Municipales 2020 à Strasbourg : Le futur maire sera-t-il aussi président de l'eurométropole ?

POLITIQUE La communauté d'agglomération est aussi un enjeu majeur des prochaines élections

Thibaut Gagnepain
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La salle du conseil municipal de Strasbourg, et du conseil de l'eurométropole.
La salle du conseil municipal de Strasbourg, et du conseil de l'eurométropole. — G . VARELA / 20 MINUTES
  • Le président de l’eurométropole de Strasbourg sera désigné en avril, après les élections municipales. Au suffrage indirect et selon une répartition des voies entre les 33 communes, selon leurs populations.
  • Qui sera le successeur de Robert Hermann ? Est-ce que ce sera encore un élu strasbourgeois ? On essaye d’y voir plus clair.
  • Quel candidat aux municipales de Strasbourg veut cumuler ? On a posé la question à cinq têtes de liste.

Un budget de 1,4 milliard d’euros près de trois fois supérieur à celui de la ville de Strasbourg, 33 communes concernées et des compétences toujours plus élargies en matière d’économie, d’environnement, d’infrastructures… L’eurométropole est un autre enjeu des élections municipales, organisées les 15 et 22 mars.

De leurs résultats dépendront l'élection du président de la plus importante communauté urbaine d’Alsace. Qui sera le successeur de Robert Hermann, qui a décidé de se retirer de la vie politique ? Petit éclairage.

Un vote indirect et réparti par communes

Ils seront 100 tout pile à pouvoir s’exprimer, dont 50 élus de Strasbourg. Contre 7 à Schiltigheim, 6 à Illkirch-Graffenstaden et encore moins pour les plus petites mairies. Parmi elles, 26 possèdent une seule voix. Cela explique que la plupart des derniers présidents soient des élus de Strasbourg. Seul l’ancien maire d’Illkirch, Jacques Bigot, a fait exception, de 2008 à 2014.

Encore un président strasbourgeois ?

« Tout est envisageable tant les tractations sont difficiles à anticiper », répond Vincent Lebrou. Le chercheur en science politique aux universités de Strasbourg et de Franche-Comté précise : « Pour autant, la perspective que le second tour de l’élection strasbourgeoise se finisse par une triangulaire voire une quadrangulaire risque d’avoir pour effet d’affaiblir le ou la futur.e élu.e face aux maires des 32 autres communes. »

Dans ce cas, le futur édile devrait se contenter de 26 des 50 sièges. Ce qui l’obligerait à négocier autour de lui pour former une majorité. « Il pourrait alors déjà chercher à Strasbourg », explique Yves Bur. Le maire de Lingolsheim fait référence à une possible alliance au deuxième tour des municipales de la capitale du Bas-Rhin. Ce «A toi la mairie, à moi l’eurométropole» pourrait alors profiter à une actuelle tête de liste. Comme Catherine Trautmann ( PS) ou Jeanne Barseghian ( EELV), en cas d’accord à l’entre-deux-tours. « Pour l’instant, tout ça, c’est de la science-fiction », réagit Yves Bur.

Et si c’était un représentant d’une autre commune ?

C’est le souhait de la maire d’Holtzheim, Pia Imbs. En septembre dernier, elle a publié une tribune dans les Dernières Nouvelles d'Alsace pour « amener à réfléchir sur un modèle de gouvernance plus équitable, plus déconcentré et plus participatif ». « Nous sommes un certain nombre d’élus à vouloir un changement », assure-t-elle à 20 Minutes. « L’idée fait son chemin. »

« On peut imaginer que les maires des 32 autres communes, par ailleurs plutôt sur la droite de l’échiquier politique et présents parfois de longue date dans l’espace politique local, vont plutôt insister pour obtenir la présidence de l’eurométropole », appuie Vincent Lebrou. « Mais tout dépendra des combinaisons. Si Jeanne Barseghian et Danielle Dambach (EELV) remportent leurs élections avec des scores élevés, la configuration ne sera pas la même que si Alain Fontanel gagne et que les Verts perdent la mairie à Schiltigheim. »

« Seul Strasbourg décidera », balaye Yves Bur. L’actuel deuxième vice-président de l’eurométropole avait été partie prenante de l’accord de gouvernance gauche-droite qui avait permis l’élection de Robert Hermann en 2014. Celui qui ne se représente à aucune fonction estime que ce scénario pourrait se reproduire. « Le débauchage de petits maires me semble être une méthode de l’ancien monde. Je pense que les Strasbourgeois chercheront à monter une large coalition. En gardant la présidence. »

Quel Strasbourgeois a prévu de cumuler ?

La question a été posée à cinq candidats. Avec une réponse favorite – « Chaque chose en son temps » – et quelques nuances. Jeanne Barseghian (EELV) veut « inventer une gouvernance partagée » mais ne marque pas d’opposition au cumul. Tout comme Alain Fontanel (LREM). « Il a prévu de s’exprimer prochainement sur le sujet », explique son directeur de campagne, sans vouloir en dire davantage.

Les autres annoncent d’ores et déjà leur volonté de ne pas cumuler. « Je ne crois pas que ce soit possible en termes de temps », estime Hombeline du Parc (RN), rejointe sur ce point par Jean-Philippe Vetter ( LR) qui espère « un lien de respect entre la ville centre et les autres communes. » Enfin, Catherine Trautmann sera « maire à plein temps », explique Pernelle Richardot. Une nouveauté pour l’ancienne première magistrate, qui avait porté les deux casquettes de 1989 à 1997.