VIDEO. Municipales 2020 à Marseille : L’ombre du sulfureux Jean-Noël Guérini plane sur la campagne

POLITIQUE L’ancien baron local Jean-Noël Guérini, qui doit être jugé fin 2020 pour prise illégale d’intérêts, influence-t-il les municipales à Marseille ? Ses (anciens) alliés sont très présents dans la campagne

Jean Saint-Marc
— 
Lisette Narducci et Jean-Noël Guérini étaient alliés aux départementales de 2015. Elle est désormais tête de liste de l'ex-LR Bruno Gilles.
Lisette Narducci et Jean-Noël Guérini étaient alliés aux départementales de 2015. Elle est désormais tête de liste de l'ex-LR Bruno Gilles. — L. Auffret / SIPA
  • Les anciens alliés du sénateur Jean-Noël Guérini sont présents sur de nombreuses listes à Marseille.
  • Certains y voient l’influence de l’ancien baron local. D’autres y lisent de simples tentatives de « recyclage » de la part d’élus locaux en manque de mandats.

La Lys prend sa source à 1.000 kilomètres de Marseille et capte, en ce moment, toute l’attention du sénateur Jean-Noël Guérini. Il prépare un copieux rapport parlementaire sur cette rivière franco-belge, loin, très loin du marigot politique marseillais. C’est en tout cas ce qu’assure son entourage : l’ancien patron du Conseil général des Bouches-du-Rhône, qui sera jugé fin 2020 pour prise illégale d’intérêts, serait « un simple spectateur des élections municipales à Marseille, un simple électeur. »

Pourtant, on croise ses (anciens) alliés dans chaque réunion publique, ou presque. Le candidat Rassemblement national Stéphane Ravier se targue d’ailleurs de mener « la seule liste garantie sans guérinistes. » Déposées ce jeudi soir, les listes doivent être validées par la préfecture, qui évoque une publication « sans doute vendredi, ou lundi. »

« Pilotée par Guérini »

« Il finance mes concurrents », lance, sous couvert d’anonymat, une tête de liste. La campagne de Lydia Frentzel, qui vient de quitter la liste Europe Ecologie les Verts pour celle du Printemps marseillais, serait carrément « pilotée par Guérini et ses proches », selon un ancien ami de l’écologiste. « On est dans le fantasme », rétorque celle qui fut candidate Force du 13, le micro-parti de Guérini, lors des départementales de 2015. Comme tous les hommes et femmes politiques interrogées dans le cadre de cet article, elle assure n’avoir « plus aucun lien » avec l’ancien baron local.

Lisette Narducci et Jean-Noël Guérini, après leur victoire aux élections départementales de 2015 (archives).
Lisette Narducci et Jean-Noël Guérini, après leur victoire aux élections départementales de 2015 (archives). - B. Horvat / AFP

En 2011, quand les premières mises en examen tombaient, Lisette Narducci, alors socialiste, était restée fidèle à Guérini. En 2015, elle était élue en binôme avec lui lors des départementales, sous la bannière Force du 13. Mais un « désaccord profond » les a poussés à « mener chacun son chemin tout seul », dit-elle aujourd’hui. La maire du deuxième secteur, candidate à sa réélection sur les listes de l’ex-LR Bruno Gilles, s’agace quand on évoque le sujet : « Je m’appelle Narducci, pas Guérini. Je ne lui souhaite aucun mal, on verra ce que donnera son procès, mais je ne suis pas liée, aujourd’hui, à Monsieur Guérini. »

Une influence dans son fief des 2/3 ?

Le marcheur Pascal Chamassian, tête de liste d’Yvon Berland dans le sixième secteur, prend carrément la mouche : « Ça veut dire quoi, être un ancien guériniste ? J’étais sur sa liste en 2008, mais en 2014, j’ai affronté Lisette Narducci, qu’il soutenait. Et ça n’a pas été de tout repos. » A l’époque, Jean-Noël Guérini avait fait quelques visites dans son fief des deuxième et troisième arrondissements. « Cette fois, je ne sens pas sa présence, ses pressions. Peut-être que je me fais enfumer mais, honnêtement, je pense qu’il est ailleurs et fait autre chose », estime le socialiste Benoît Payan, tête de liste du Printemps marseillais dans ces quartiers populaires du centre-ville.

« Il garde une certaine influence, notamment dans le 2/3, auprès des gens qui ont été logés dans les HLM du département, par exemple », objecte le sociologue Jean Viard, qui, était candidat « société civile » sur la liste conduite par Jean-Noël Guérini en 2008. « Son influence bénéficiera sans doute à Madame Narducci, mais ce n’est pas absolument évident, poursuit-il. Guérini est très Corse. Là où il y a des Corses, il va les aider. »

« Pas un agent infiltré »

Même à droite ? Le ralliement de l’ancien membre de Force du 13 Denis Rossi à la liste de Martine Vassal (LR) intrigue beaucoup d’observateurs. « Il était certes vice-président quand Jean-Noël Guérini dirigeait le Conseil général », concède David Galtier, tête de liste de la droite dans le septième secteur. Avant de défendre son colistier : « Je n’ai pas le sentiment qu’il soit un agent infiltré de qui que ce soit. Et Denis Rossi n’a jamais eu quoi que ce soit à voir avec la justice. »

Ce ralliement est « étonnant, mais je n’y vois pas la main de Guérini », lance l’ancien fidèle Jean-David Ciot. « Ou alors il est vraiment très fort. » Les membres de l’association Anticor, qui sera partie civile au procès Guérini, s’interrogent aussi. Jean Sansone, co-référent d’Anticor dans les Bouches-du-Rhône :

J’ai le sentiment que les guérinistes voient un espace pour ressortir un peu la tête, vu que sur toutes les listes, les candidats s’entretuent dans des luttes intestines. Est-ce un plan de Guérini qui place ses pions ? Ou les guérinistes qui ne veulent pas mourir ? »

Pour l’anthropologue Michel Peraldi, ce « recyclage, un peu comme à Pôle emploi », témoigne « de la professionnalisation du monde politique. Tant qu’on n’a pas été tué par un virus, en politique, on n’est jamais mort. »