Municipales 2020 à Strasbourg : Migrants, SDF, mal-logement, inégalités… La ville est-elle solidaire avec les plus précaires ?

POLITIQUE « 20 Minutes » aborde chaque semaine un thème de la campagne des municipales à Strasbourg. Aujourd’hui, les solidarités

Nils Wilcke

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Des fausses affiches électorales conçues par le collectif artistique «boijeot renauld» pour interpeller les candidats sur le mal-logement à Strasbourg.
Des fausses affiches électorales conçues par le collectif artistique «boijeot renauld» pour interpeller les candidats sur le mal-logement à Strasbourg. — N.W./20Minutes
  • Les municipales se tiennent les 15 et 22 mars 2020. Chaque lundi, 20 Minutes aborde un thème de la campagne. Aujourd’hui, les solidarités
  • Derrière les belles maisons à colombages, la capitale alsacienne reste la troisième grande ville la plus inégalitaire de France.
  • Chômage, mal-logement, accueil des migrants et des SDF… 20 Minutes a demandé aux principaux candidats de dérouler leurs propositions.

La ville de Strasbourg est-elle solidaire avec les plus précaires ? La question rebondit à l’occasion des municipales. Derrière les belles demeures à colombages dans le centre-ville historique et ses commerces touristiques, la capitale de l' Alsace reste la troisième grande ville la plus inégalitaire de France, selon une note de l’ADEUS, publiée en 2014.

Chômage, mal-logement, accueil des migrants et des SDF… 20 Minutes a demandé aux principaux candidats de dérouler leurs propositions.

Le bilan économique de la majorité sortante critiqué

Sur le thème des inégalités à l’emploi ou dans les quartiers, les candidats sont unanimes – Strasbourg peut mieux faire – mais s’opposent sur les réponses à apporter aux inégalités. Tout en critiquant « le bilan économique de la majorité sortante », Jean-Philippe Vetter (LR) veut « dérouler le tapis rouge aux entreprises », notamment en nommant un « Monsieur Attractivité » chargé de trouver des investisseurs. Une solution critiquée par son adversaire Kevin Loquais (LFI, Génération. s), qui mise sur le retour de la ville dans les quartiers en revoyant les missions des mairies d’arrondissements pour « prendre en compte les propositions des habitants ».

Le candidat Alain Fontanel (LREM), lui, propose de créer des « fabriques de talents » pour mobiliser les jeunes et mobiliser « 1.000 révélateurs de talent », comprendre des coachs, pour « accompagner les jeunes de manière individualisée ». Jeanne Barseghian (écolo & citoyenne) veut mettre en place « un bouclier économique et social du quotidien ». Chantal Cutajar (Citoyens engagés), promet de verser une « allocation universelle aux plus démunis et notamment aux étudiants ». Hombeline du Parc (RN) annonce la création d’une « mutuelle communale » pour permettre « un meilleur accès des soins pour tous ».

Lutter contre les logements vacants, oui, mais comment ?

Les candidats ont été interpellés sur le mal-logement à l’aide de fausses affiches électorales placardées dans Strasbourg le 4 mars dernier. Derrière cette action, un collectif d’artistes, qui souhaite les interpeller sur le sujet. Plus de 3000 logements sont toujours vacants dans l’Eurométropole, dont 2.000 rien qu’à Strasbourg. Les candidats issus de la majorité sortante souhaitent tous étendre le dispositif mis en place par la collectivité, qui a permis de faire revenir 230 logements dans le parc locatif en trois ans.

« Complètement insuffisant », critique Kevin Loquais (LFI), lequel ambitionne de remettre « au moins 500 logements par an sur le marché » grâce à différentes mesures telles que des « aides aux propriétaires » ou encore « une augmentation des taxes pour logements inoccupés ». Le candidat LR, Jean-Philippe Vetter, préfère privilégier les « incitations fiscales pour les propriétaires » et « mettre en place une gestion dynamique du parc social ». Au RN, Hombeline du Parc veut lancer un « plan isolation » pour réhabiliter les logements et « permettre aux habitants d’être mieux logés et voir leurs factures baisser ».

Le RN veut couper les subventions des associations

Strasbourg a vécu au rythme des évacutations de camps de migrants tout au long de la mandature de Roland Ries.  Le suicide d'un migrant en mai 2019 a également relancé le débat sur l’accueil des réfugiés dans la capitale alsacienne. L’écolo Jeanne Barseghian annonce la création d’un « centre d’accueil et d’orientation des personnes migrantes » dans les premières années de son mandat. Même proposition de la part de Kevin Loquais, qui veut par ailleurs soutenir les ouvertures de squats comme l’hôtel de la rue à Cronenbourg. Catherine Trautmann entend continuer à soutenir les « lieux d’accueil de jour gérés par les associations pour les jeunes ». Un soutien assumé par les autres candidats de gauche.

Au contraire, la candidate RN veut couper les subventions de ce qu’elle appelle les « associations immigrationnistes », dans la droite ligne du programme de son parti. Alain Fontanel et Jean-Philippe Vetter rappellent que c’est l’Etat qui est chargé de financer le logement d’urgence. Le candidat LREM propose tout de même de constituer « un réseau de familles d’accueil pour les migrants », à l'image du projet Réseau solidaire.

L’aide aux personnes sans-domiciles est plus consensuel chez les candidats. Catherine Trautmann veut trouver davantage de bâtiments vacants capables d’accueillir temporairement des personnes en difficultés, à l'image de ce qui se fait à la clinique Sainte-Odile. Chantal Cutajar innove en proposant de mettre à disposition des « précaires rebelles » des « lieux dans un esprit de type autogestion ». Le candidat LR Jean-Philippe Vetter veut augmenter le nombre de travailleurs sociaux pour l’accompagnement des personnes hébergés. Alain Fontanel propose de créer un centre d’accueil de jour dans le centre-ville. Tous les candidats s’accordent sur un point : la saturation des lieux d’accueil existants.