Municipales 2020 à Angers : La gauche peut-elle reprendre la ville ?

POLITIQUE Longtemps à gauche, Angers a changé de couleur politique en 2014 après l'élection de Christophe Béchu, candidat pour un second mandat

Julie Urbach

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Christophe Béchu et Frédéric Béatse (PS), en 2014
Christophe Béchu et Frédéric Béatse (PS), en 2014 — JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP
  • En 2014, Christophe Béchu alors à l'UMP remportait la ville d'Angers, dirigée depuis 37 ans par la gauche.
  • Candidat à sa succession, il va donner du fil à retordre aux forces de gauche, qui partent dispersées, et sans vrai leader.

Après 37 ans de règne de la gauche, il était parvenu à faire changer de couleur Angers « la modérée ». En mars 2014, Christophe Béchu faisait basculer à droite la capitale du Maine-et-Loire et accédait au fauteuil de maire avec plus de 54 % des voix. Six ans plus tard, dans un paysage politique qui a bien changé, l’homme s’est débarrassé de son étiquette UMP puis Les Républicains et c’est avec l’investiture LREM (et toujours sa capacité à largement rassembler) qu’il compte rempiler pour un deuxième mandat. Laissant aucune chance à la gauche de retrouver les clés de la Cité du roi René ?

Comme en 2014, ses composantes apparaissent morcelées. PS et EELV sont partis chacun de leur côté, sans pour autant réussir à faire émerger des leaders de poids. Chez les socialistes, l’ancien maire Frédéric Béatse a passé la main à la conseillère municipale Silvia Camara-Tombini, qui a dû vite remplacer son binôme, démissionnaire après l’échec du rassemblement de la gauche. Regonflé par leur score aux européennes, EELV (allié au PCF et à Génération. s) a lui aussi essuyé un faux départ, puisqu’il a fallu trouver un plan B après que le candidat investi a jeté l’éponge. Mais aussi se remettre du départ de Corinne Bouchoux, cette ex-sénatrice écologiste qui a rejoint, à la surprise générale, le camp du maire sortant. Une troisième liste (Angers citoyenne et populaire) a émergé, avec le soutien de la France Insoumise.

« Il y a eu des discussions à l’automne, elles n’ont pas pu aboutir, et je le regrette vivement, explique Silvia Camara-Tombini, tête de liste PS, dont 70 % des candidats sont issus de la société civile. Je reste convaincue de la nécessité d’un rassemblement, mais désormais, l’heure est à la campagne sur le terrain. Je peux vous dire que les retours ne sont pas ceux que l’on entend dans le microcosme politique angevin. Je rencontre des habitants qui me disent qu’ils ont besoin d’un vrai changement pour leur ville. »

Champ libre pour Béchu

Un combat qui s’annonce rude d’autant que de l’autre côté de l’échiquier, c’est un boulevard. Mis à part la liste du RN (qui totalisait en 2014 moins de 7 % des voix), il n’y a personne d’autre que Béchu ! Après que Matthieu Orphelin (ex-LREM), a mis fin au suspense en annonçant qu’il ne se présenterait finalement pas, ce sont les Républicains qui ont laissé le champ libre au maire sortant. « Devions-nous six ans plus tard, parce que le même Christophe Béchu a quitté LR, renoncer à le soutenir dans la campagne municipale en vue de poursuivre le travail engagé au service de notre ville ?, justifie Roch Branchour, adjoint au maire d’Angers et en 5e position sur la liste, qui affirme que « le bilan de ce premier mandat fait l’unanimité chez [ses] électeurs ».

A gauche, les critiques adressées au maire sortant sont moins difficiles à trouver. « Il faut arrêter les grands investissements et enfin se concentrer sur la transformation sociale, estime Silvia Camara-Tombini. La qualité de vie que l’on nous vante doit être accessible à tous. » D’autres voix s’élèvent estimant qu’après plusieurs occasions manquées, Christophe Béchu finira par abandonner la ville pour un mandat gouvernemental. De quoi faire tourner le vent chez les électeurs ?

Rien n’est moins sûr avance l’institut Kantar, qui a réalisé il y a moins d’un an un sondage auprès des habitants. « Le climat social en cette fin de mandat est plutôt positif pour Christophe Béchu (…), indique une note publiée fin janvier. 83 % des sondés estiment que le travail fourni par la municipalité est positif voire excellent, et 68 % préfèrent "continuer l’action municipale telle qu’elle est menée actuellement", contre 26 qui pensent qu’il faudrait la changer ».