Municipales 2020 à Montpellier : Le modèle des transports gratuits est-il possible dans la métropole ?

ELECTIONS C’est la mesure phare du candidat Michaël Delafosse (Union de la gauche), très peu suivi dans son projet par les autres postulants à la mairie de Montpellier.

Jérôme Diesnis

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Le tramway à Montpellier, près du Peyrou.
Le tramway à Montpellier, près du Peyrou. — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Michaël Delafoffe (Union de la gauche) et Rémi Gaillard (SE) sont les deux candidats à proposer la gratuité totale du tramway à Montpellier.
  • Les autres candidats estiment qu’il s’agit d’une très mauvaise idée, pointant le manque de financement pour investir ensuite dans le réseau.
  • Dunkerque et une trentaine de villes ont franchi le pas. Mais selon plusieurs rapports, du Sénat notamment, la gratuité est intéressante uniquement quand les réseaux sont peu utilisés.

Michaël Delafosse (PS), candidat de « la gauche qui nous rassemble », propose la gratuité des transports en commun à Montpellier. La préfecture de l’Hérault rejoindrait la trentaine de communes qui ont franchi le pas en France ces dernières années, dont la plus emblématique, Dunkerque, a souvent valeur d’exemple. « Pourquoi la gratuité des transports ?, évoque l’ancien adjoint à l’urbanisme d’Hélène Mandroux. Pour faire le choix de la transition écologique et protéger la santé, pour améliorer le pouvoir d’achat, réduire les embouteillages et renforcer notre centre-ville. »

Rémi Gaillard, l’humoriste, dit banco. « En échange de pubs sur un tramway ou un bus, des marques s’engageront à financer son fonctionnement », espère le candidat sans étiquette. Patrice Vergriete, le maire (SE) de Dunkerque, en parle régulièrement comme « le choix politique majeur de [son] mandat » et le présente comme « un grand succès ». Le modèle est-il transférable dans une métropole de la taille de Montpellier ? « A court terme, la gratuité peut sembler alléchante. Mais ce serait une catastrophe pour Montpellier dont le réseau est l’un des plus performants de France, réagit Abdi El Kandoussi, président de la TaM et directeur de campagne du maire sortant, Philippe Saurel (DVG). On ne peut pas nous comparer à des réseaux de 1,5 million ou 4,5 millions de voyageurs. »

80 millions de passagers par an à Montpellier

A Montpellier, le trafic s’élève à 80 millions de voyageurs par an. « Parmi ceux de taille comparable, nous sommes l’un des réseaux les moins chers de France, avec un abonnement annuel pour les -26 ans à 196 euros et un ticket à 1 euro par de tickets 10 voyages. » Sur les 110 millions d’euros de budget, la part billetterie s’élève, selon la TaM à 40 millions, soit 36 % du total. Or, selon un rapport présenté le 26 septembre par le sénateur de l’Isère Guillaume Gontard (groupe communiste), la gratuité « ne doit pas s’appliquer partout de la même manière (…) Là où elle a été mise en place, les transports étaient peu utilisés. Quand la part de la billetterie représente 25 % ou 30 % du budget des transports, sa mise en place est complexe ».

Clothilde Ollier (ECO) est, elle aussi, opposée à l’idée du tout gratuit et préfère « réserver gratuité et réductions aux gens qui en ont le plus besoin. Ce serait un cadeau fait aux entreprises [qui financent 50 % des abonnements salariés] », explique la tête de liste soutenue par le mouvement Convergence. La gratuité empêcherait « de continuer à investir » dans les transports. Sur sa liste, figure Marc Le Tourneur (LFI), ancien patron de la TaM.

« La gratuité n’existe pas. A un moment donné, il faut que quelqu’un paie. »

« La gratuité n’existe pas, tranche l’économiste François Mirabel. A un moment donné, il faut que quelqu’un paie. » Si les spécialistes sont partagés sur la question, le doyen de la faculté d’économie de Montpellier est clairement contre. Ce spécialiste de la mobilité est l’un des auteurs d’un rapport sur la gratuité des transports en commun en Île de France. « Cette étude avait démontré que l’impact sur la pollution était très faible puisque seuls 2 % des automobilistes auraient changé de mode de transport. Au contraire, l’étude pointait des effets pervers. Ceux qui auraient gonflé les chiffres sont ceux qui utilisent aujourd’hui des modes de transports doux. C’est tout l’inverse de l’effet recherché. »

La grande majorité des candidats s’inscrit dans cette logique. « Ce serait un impôt en plus, une absurdité incommensurable », estime Patrick Vignal (LREM). « Tout n’est pas gratuit dans la vie », estime dans le même souffle Alex Larue (LR). « Elle n’est pas à la hauteur des enjeux », conclut Jean-Louis Roumégas (ECO). Tous ou presque se rejoignent pour pointer les dangers de la gratuité. « L’urgence, c’est de rendre le réseau plus efficace. Avec la gratuité, on ne pourra pas investir. Et pourtant, il en a grandement besoin », estime Alenka Doulain (Nous Sommes). « Si nous voulons continuer à investir, alors que nous continuons de payer les quatre premières lignes, on ne peut pas se passer des 40 millions de billetterie par an », conclut Abdi El-Kandoussi.