VIDEO. Municipales 2020 à Marseille : Comment développer le vélo dans la ville la moins cyclable de France ?

PROGRAMME (5/8) Avec une centaine de kilomètres de pistes cyclables, Marseille est à la traîne en matière de vélo. Le défi à relever est de taille pour les prochains candidats aux municipales

Mathilde Ceilles

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Un vélo à Marseille
Un vélo à Marseille — P. Magnien / 20Minutes
  • Les municipales se tiennent les 15 et 22 mars 2020. Chaque lundi, 20 Minutes abordera un thème de la campagne. Aujourd’hui, la place du vélo à Marseille.
  • La ville a accumulé beaucoup de retard en la matière, avec seulement une centaine de kilomètres de pistes cyclabes.
  • Marseille arrive régulièrement en bas du classement des villes français les mieux adaptées aux cyclistes.

Pas de maillot jaune pour Marseille. Selon un classement ​publié au début du mois par la fédération des usagers de la bicyclette, la deuxième ville de France arrive, cette année encore, en dernière position des grandes villes qui font le bonheur des cyclistes.

En réponse, ce week-end, le collectif marseillais Vélos en ville a interpellé les candidats aux municipales pour qu’ils s’emparent d’urgence de cette problématique, qui relève de la métropole, mais sur laquelle le futur maire de Marseille peut clairement peser. Car les années passent, et le retard en matière de pistes cyclables se creuse petit à petit : la ville compte 140 kilomètres de pistes cyclables, contre 600 à Strasbourg.

Dans ces conditions, selon plusieurs candidats, tous bords confondus, un cycliste à Marseille est une sorte de kamikaze motivé. « Il faut déjà être courageux pour faire du vélo à Marseille, estime ainsi le candidat du Rassemblement national Stéphane Ravier. Il faut être cascadeur. A force de vouloir faire de l’écologisme, de la mobilité douce comme dirait Martine [Vassal, pour LR], on expose ceux qui utilisent les pistes cyclables à des dangers inconsidérés. Il faut être raisonnable, ne pas céder à la mode. Calmez-vous les gars, le vélo, c’est quand même pas la priorité absolue dans cette ville. Il y a 26 % des gens qui vivent au-dessous du seuil de pauvreté. »

« C’est envoyer les gens à l’abattoir »

« Faire du vélo à Marseille, aujourd’hui, c’est envoyer les gens à l’abattoir, abonde Samia Ghali (DVG). Marseille n’est pas organisée pour le vélo. Il faut repartir à zéro. Je pense qu’il faut faire un schéma. J’ai des pistes cyclables qui commencent là et vous atterrissez sur une voie rapide. Ça n’a aucun sens. Faire des pistes cyclables pour dire qu’on a fait tant de kilomètres, c’est n’importe quoi. Il faut refaire une réorganisation. »

En creux se dessine chez de nombreux candidats une critique du bilan de Martine Vassal en la matière. La candidate LR à la mairie de Marseille est en effet celle qui porte actuellement le plan vélo en sa qualité de présidente de la métropole d’Aix-Marseille Provence… et qui entend le rester si elle est élue à la tête de la deuxième ville de France.

Des vélos électriques en libre-service ?

« Je veux développer le vélo sur l’ensemble de la ville alors que les vélos en libre-service ne sont disponibles que dans la moitié de Marseille, tacle ainsi Michèle Rubirola pour le Printemps marseillais. Ça s’arrête au deuxième arrondissement… Et il faut mettre des vélos électriques en libre-service, comme à Bordeaux, compte tenu de la géographie de la ville. »

« Il faut tripler les kilomètres de pistes cyclables en six ans, réclame Christophe Madrolle (UDE). Pour Jean-Claude Gaudin et sa majorité, se promener en vélo, c’est une question de bobo. Mais le plan vélo doit s’inscrire dans un plan de mobilité urbaine. » « Le plan vélo de la métropole n’est pas si con, mais la question est de l’ordre de la volonté politique, juge Sébastien Barles (EELV). Il faut deux axes en deux ans. Il faut un axe vraiment dédié aux vélos, qui partirait de l’Estaque, passe chemin du Littoral, bifurque certainement sur la rue de la République pour ensuite prendre la rue de Rome. Et on réaménage complètement Michelet et le Prado. Et on veut aussi un deuxième axe, au moins de Longchamp jusqu’au Vieux-Port. »

« On ne va pas refaire toutes les rues de Marseille »

« Il faut faire appel aux Marseillais : ils savent dans le quartier où ils vivent où l’on peut aménager un couloir cycliste », suggère Michel Pinard. « Il faut faire une étude sur l’ensemble de la ville, et voir comment on fait une fois qu’on aura réduit la place de la voiture », estime de son côté Yvon Berland (LREM), qui réclame « un plan global ».

« Il ne faut pas non plus tomber sous la pression de certains qui veulent faire des pistes cyclables partout, prévient Bruno Gilles (DVD). Il y a des endroits où honnêtement la piste cyclable obligatoire dans le cadre de la rénovation de voirie ne sert à rien… Parce que ça monte et qu’on ne verra jamais un vélo à cet endroit ! »

Face à ces attaques, Martine Vassal met en avant son bilan. « Je veux continuer ce que j’ai commencé à faire, lance Martine Vassal. Il faut créer un chemin du littoral, une piste cyclable qui aille de l’Estaque aux Goudes. Mais on ne va pas refaire toutes les rues de Marseille. Si je dis que demain, je vais rendre tout Marseille cyclable, c’est faux. Il faut juste donner la possibilité aux gens de se déplacer de manière sécurisée. » Une certitude : quel que soit le candidat élu, en matière de développement du vélo, il faudra plusieurs mois avant que Marseille sorte, un jour, de la queue de peloton.