prendre sa suite.
  • Que va-t-il se passer ? Le premier magistrat a été reçu à la sous-préfecture de Saverne où la situation lui a été expliquée. Si aucune liste n’est enregistrée d’ici mardi soir, Ettendorf sera géré par trois fonctionnaires… le temps d’organiser de nouvelles élections. Elle pourrait ensuite être fusionnée avec un village voisin.

Aucun panneau électoral devant la mairie. Ni sur le tableau d’affichage accolé à l’école voisine. Rien. Le premier tour des municipales dimanche prochain ? Il a été annulé à Ettendorf, dans le Bas-Rhin. Le village d’environ 800 habitants fait partie des 106 communes françaises, dont deux en Alsace, où aucun candidat ne s’est déclaré pour le scrutin.

« Ça fait pourtant un moment que j’ai annoncé que je me retirais, je dirais dès le courant de l’an dernier », souffle le maire actuel, Patrice Weiss. « Personne n’y croyait et beaucoup d’habitants se disaient que j’allais finalement me représenter. Mais ma décision est irrévocable, j’ai besoin de prendre du recul. J’ai envie d’écrire. »

« La fonction a évolué »

Elu en 1995, le septuagénaire, cadre supérieur à la retraite insiste : il ne part pas fâché. « Non, je retiens beaucoup de positif de tout ce que nous avons accompli avec mon équipe depuis plus de vingt ans, c’était un bonheur. Mais il faut le dire aussi : la fonction a évolué. De plus en plus, les communes doivent se prendre en main dans tous les domaines et ça demande du temps. Il faut par exemple bien connaître les dossiers pour débloquer les subventions. Le maire doit être à la fois gestionnaire, trésorier, juriste… »

Une charge devenue trop lourde ? C’est l’avis de Morgane, croisée juste à côté de l’église. « J’ai la trentaine, deux enfants, je ne m’y lancerais pas aujourd’hui. Ca demande beaucoup d’investissement, faut vraiment le vouloir », estime-t-elle, avant d’avouer ses craintes. « Comment on fait sans maire ? Est-ce que l’école restera ouverte ? »

La menace de la fusion à un autre village

Un peu plus loin, Maurice regrette aussi la situation. « C’est dommage d’en arriver-là et je suis surpris qu’aucun jeune ne se soit mobilisé. Ca va être problématique s’il faut prendre rendez-vous à la mairie du village voisin pour la moindre démarche », lance l’artisan, visiblement au courant de ce qui pourrait arriver à Ettendorf si aucun conseil municipal n’était prochainement constitué.

« J’ai été reçu à Saverne en début de semaine », éclaire Patrice Weiss. « Le sous-préfet m’a annoncé que si aucune liste n’était déposée d’ici mardi soir prochain, il nommerait trois fonctionnaires. Ils seraient alors charger de gérer la commune pendant trois mois et d’organiser de nouvelles élections. Et s’il n’y a toujours personne, on pourrait alors être absorbé par un village voisin ; en devenir un simple quartier et ne plus rien décidé du tout. Mais ça n’arrivera pas, ne vous inquiétez pas ! »

« Peut-être qu’il y aura un sursaut »

Les élus actuels veulent en tout cas l’éviter. Ils ont distribué le courrier de la préfecture qui explique dans tous les boîtes aux lettres du village. Avec une invitation pour une réunion d’information, ce vendredi soir. « J’espère que les gens viendront et peut-être qu’il y aura un sursaut », lance encore le maire, rejoint par son premier adjoint, Joseph Kleinclauss.

Lui aussi en place depuis 1995, le quinquagénaire ne se voyait pas passer au premier plan. « Etre maire n’est pas une mince affaire, c’est un pas de plus que je ne comptais pas faire », explique-t-il… en employant l’imparfait. La situation aurait-elle changé ? « Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit ! », élude-t-il.

« Une commune se doit d’avoir un conseil municipal autonome »

Face à l’urgence, une vocation semble aussi être née chez un autre membre du conseil municipal, Stéphane Gaillard. « Ce n’est pas un réveil, c’est un sens de la responsabilité », précise l’intéressé, qui avait à l’origine d’autres projets. « On voulait quitter le village avec mon épouse d’ici deux ans et ça ne me semblait pas honnête de m’engager sur un mandat de six ans. Mais on y a bien réfléchi et on peut envisager de reporter ce projet. En tant que républicain convaincu, je me dis qu’une commune se doit d’avoir un conseil municipal autonome. »

Avec lui… Ou un autre à sa tête. « Une personne plus jeune et dans la vie active serait quand même plus adaptée », ajoute le retraité, plein d’espoir pour la fameuse réunion de vendredi. Presque celle de la dernière chance pour Ettendorf.