Municipales 2020 à Marseille: Jean-Claude Gaudin, le grand absent de la campagne

POLITIQUE Depuis le mois de janvier, le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin s'astreint à une cure de silence inhabituelle pour cet animal politique

Mathilde Ceilles

— 

Jean-Claude Gaudin en 2018
Jean-Claude Gaudin en 2018 — Frederic DIDES/SIPA
  • Jean-Claude Gaudin n’a fait aucune apparition publique pendant la campagne électorale à Marseille.
  • Une absence qui n’est pas pour déplaire à ses anciens compagnons de route, qui craignaient de devoir assumer les critiques envers l’édile.

Où est donc passé Jean-Claude Gaudin ? Monument de la politique marseillaise, le maire de la deuxième ville de France a totalement disparu des radars, à quelques jours de quitter définitivement son fauteuil qu’il occupe depuis 1995. Sa dernière apparition remonte à ce qui restera dans l’histoire son dernier conseil municipal, fin janvier. Finis, les inaugurations auxquelles il préfère plutôt se faire représenter, les discours et autres prises de parole, si ce n’est une interview accordée il y a plusieurs semaines à La Provence

Rarement pourtant aura-t-on autant parlé à Marseille d’un absent. Au cours de ces dernières semaines, le nom de Jean-Claude Gaudin est à la bouche de nombreux candidats, qui taclent avec plus ou moins de sévérité le bilan de cet animal politique qui a régné sur la ville, comme pour mieux incarner le renouveau. Mais face à ces critiques quotidiennes, cœur battant de la campagne, Jean-Claude Gaudin se tait.

« Il a fait place nette dans son bureau »

« Il s’impose une cure drastique de silence, note Guy Teissier, son meilleur ennemi et compagnon de route de longue date. Et ce silence, c’est complètement inhabituel pour lui. Ce n’est pas son genre. Jean-Claude Gaudin, c’est comme moi, c’est un vrai Méridional qui a tendance à parler beaucoup plutôt que pas assez. »

« Je l’ai vu mardi, je l’ai eu au téléphone il y a quelques jours, et je le vois de nouveau vendredi, confie Yves Moraine, fidèle de Jean-Claude Gaudin et aujourd’hui candidat sans le maire dans le fief électoral de l’édile, le 6-8. Il va à la mairie tous les jours. Il a fait place nette dans son bureau pour son successeur. »

Un maire qui n’est pas le bienvenu

Au lieu de s’afficher aux côtés de celle qui porte désormais les couleurs de la droite marseillaise, Martine Vassal, comme l’a fait un Alain Juppé à Bordeaux avec Nicolas Florian, Jean-Claude Gaudin « travaille sur ses mémoires, procède aux remerciements de certains collaborateurs et répond aux invitations de ceux qui l’invite pour lui témoigner sa sympathie », selon Yves Moraine.

« S’il ne s’exprime pas pendant ces élections municipales, c’est certainement parce que celles et ceux qui lui doivent ce qu’ils sont aujourd’hui ne souhaitent pas qu’il intervienne dans le débat politique », tance Benoît Payan, porte-parole de la coalition de gauche le Printemps marseillais.

La politique par procuration

Malgré une campagne tendue et à l’issue incertaine, cette absence ne semble en effet pas gêner les anciens alliés de Jean-Claude Gaudin. Au contraire… « Je pense que sa discrétion, c’est très bien aujourd’hui. lance Guy Teissier. C’est un homme blessé qui ne veut pas faire supporter le poids qu’il a supposément sur le candidat qu’il a plus ou moins choisi. Il connaît une fin de règne extrêmement douloureuse. Ces dernières semaines sont pour lui extrêmement pénibles. Peut-être préfère-t-il se faire discret, se faire oublier. Quoi qu’il va dire, il va se faire juger avant de parler. » « Il n’a pas voulu être un handicap d’une quelconque façon », abonde Yves Moraine.

Jean-Claude Gaudin apprend désormais à vivre sa passion, la politique, par procuration. « Quand on se voit, on parle plus ensemble de politique que des résultats de l’OM, plaisante Yves Moraine. Chaque fois que je le vois, il me demande comment ça se passe, comment nous sommes accueillis sur le terrain. Il préfère incontestablement le rôle d’acteur à celui de spectateur ! Il aimerait avoir 50 ans et être dans la bataille… »

Le maire de Marseille pourrait toutefois une dernière fois briser le silence, au soir du premier tour, une fois les premiers résultats connus, pour s’adresser à ses anciens amis politiques, alors que le Rassemblement national pourrait enregistrer un important score. « J’entends déjà ses mots, s’amuse Guy Teissier. Il va appeler au rassemblement le plus large possible… » « Si j’étais Martine Vassal ou Bruno Gilles (candidat dissident de la droite, NDLR), je craindrais l’intervention de Jean-Claude Gaudin dimanche soir, prévient Benoît Payan. Vraiment. Car elle risque d’être surprenante. Et elle aura lieu. »