Municipales 2020 : Divisions, trahisons et querelles d’ego… Roubaix, ton univers impitoyable pour la gauche

MUNICIPALES Pas moins de sept listes de gauche vont concourir au premier tour à Roubaix

Francois Launay

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La mairie de Roubaix déjà convoitée par dix candidats.
La mairie de Roubaix déjà convoitée par dix candidats. — M.Libert / 20 Minutes
  • La gauche va partir divisée au premier tour des élections municipales de Roubaix.
  • Entre problèmes d’ego, divisions et trahisons, pas moins de sept listes de gauche sont en lice face à un maire de droite
  • Et vu les rancœurs, rien ne dit qu’une alliance sera possible au second tour

On appelle ça le paradoxe roubaisien. Alors que la ville vote majoritairement à gauche à toutes les élections ou presque, depuis 2014 le maire de la commune est un homme de droite. Elu à la surprise générale il y a six ans, Guillaume Delbar (DVD) a profité à plein de la division entre les différentes listes de gauche de Roubaix.

Un scénario qui pourrait bien se reproduire cette année. Car dans la troisième ville la plus peuplée du Nord (96.000 habitants), les divisions et querelles d’ego continuent. Dimanche au premier tour, il n’y aura pas moins de sept listes de gauche. France Insoumise, Verts, PC (allié au PS, au PRG et Générations), deux listes divers gauche, Lutte Ouvrière et le NPA. N’en jetez plus, il y en a pour tout le monde, comme le constate Julien Talpin, politologue à l’université de Lille.

« Il n’y a aucune figure capable de faire consensus »

« En 2014, la gauche ne s’attendait absolument pas à perdre la mairie. Le lendemain de cette élection, tout le monde se demandait comment refaire l’unité de la gauche en 2020 et personne n’y est arrivé. Ce sont des divisions liées à des questions de personnes. Personne n’a émergé, il n’y a aucune figure capable de faire consensus », estime le chercheur en sciences politiques au CNRS.

Et quand on se demande qui est responsable de cette désunion, chacun se renvoie la balle. Tête d’une liste d'« union de la gauche » avec le PC, le PS, le PRG et Générations, Christiane Fonfroide tacle les ex-socialistes Karim Amrouni et André Renard qui ont décidé de monter chacun une liste. « Ils réunissent dans leurs listes des gens de centre mou, déçus de tout. Nous, nous avons maintenu le cap avec des socialistes. Nous sommes unis autour de valeurs fondamentales. C’est notre liste qui porte l’union de la gauche », assure la communiste.

Les traces du schisme de 2014 persistent

Déjà dissident en 2014 contre le maire socialiste de l’époque Pierre Dubois, André Renard assure cette fois-ci jouer l’apaisement. « En 2014, il y avait un vrai schisme. On n’est pas dans la même configuration. L’ambiance est très différente cette fois-ci. On a une vraie vocation à converger vers le deuxième tour. On se connaît tous et on se parle. Chacun fait des calculs très différents sur l’impact qu’il a sur la ville » estime la tête de liste d'« Allez Roubaix ».

Sauf que l’éparpillement des voix à gauche dans une ville où le taux d’abstention atteint des records (61 % en 2014) ne garantit rien. « Vu la fragmentation de la gauche, est-ce qu’une seule de ces listes va arriver au second tour ? C’est hallucinant car je ne pense pas qu’il y ait de grosses différences entre eux », lâche Julien Talpin.

Une alliance à gauche envisageable au second tour mais pas avec tout le monde

Dans ce Game of Thrones local, chacun est déjà en train de compter ses troupes en vue d’une alliance de second tour. Arrivée en tête des listes de gauche à Roubaix aux Européennes de mai 2019, la France Insoumise part favorite et espère bien jouer les faiseuses de roi, mais pas à n’importe quelle condition.

« On est prêts à tendre la main à des partenaires fiables et clairs idéologiquement parlant. C’est-à-dire des partenaires clairement opposés aux politiques d’Emmanuel Macron et de Guillaume Delbar. Le national a un impact sur le local comme on le voit à Roubaix avec la baisse des APL ou la suppression des emplois aidés », lâche Paul Zilmia, tête de liste (FI) de « Décidez pour Roubaix ».

Si la porte est grande ouverte pour une alliance avec les Verts, le PC et le PS au second tour, les Insoumis ne veulent pas entendre parler d’un rapprochement avec les listes Amrouni et Renard, jugés trop proches d’En Marche. Pourtant, l’inverse n’est pas réciproque, comme le reconnaît André Renard. « Même si je ne suis pas en tête, je soutiendrai une liste de rassemblement de la gauche. Je n’ai pas d’états d’âme et je suis donc optimiste pour que l’on se mette autour d’une table au soir du premier tour. » Attention quand même à ne pas casser trop de vaisselle…