Municipales 2020 à Lyon : A quels nouveaux modes de transports en commun doit-on s’attendre à Lyon ?

POLITIQUE 6/7 « 20 Minutes » aborde chaque semaine un thème de la campagne des municipales à Lyon. Aujourd’hui, les transports

Caroline Girardon

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Le tramway est-il la bonne solution pour développer le réseau des transports en commun à Lyon.
Le tramway est-il la bonne solution pour développer le réseau des transports en commun à Lyon. — C. Girardon / 20 Minutes
  • Les municipales se tiennent les 15 et 22 mars 2020. Chaque semaine, 20 Minutes aborde un thème de la campagne. Aujourd’hui, les transports.
  • Même si cette compétence est dévolue à la métropole, les candidats à la mairie sont directement confrontées à la question.
  • De nouveaux modes de transports en commun, aériens ou fluviaux, émergent cette année dans la campagne.

Comment mailler au mieux l’agglomération lyonnaise dans les années à venir ? C’est la question à laquelle les huit candidats aux municipales de Lyon sont confrontés même si les transports sont une compétence, principalement dévolue à la métropole. Aujourd’hui, le problème dépasse largement les frontières de la capitale des Gaules, plutôt bien desservie par les transports en commun, exception faite de la partie ouest de la ville.

L’enjeu est désormais de relier efficacement et rapidement les villes de la première couronne qui concentrent de plus en plus d’habitants n’ayant pas les moyens de vivre dans le centre de Lyon ou préférant fuir l’agitation de la ville, dans laquelle ils viennent pourtant quotidiennement travailler. Et dans ce domaine-là, des progrès sont attendus

.Plus de métros ou davantage de tramways ?

« Si l’on veut réguler l’entrée des voitures dans la ville de Lyon et si l’on veut anticiper les pics de pollution, il faut avoir des transports en commun efficaces. C’est l’une des conditions essentielles pour y parvenir », analyse Georges Képénékian, candidat dissident LREM, qui promet notamment l’extension de la ligne de métro D à Limonest dans un sens, et Porte des Alpes, dans l’autre et une connexion entre les lignes B et C à hauteur de Caluire. Ainsi que la création d’une ligne de tramway T7 entre le quartier de Gerland et la gare de Vénissieux. La solution, selon lui, passe aussi par une utilisation plus astucieuse du métro. « Il faudrait pouvoir augmenter la fréquence et des métros et la capacité de transports de chaque rame les soirs de semaine mais aussi le week-end », argumente-t-il.

Pour Etienne Blanc, candidat LR, « la vraie réponse à apporter » est le métro. « Car il a l’avantage d’être en souterrain, estime-t-il, soulignant cependant « les erreurs » des mandats précédents. Pourquoi le métro bute-t-il sur Perrache ? Cela impose aujourd’hui aux usagers de descendre à la gare et de prendre le tramway pour remonter le cours Charlemagne. Il y a une rupture de charge qui génère du trafic individuel ». Et d’ajouter : « L’idée est de faire un maximum de métros. Même si cela coûte cher, il est primordial. Quand on a des métros, on développe les mobilités ».

Également persuadé que l’abandon de la voiture en centre-ville serait possible si une « alternative fiable et confortable » est proposée aux citoyens, Denis Broliquier, candidat centriste et maire sortant du 2e arrondissement promet un « plan d’investissement exceptionnel » de 1,6 milliard d’euros, contre 1 milliard investi lors du dernier mandat. « Si l’on passe par l’emprunt, l’objectif est réalisable », poursuit-il, indiquant que cela permettrait notamment de prolonger la ligne B jusqu’aux portes de Brignais en « mode enterré » et d’étendre la ligne D jusqu’au boulevard urbain Sud afin de se rapprocher au mieux des villes de Corbas et de Feyzin.

Yann Cucherat (LREM-Modem) entend « respecter » les projets lancés par Gérard Collomb, à savoir réaliser d’ici 2030 la ligne E du métro qui permettrait de connecter la ville de Tassin à la gare de la Part-Dieu. Et prolonger de quelques stations la ligne B jusqu’à l'A450 et la D jusqu’à Meyzieu.

Pour le rassemblement national et sa candidate Agnès Marion, la priorité serait de désenclaver la banlieue Est en prolongeant également le métro A jusqu’à Décines et Meyzieu, puisque jusqu’à l’aéroport de Lyon à terme. Mais pas question pour autant de faire rouler les rames toute la nuit.

