Municipales 2020 : Béziers semble promise à Robert Ménard

ELECTIONS Elu en 2014 avec le soutien du Front national, Robert Ménard est le grand favori à sa réélection. Un sondage le donne vainqueur dès le premier tour

Jérôme Diesnis

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Robert Ménard le 29 janvier 2020, lors de l'inauguration de son local de campagne.
Robert Ménard le 29 janvier 2020, lors de l'inauguration de son local de campagne. — Alain Robert / SIPA
  • Selon un sondage, Robert Ménard serait réélu triomphalement dès le premier tour. Sur cet échantillon de 607 personnes, il est annoncé avec un score de 61 % à l’issue du premier tour.
  • Le candidat sans étiquette, soutenu par le Rassemblement national, avait gagné la mairie en 2014.
  • Son opposition est éclatée, notamment à droite, où une partie des Républicains (allant à l’encontre de leur parti), ont accepté l’Union des droites prônée par le maire de Béziers.

Robert Ménard peut-il être battu aux élections municipales du mois de mars à Béziers ? Poser la question, c’est déjà en partie y répondre. Le maire de Béziers, proche du Rassemblement national, est en position ultra-favorable à un mois du premier tour. Un sondage Ifop/Fiducial, commandé par Midi Libre/Vià Occitanie/Cnews/Sud Radio, même avec un panel assez faible (607 personnes), le donne vainqueur à 61 % d’intention de votes dès le premier tour, 46 points devant la liste placée en deuxième position.

Pourquoi un tel plébiscite ? « Robert Ménard a réussi dans une ville où plusieurs atouts favorables existaient déjà, souligne Emmanuel Négrier, politologue au CNRS. Une droite ayant déjà eu, par le passé, l’expérience d’accords politiques [officieux] avec l’extrême droite. Une droite fragmentée et affaiblie par une usure certaine du pouvoir. Une gauche également fragmentée et incapable d’incarner une alternative. Une situation dépréciée pour beaucoup d’habitants du Biterrois, évoquant une sorte d’âge d’or où prospèrent des formes de nostalgie et d’appel à l’autorité, une inégalité entre hauts et bas revenus plus criante qu’ailleurs. Tous ces éléments sont toujours là, et Robert Ménard en use très habilement. »

Deux périodes de mandats distinctes

Son mandat a fait l’objet de deux périodes distinctes. Il a d’abord marqué son territoire avec des polémiques au retentissement national (les campagnes de communication sur les migrants, l’armement de la police ou la ligne LGV, la crèche de Noël, l’ADN des déjections canines…) et des affaires portées devant la justice. Laquelle l’a régulièrement blanchi des accusations les plus graves dont il était l’objet, notamment par diverses associations (non-lieu dans l’affaire des fichiers d’enfants musulmans, relaxe dans les poursuites de provocation à la haine ou encore à l’appel au féminicide).

La seconde partie de son mandat a donné lieu à beaucoup moins de turpitudes. Sous son mandat, Béziers a changé. Notamment le centre-ville, vieillissant et paupérisé. En 2018, un article de l’Express la classait comme la ville la plus pauvre de France en s’appuyant sur des chiffres de 2014. « Les chiffres de référence de ce triste palmarès datent de… 2014 ! C’est-à-dire qu’ils sont le bilan d’une gestion passée, d’une gestion qui a associé municipalités de droite comme de gauche. Avis donc aux amnésiques », avait alors expliqué le maire, élu cette année-là.

Boom de l’immobilier

La ville, sur le déclin depuis des années, connaît un fort rebond, immobilier notamment. S’il est encore très en deçà de la moyenne nationale (2.300 euros, hors Île de France) et régionale (2.590 euros), le prix médian du mètre carré dans l’ancien à Béziers a bondi de 10,9 % en quelques mois (1.130 euros). « C’est l’effet des gros travaux d’embellissements qui ont été effectués dans le centre-ville », note Isabelle Perrein, déléguée régionale à la communication de la chambre régionale des notaires.

« Robert Ménard revendique à son profit des travaux et équipements de compétence intercommunale. S’il appose sa signature sur certaines réanimations du centre-ville, il délaisse toute action publique à caractère social dans les quartiers sensibles, comme la Devèze, reprend Emmanuel Négrier. Dans ces quartiers, Robert Ménard ne cherche nul profil médiatique, et nul gain en termes de bien vivre. Ce faisant, il désarme ses adversaires politiques, qui demeurent lamentablement divisés par rapport aux enjeux. »

Un vaste programme de rénovation immobilière de la Dévèze, dans le cadre de l’Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine) doit radicalement changer le quartier populaire. Cette métamorphose de 147 millions d’euros, a débuté en 2005. Elle est cofinancée par l’Etat, l’agglomération (dirigée par le socialiste Frédéric Lacas) et la ville de Béziers.

Abandon à droite

L’opposition à Robert Ménard s’est désagrégée. Notamment à droite, qui a géré la ville de 1995 à 2014. Délégué des Républicains dans la circonscription, Henri Gas a rejoint la liste d’Union des droites prônée par Robert Ménard. Investi par Les Républicains, Lewis Marchand a finalement décidé de jeter l’éponge, estimant que « la terre biterroise est une terre brûlée pour la droite (…) Je ne veux pas entrer dans cette mascarade ». Dans l’urgence, le parti a finalement cautionné Antoine About dont il avait initialement rejeté la candidature…

La marge de manœuvre de Robert Ménard semble telle qu’il multiplie soutiens et meetings hors de sa ville, là où le RN, allié à une partie de la droite traditionnelle, est en mesure de prendre le pouvoir.