Municipales 2020 au Havre : Edouard Philippe sous pression après un sondage plus serré que prévu

MENACE Même s’il est largement en tête d’un sondage de premier tour publié cette semaine, une triangulaire pourrait menacer le Premier ministre

20 Minutes avec AFP

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Edouard Philippe lors d'une réunion publique en vue des municipales au Havre.
Edouard Philippe lors d'une réunion publique en vue des municipales au Havre. — SAMEER AL-DOUMY / AFP

Ne l’appelez pas « M. le Premier ministre ». Au Havre, à une semaine du premier tour de municipales « assez tendues », Edouard Philippe multiplie les « réunions d’appartement » pour tenter de convaincre par petites grappes les électeurs, défendant une bière à la main son bilan et son programme. Ce soir-là, une vingtaine de convives écoutent Edouard Philippe déminer le sujet sensible : sa double casquette.

« Contrairement à ce que disent certains », se présenter à la mairie « ce n’est pas pour assurer mes arrières », lance celui qui ne s’installera à l’hôtel de ville que lorsqu’il aura quitté Matignon. Etre Premier ministre, « est-ce que ça s’arrêtera le lendemain des municipales, en mai 2022, ou quelque part au milieu, je ne sais pas. Tant qu’il [Emmanuel Macron] me demande de servir, je sers », poursuit-il.

Un sondage inquiétant

« Mais un jour ça va s’arrêter et je sais exactement ce que j’ai envie de faire : continuer ce que j’avais engagé en 2010 », lorsqu’il a pris la tête de la mairie du Havre jusqu’en 2017, ajoute-t-il, lors de cette réunion. A huit jours du scrutin, Edouard Philippe enchaîne cet exercice ordinaire pour un candidat en campagne et qu’il affectionne : il revendique en avoir fait 132 en 2014. Et pas question de formalisme. « Ah non ! », tonne Edouard Philippe lorsqu’un invité lui donne du « Monsieur le Premier ministre ».

« Il fait énormément d’allers-retours, il se bouffe la couenne », observe l’un de ses ministres, en relevant « l’inquiétude » d’Edouard Philippe. Un sondage paru cette semaine le crédite pourtant de 42 % d’intentions de vote, soit une confortable avance sur ses principaux concurrents, le communiste Jean-Paul Lecoq (25 %) et l’écologiste Alexis Deck (16 %). Mais une hypothétique union de la gauche pourrait le menacer au second tour. Anticipant la manœuvre, Edouard Philippe décoche une flèche : « Vous allez voir ce que ça fait des apparatchiks dans des fusions de liste », raille-t-il.

Vote sanction ?

L’étude n’évalue pas non plus l’abstention, très forte en 2014 (53 %), sachant qu’un sursaut de mobilisation pourrait lui être défavorable en cas de vote sanction. Samedi matin, entre les étals du marché Sainte-Cécile, un militant distribuait les tracts de Jean-Paul Lecoq en exhortant d’emblée à « battre la liste d’Edouard Philippe ». Intarissable sur les grandes questions de mobilité (tramway, aéroport, liaison ferroviaire avec Paris) ou industrielles (éoliennes offshore), il glisse toutefois que son statut serait utile quand, après les municipales, il faudra arbitrer qui du Havre, Paris ou Rouen accueillera le futur siège social des trois ports réunis.

Mais il se montre aussi moins tranchant sur les dossiers écologiques (décharge de Dollemard, place du vélo…), s’en remettant aux avis de spécialistes ou d’associations. A la fin, Edouard Philippe convient que « mine de rien, c’est quand même une campagne assez tendue », dans un contexte social houleux en raison de la réforme impopulaire des retraites.