Soucieux de ne pas exploser les budgets, Grégory Doucet (EELV) annonce qu’il ne fera pas de grande réalisation concernant le métro. Seulement qu’il mènera des études pour voir de quelle façon prolonger la future ligne E, s’il est également possible de pousser la ligne B jusqu’à Rillieux-la-Pape et d’ajouter quelques stations sur le tracé de la ligne D afin de desservir le quartier de l’Industrie de Vaise. Sa priorité, dit-il, est d’« intensifier les grandes lignes de bus existantes », d’augmenter l’offre de bus de 20 % » et de développer de nouvelles lignes de tramway : le T7 qui relierait Bellecour à Vaulx-en-Velin en passant par l’Hôtel-Dieu et la Part-Dieu et le T 8, une sorte de « tramway rocade » qui assurerait la liaison entre la zone industrielle de Gerland et la ville de Vaulx-en-Velin en passant par Décines, Bron et Vénissieux. « Il ne faut plus penser les nouvelles lignes en étoiles jusqu’au centre de Lyon mais au contraire, prévoir des lignes qui desserviraient la périphérie », expose-t-il.

Un point de vue partagé par Sandrine Runel. La candidate de la Gauche Unie défend l’idée d’un « métro circulaire de surface » qui s’opposerait aux lignes classiques convergeant par l’hypercentre de Lyon. Son projet serait d’aller aux portes des habitants de Sainte-Foy-les-Lyon, Tassin et Ecully, qui ne peuvent compter aujourd’hui que sur les lignes de bus, et de relier ces villes à Saint-Fons (au sud) puis au campus de la Doua à Villeurbanne sans passer par le centre-ville de Lyon. Coût estimé : 900 millions d’euros pour 40 kilomètres de trajet.

La solution par les airs ?

Jugé irréalisable voire loufoque il y a encore six ans, le mode de transport en commun aérien a désormais la côte auprès de candidats. Denis Broliquier porte aujourd’hui l’idée d’un « aérotram », qui lui a été soufflé par son colistier Eric Lafond. Le système étudié permettrait de « franchir les collines » en véhiculant « 5.000 voyageurs dans un sens et dans l’autre, par heure ». « C’est autant que la future ligne E du métro et c’est une offre bien supérieure à celles du tramway », argumente le maire sortant du 2e arrondissement, précisant qu’il pourrait y avoir 3 liaisons : Perrache-Francheville, Croix-Rousse-Cité Internationale et La Duchère-Ecully.

Grégory Doucet plaide pour un système de « télécabine ». Le candidat écologiste promet d’en réaliser une, en concertation avec la métropole, pour connecter l’Ouest, « l’une des parties les plus mal desservies de l’agglomération ».

La voie fluviale ?

S’il n’inclut pas le transport aérien dans son programme, Georges Képénékian préfère opter pour les voies fluviales en promettant des navettes sur le Rhône et la Saône, qui seront « intégrées au réseau TCL ». L’objectif : relier la Confluence à Abigny-sur-Saône d’un côté et Gerland au campus de la Doua, de l’autre. « La vitesse de navigation, aujourd’hui de 8 km/h, sera augmentée à 20 km/h. Huit navettes fluviales circuleront sur le réseau fluvial et des navettes express seront proposées aux heures de pointe », développe-t-il. Il n’est pas le seul à partager l’idée : Etienne Blanc, Agnès Marion, Grégory Doucet, Denis Broliquier et Yann Cucherat proposent également cette solution dans leurs programmes.

Les transports doivent-ils être gratuits ?

Le principe est ardemment défendu par Olivier Minoux (LO) et Nathalie Perrin-Gilbert, la maire sortante du 1er arrondissement, chef de file de la liste Lyon en Commun. « Il faudrait l’appliquer progressivement, d’abord le week-end, d’abord pour les jeunes et ensuite, tenir le cap pour qu’en 2026, la totalité des transports en commun soit gratuite pour tous », expose-t-elle. Consciente que la « ville de Lyon ne peut pas imposer cela seule », elle préconise de « peser » pour convaincre les décideurs. « Aux collectivités et aux entreprises, qui n’auront plus à payer la moitié de l’abonnement de leurs salariés de permettre cette gratuité en participant financièrement au fonctionnement du Sytral », argumente-t-elle.

D’autres candidats, comme Denis Broliquier, Sandrine Runel, Georges Képénékian, Grégory Doucet se prononcent en faveur de la gratuité pour les enfants ou pour les bénéficiaires des minima sociaux alors qu’Etienne Blanc propose une réduction de 30 % sur les abonnements « de façon à soutenir les classes moyennes et populaires et les arrondissements les plus périphériques ». Yann Cucherat, en revanche, est fermement opposé à cette idée. « La gratuité des transports en commun serait une hérésie, c’est selon moi de la démagogie. Si l’on souhaite continuer à investir dans des lignes de tramways et métro, il faut bien de l’argent généré par les tickets et abonnements », conclut-il.