Municipales 2020 à Marseille : Que révèlent les affiches de campagnes des candidats ?

MUNICIPALES 2020 Le professeur de communication politique à Sciences Po Philippe Moreau-Chevrolet décortique les affiches éléctorales des candidats aux municipales de Marseille

Adrien Max

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L'affiche de campagne de Michelle Rubirola, candidate du Printemps marseillais.
L'affiche de campagne de Michelle Rubirola, candidate du Printemps marseillais. — CLEMENT MAHOUDEAU / AFP
  • La bataille des affiches électorales a commencé depuis quelques semaines à Marseille.
  • Pour cette élection, il y a une variété dans les affiches électorales des candidats à la mairie de Marseille.
  • Le professeur de communication politique à Sciences Po, Philippe Moreau-Chevrolet les analyse pour 20 Minutes.

Martine Vassal plus blanche que neige, Yvon Berland en noir et blanc, « au nom du peuple de Marseille » pour Samia Ghali, des couleurs en veux-tu, en voilà, pour Michèle Rubirola, et Sébastien Barles qui se la joue à l’américaine. La guerre des affiches municipales est lancée depuis plusieurs semaines à Marseille, à savoir qui recouvrira l’autre. Et les équipes des candidats ne lésinent pas sur les moyens. Philippe Moreau-Chevrolet, professeur de communicationpolitique à Sciences po Paris décortique les affiches électorales des candidats à Marseille pour 20 Minutes.

L'affche de campagne de Michelle Rubirola
L'affche de campagne de Michelle Rubirola - Capture d'écran

Michèle Rubirola, Le Printemps marseillais. Des affiches avec des couleurs vives sur lesquelles le slogan « Rubirola est là » est inscrit. « On rejoint là une inspiration de la gauche, très graphique, dans les codes. C’est assez actuel, jeune, ça parle à un certain électorat. Les couleurs se voient bien même si ça peut paraître un peu violent. La gauche a repris les codes de la communication commerciale, un peu comme Monoprix avec des grands caractères. La gauche se veut populaire, elle reprend les codes populaires », explique le spécialiste.

L'affiche de campagne d'Yvon Berland.
L'affiche de campagne d'Yvon Berland. - Capture d'écran

Yvon Berland, La République en marche. Yvon Berland en noir et blanc tranche avec les couleurs vives de l’affiche électorale. Et Philippe Moreau-Chevrolet n’est pas tendre avec cette trouvaille, dont les équipes d’Yvon Berland étaient pourtant fières : « Il y a toujours un Ovni dans la campagne, et cette fois c’est cette affiche. Elle est expérimentale et c’est totalement effrayant. En général on utilise le noir et le blanc pour effacer les rides, donner de la jeunesse. Là le noir et blanc ne sont pas beaux, il n’est pas bien travaillé et ça le vieillit. C’est vraiment un choix du passé, une affiche ni faite ni à faire. On remarquera que lui utilise le logo de LREM, ce que peu de candidats font, il doit surement penser qu’à Marseille c’est pertinent. »

L'affiche de campagne de Sébastien Barles
L'affiche de campagne de Sébastien Barles - Capture d'écran

Sébastien Barles, Debout Marseille. L’affiche de Sébastien Barles reprend les mêmes codes que celle d’Alexandria Ocasio-Cortez, démocrate élue à la chambre des représentants aux Etats-Unis. « Elle est très inspirante, elle a créé un style avec une communication très naturelle et radicale, engagée à gauche. Les mouvements de jeunes et de militants se retrouvent en elle. C’est un style très New-Yorkais, très graphique », avance Philippe Moreau-Chevrolet. Un style New-Yorkais transposable à la politique locale à Marseille ? « Je ne suis jamais convaincu par l’importation de modèle, il doit correspondre aux codes politiques locaux et ce ne sont pas les mêmes qu’à New York où la population est plutôt de gauche, et assez convaincue. Ocasio-Cortez joue sur le côté authentique et la simplicité, alors que pour Barles l’idée graphique est toujours là mais l’affiche perd en fraîcheur et en authenticité. La veste n’a pas exemple rien à faire là, il y a un problème d’accord entre le fond et la forme », estime le spécialiste de la communication politique.

