Municipales 2020 à Strasbourg : Où va le PS après le retour de Catherine Trautmann en tête de liste ?

POLITIQUE A Strasbourg, Catherine Trautmann devient candidate du PS après le retrait de Mathieu Cahn. « 20 Minutes » fait le point après cette annonce surprise

Nils Wilcke

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Catherine Trautmann a pris la tête de liste du PS à Strasbourg le 5 janvier 2020.
Catherine Trautmann a pris la tête de liste du PS à Strasbourg le 5 janvier 2020. — G.Varela/20 Minutes
  • A Strasbourg, Catherine Trautmann devient candidate du PS après le retrait de Mathieu Cahn. « 20 Minutes » fait le point après cette annonce surprise.
  • « C’est une annonce sans précédent, commente Sébastien Michon, directeur de recherche au CNRS à Strasbourg. Surtout dans une ville de cette ampleur ».
  • En difficultés dans les sondages, le PS aurait-il décidé d’opérer un virage pour reconquérir l’électorat de gauche ?

A Strasbourg, l’équipe de campagne socialiste multiplie les adjectifs rassurants après le retrait surprise de son candidat, Mathieu Cahn, ce mercredi, au profit de Catherine Trautmann pour les municipales.

« Une décision courageuse », saluent les uns, quand d’autres louent « l’humilité » du candidat relégué en seconde position sur la liste socialiste… Officiellement, le séisme provoqué par cette annonce n’affecte pas la campagne du PS local. Les affiches de Mathieu Cahn ont été retirées dès mercredi au QG situé rue de la 1ère Armée, les tracts envoyés au broyeur et le site internet désactivé. Les nouveaux supports de communication qui devraient montrer le visage de l’ancienne ministre de la culture et maire de Strasbourg sont, eux, déjà commandés.

« C’est une annonce sans précédent »

L’histoire racontée par des élus et des adhérents qui tiennent tous à garder l’anonymat est un peu différente. « Ils ont été abasourdis par le retour de Trautmann », commente l’un d’entre eux. Selon nos informations, les colistiers n’avaient pas été mis au courant. Une réunion d’explication a été organisée pour une mise au point ce mercredi à 12h30 avant la conférence presse commune. « C’est une annonce sans précédent, commente Sébastien Michon, directeur de recherche au CNRS à Strasbourg. Surtout dans une ville de cette ampleur ».

Les raisons avancées pour justifier ce changement interrogent. Mathieu Cahn l’explique par le procès du directeur de la maison des associations, dont il est président. L’audience a été reportée entre les deux tours de l’élection. Mais cette échéance est connue depuis le mois de novembre… En off, un ancien poids lourd du parti suggère que la mise en avant de Trautmann interviendrait après de mauvais sondages pour le PS. « Beaucoup disaient que la campagne ne décollait pas avec un risque de ne pas passer au second tour », glisse-t-on à 20 Minutes. D’où le recours à une figure historique comme l’ancienne maire de Strasbourg.

Un virage pour reconquérir l’électorat de gauche ?

« S’ils font moins de 10 %, c’est la fin du PS local, la pression est énorme, constate Philippe Breton, directeur de l’Observatoire de la vie politique en Alsace (OVIPAL). L’objectif, c’est de grappiller 3-4 % de voix qui peuvent faire la différence », poursuit le politologue. Cette stratégie peut-elle s’avérer payante ? « On peut la comprendre sur le plan politique, observe-t-il, mais cela peut apparaître comme un tripatouillage aux yeux des électeurs et desservir le PS ». Consciente de cette difficulté, Catherine Trautmann a fait une plaisanterie sur son retour, assurant qu’elle n’était pas « une revenante » ou « un fantôme » mais un « catalyseur » du projet socialiste. A condition qu’elle arrive à fédérer autour de sa personne. « C’est une élection dans laquelle les candidats parlent de listes citoyennes mais où l’on ne parle que de têtes de listes », note le chercheur Sébastien Michon.

Face à ce paradoxe, le PS aurait-il décidé d’opérer un virage pour reconquérir l’électorat de gauche, siphonné par la candidate écolo Jeanne Barseghian ? « Trautmann ne va pas prendre de voix aux Verts ou à la droite, reprend Sébastien Michon. Mais elle peut capter des électeurs qui se sont reportés sur Alain Fontanel (LREM), notamment les plus indécis à gauche. »

Reste une inconnue : à qui Catherine Trautmann pourrait-elle se rallier au second tour ? Les regards se tournent vers Jeanne Barseghian. Mais l’ancienne maire de Strasbourg a fait part de réserves sur certains points du programme de la candidate écolo, notamment les conditions de mise en place de la zone à faible émission (ZFE). Pourrait-elle rejoindre Alain Fontanel et sa liste LREM ? Même réponse de la nouvelle tête de liste PS. « Ce sera sur un programme et un engagement clair sur la possibilité de travailler ensemble. Pas uniquement pour se répartir des postes », a-t-elle indiqué mercredi.