Municipales 2020 en Corse : Pourquoi le Rassemblement national peine à trouver des candidats, malgré ses succès électoraux ?

POLITIQUE Le Rassemblement national soutiendra François Filoni, candidat sans étiquette à la mairie d'Ajaccio. Le parti d'extrême droite peine à s'implanter en Corse

Jean Saint-Marc
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Malgré ses bons résultats électoraux en Corse, Marine Le Pen n'a pas réussi à implanter des candidats sur l'île.
Malgré ses bons résultats électoraux en Corse, Marine Le Pen n'a pas réussi à implanter des candidats sur l'île. — P. Pochard-Casabianca / AFP (archives)
  • A moins d’un mois du dépôt des listes, le Rassemblement national ne soutient qu’un seul candidat en Corse, le sans étiquette François Filoni.
  • Malgré de très bons résultats aux élections européennes, la fédération locale du RN est en difficulté.
  • Les élections locales sont très différentes des élections nationales, particulièrement en Corse, rappellent des spécialistes.

Non, le patronyme de Thierry Mariani n’est pas corse. L’eurodéputé le rappelle d’emblée en décrochant son téléphone. Pour l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy, leadeur de la Droite populaire, la Corse n’est qu’une terre de conquête parmi d’autres : il a annoncé, ce lundi, son soutien à une vingtaine de listes aux élections municipales. La plupart sont conduites par des candidats membres du  Rassemblement national. Mais dans l’Aube, à Sète, Carpentras ou Ajaccio, ce sont des candidats sans étiquette.

« Le RN a un gros potentiel électoral en Corse, note l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy. Mais on a du mal à le transformer aux municipales. » Mariani, élu eurodéputé sous l'étiquette RN, a donc poussé pour que le parti de Marine Le Pen soutienne sur l’île des candidats externes plutôt que des « frontistes » pur jus. Pour l’instant, un seul nom a été annoncé – et le parti a indiqué qu’il ne présenterait pas de candidat à Bastia.

« François Filoni rassemble les forces citoyennes et populaires ajacciennes », a lancé Marine Le Pen, ce mardi, sur Twitter. Elle « appelle à la mobilisation » derrière cet ancien conseiller municipal du maire sortant, l’ex-LR Laurent Marcangeli.

Son choix fait grincer quelques dents. Comme celles de Jean-Antoine Giacomi, ancien membre du Rassemblement national : « Il n’y a qu’à voir le parcours de Filoni… Candidat divers gauche, puis écologiste, opposé à Laurent Marcangeli, le maire de droite d’Ajaccio, puis avec lui en 2015 et là il le retrahit de nouveau », soupire l’étudiant en droit. Il précise n’avoir « plus de fonctions dans la fédération corse du RN. »

« Les gens du RN ne sont pas frappés d’indignité »

Elle était inactive depuis la fin de la campagne pour les européennes, en mai 2019 et se recompose désormais brutalement : Marine Le Pen a annoncé ce mardi la nomination d’Antoni Chareyre au poste de délégué régional. Il n’a pas répondu à nos sollicitations.

François Filoni, au contraire, parle avec plaisir de ce soutien officiel décroché à l’issue d’intenses tractations : « C’est une élection municipale, on veut rassembler le maximum de monde. Les gens du RN ne sont pas frappés d’indignité : s’ils veulent faire un bout de chemin avec des objectifs bien précis, par exemple la sécurité dans les quartiers, c’est possible. »

Seulement 3,28 % des suffrages à l’Assemblée de Corse

Une réaction mesurée… Et logique, quand on étudie les derniers résultats de Front national puis du Rassemblement national aux élections locales corses. Si le parti de Marine Le Pen a rassemblé 27,7 % des suffrages lors des élections européennes en 2019 et 48,52 % au second tour de la présidentielle en 2017, il peine lors des scrutins locaux : en décembre 2017, le parti d’extrême droite n’a recueilli que 3,28 % des suffrages lors des élections à l’Assemblée de Corse.

Le sociologue Jean-Louis Fabiani, professeur à l’université d’Europe centrale de Budapest, tente d’expliquer ce paradoxe :

Il y a deux facteurs, d’après moi. Un choix stratégique du RN au niveau national : ils n’ont jamais considéré la Corse comme une terre de mission. Il faut dire que le vote pour Marine Le Pen en Corse est assez abstrait, plus lié à une protestation générale. Et l’implantation locale en Corse est difficile : il faut accumuler beaucoup de capital politique et familial pour se présenter à une élection. »

Le chercheur réfute toutefois l’idée que de nombreux électeurs alterneraient entre RN aux élections nationales et partis nationalistes corses aux élections locales. « Les études de vote, notamment celles de Jérôme Fourquet, ne montrent pas de phénomène de vases communicants entre ces deux électorats », assure Jean-Louis Fabiani.

« Les élections en Corse obéissent de toute façon à des règles complètement différentes », conclut Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse. Et lui qui rêve d’indépendance lâche dans un sourire « qu’en termes de sociologie politique, la société corse a son autonomie. »