L'affiche de campagne de Samia Ghali.
L'affiche de campagne de Samia Ghali. - Capture d'écran

Samia Ghali, Divers gauche. Sur fond noir, Samia Ghali en appelle « au nom du peuple de Marseille ». « Sur cette affiche, il n’y a rien qui dit qu’elle est de gauche. A part son positionnement, plutôt sur la gauche, qui s’apparente au style Mitterrandien, et la position de sa tête. Le nom de son site, " Marseille avant tout " et son slogan, " Au nom du peuple ", sont des éléments d’une candidature populiste. Une personne qui sourit, la mention du peuple et Marseille avant tout, ça fait penser à " on est chez nous " », considère Philippe Moreau-Chevrolet. Mais cette stratégie est dans l’air du temps. « Cette inspiration est présente même chez les personnes qui ne se définiraient pas comme populiste, il y a une traversée de ce courant dans la politique française. Mais il y a quand même Marseille avant identité, avant la justice sociale, avant l’environnement, là on est complètement dans le populisme. Mais Samia Ghali respecte les codes de simplicité d’Ocasio-Rodriguez, son affiche est très pragmatique », analyse le professeur.

L'affiche de campagne de Martine Vassal.
L'affiche de campagne de Martine Vassal. - Capture d'écran

Martine Vassal, Les Républicains. Martine Vassal, vêtue d’un col roulé blanc sur fond blanc, avec son nom et « une volonté pour Marseille » écrit avec le bleu couleur Marseille plus que celui des Républicains. « Cette affiche s’apparente plus à une affiche de théâtre ou de cinéma qu’à une affiche électorale, c’est très bizarre, c’est la première fois que je vois une chose pareille. Le slogan ne veut rien dire politiquement, mais le choix des couleurs, le blanc et le bleu, est assez intelligent. Le blanc renvoie à une page blanche, mais cette affiche est aussi populiste avec le code couleur de l’OM et le visage de la candidate. Là on cherche l’adhésion des personnes à une candidate qui incarne le territoire. Je ne trouve pas que c’est une bonne affiche, c’est un peu un Paris mais s’il y a une identification forte derrière ca peut fonctionner. Mais l’affiche en tant que telle n’est pas suffisante, on rejoint les codes du théâtre, du one man show, c’est trop éloigné.

L'affiche de campagne de Bruno Gilles
L'affiche de campagne de Bruno Gilles - Capture d'écran

Bruno Gilles, Divers droite. Une affiche classique pour Bruno Gilles qui apparaît sur un fond représentant Marseille avec le slogan « Un nouveau maire ». « C’est une affiche assez conservatrice, il parle de lui et se positionne. Ce n’est pas une mauvaise manière de se placer en tant qu’outsider. C’est plutôt une bonne affiche, on la retient », explique-t-il. Bruno Gilles affiche également une variante, avec l’inscription « les écolos avec Bruno Gilles ». « Il cherche à faire du en même temps, un peu ce que Macron fait en ce moment. L’écologie devient un élément de communication pour les candidats de droite, mais je ne pense pas que ça puisse marcher. Cette élection est un laboratoire pour l’écologie, il n’y a rien à perdre en s’y essayant même s’il y a un léger risque de passer pour un opportuniste », analyse Philippe Moreau-Chevrolet.

L'affiche de campagne de Stéphane Ravier
L'affiche de campagne de Stéphane Ravier - Capture d'écran

Stéphane Ravier, Rassemblement National. Le candidat apparaît en grand aux côtés de sa tête de liste par secteur, avec le slogan « Protéger les Marseillais, faire briller Marseille ». « L’affiche est classique et bien faite, il n’y a pas grand-chose à dire. Le message de protection rejoint la tendance Trump, avec le rôle des politiques de protéger les électeurs contre les étrangers, la politique étrangère. Le côté " faire briller Marseille ", j’y crois un peu moins, c’est assez léger. Ça va un peu chercher un registre Bernard Tapie », considère Philippe Moreau-Chevrolet.