Municipales 2020 à Nantes : « Etre maire, ça vous transforme », confie Johanna Rolland

INTERVIEW La maire PS de Nantes, candidate à sa propre succession, présentera son programme ce mercredi

Propos recueillis par Frédéric Brenon et Julie Urbach

— 

Johanna Rolland, maire PS de Nantes et candidate à sa propre succession.
Johanna Rolland, maire PS de Nantes et candidate à sa propre succession. — S.Salom-Gomis/Sipa
  • « Les regrets, c’est pas trop mon truc », confie Johanna Rolland.
  • « Jamais une municipalité à Nantes n’avait investi autant en matière de sécurité »
  • « La santé et l’alimentation seront au premier plan » de son nouveau projet.

Elle brigue, à tout juste 40 ans, un second mandat de maire de Nantes. Partie tôt en campagne, Johanna Rolland dévoilera ce mercredi son nouveau programme pour les Nantais. Pour 20 Minutes, la candidate socialiste explique les points importants de son projet. Et revient sur les étapes marquantes de ses six années à diriger la ville. Entretien.

Le mandat de maire s’achève le mois prochain. Quelles auront été vos plus grandes fiertés ?

La première est d’avoir tenu l’immense majorité de mes engagements. Souvenez-vous, ma bataille numéro 1 c’était l’emploi. Aujourd’hui, Nantes a le deuxième plus faible taux de chômage des grandes villes françaises, même si ce n’est pas uniquement grâce à notre action. Ma deuxième fierté, c’est Citad’elles, un projet de conviction qui a malheureusement du sens quand on voit que 50 femmes en franchissent la porte chaque semaine. Je retiens aussi la mise à l’abri des migrants du square Daviais parce que c’était une décision difficile, une bataille que j’ai menée parfois un peu seule. Une autre fierté, c’est d’avoir mis Nantes sur le chemin de la transition écologique (gare, centrale photovoltaïque sur le MIN, extension des jardins, programme Ma rue en fleurs…).

Avez-vous souffert de moments difficiles ?

Il y a eu le drame du marché de Noël, l’abandon de l’aéroport, les difficultés dans les quartiers, la mort de Steve Caniço, la question des migrants, la confusion entre les manifestations et la casse… Le mandat n’aura pas été un long fleuve tranquille, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais mon équipe a tenu la barre et a su réagir, sans perdre sa boussole.

Des regrets ?

Les regrets, c’est pas trop mon truc. Il faut aller de l’avant. Est ce que ce mandat a été parfait ? Bien sûr que non. J’aurais aimé que l’État fasse son job sur les migrants, qu’il mette les moyens sur la question de la sécurité, j’aurais aimé qu’on aille plus vite sur les maisons de santé… C’est bien pour ça que je me représente.

Vous ne reparlez pas de Yellopark ?

Ce chapitre est clos et derrière nous. Moi, j’avais un principe : pas d’argent public pour le foot business. Il demeure et il demeurera. Est-ce qu’aujourd’hui je referais les choses exactement de la même manière ? Non, bien sûr. Vous savez, être maire ça vous transforme aussi ! Être la première femme maire de Nantes, à 34 ans, il y a une partie de mise à l’épreuve. J’ai évolué dans ce mandat, j’ai appris. Il y a le fait de connaître les sujets, intellectuellement, et puis il y a les vivre. Je sors certainement de ces six ans encore plus confiante dans les forces de Nantes. C’est pour ça que je ne laisserai pas X ou Y candidat dénigrer notre ville. Je trouve ça aberrant.

L’insécurité augmente. Comment améliorer la situation ?

C’était ma première conférence de presse en 2014. A l’époque ça avait beaucoup étonné, on me disait "c’est quoi cette candidate de gauche qui commence sa campagne par le sujet de la sécurité ?". Quelque chose me dit que je n’avais pas tort. Aujourd’hui, ce que je propose, c’est un contrat avec des propositions extrêmement sérieuses. Croire que des médiateurs suffiront à régler la question de la sécurité, c’est de l’angélisme. Et vouloir faire croire que la police municipale va lutter contre le trafic de drogue, c’est de la démago. Sur un sujet aussi grave, c’est scandaleux.

Mais pourquoi ne pas avoir agi plus tôt ?

Je conteste cela, on a agi plus tôt ! Jamais une municipalité à Nantes n’avait investi autant en matière de sécurité. Regardez les chiffres : 3,6 millions d’euros en investissement, 1,8 en fonctionnement. Le sujet de la sécurité se pose aujourd’hui dans toutes les grandes villes françaises, même si les Nantais ont bien raison de se demander comment on va avoir des résultats.

Johanna Rolland, maire de Nantes et candidate à l'élection municipale.
Johanna Rolland, maire de Nantes et candidate à l'élection municipale. - S.Salom-Gomis/Sipa

Quel serait le thème central de votre prochain mandat ?

Une écologie pour le plus grand nombre, avec au premier plan l’alimentation et la santé. On parle beaucoup de désertification médicale dans le monde rural mais très peu en urbain, je pense que c’est une faute. La santé, c’est aussi la pollution, comment on se déplace… Ma première proposition est la gratuité des transports en commun le week-end et la baisse de 20 % du prix des abonnements. C’est une mesure concrète pour répondre à ceux qui disent "ça va le blabla on veut des actes". C’est une mesure de pouvoir d’achat car je sais qu’il y a des gens qui souffrent. Et c’est un acte en faveur de l’accessibilité au centre-ville, un point important.

Le cœur de ville a connu de multiples chantiers ces dernières années. Prévoyez-vous d’autres travaux emblématiques ?

Non. Aujourd’hui j’ai à cœur de penser la ville à l’échelle des quartiers : on est plutôt sur un registre de proximité avec une place à embellir et à améliorer dans chaque quartier, en concertation avec les habitants. Et puis certains grands projets lancés doivent encore se concrétiser : les trois nouvelles lignes de tram, la rénovation de la place de la Petite Hollande, Feydeau-Commerce, le doublement du pont Anne-de-Bretagne pour faire passer le tramway, sans oublier le Bas-Chantenay.

La question du nouveau franchissement de Loire, elle, n’a pas bougé….

Il y a une étude en cours, donc ça progresse. Si nouveau franchissement il y a, il devra être compatible avec la trajectoire écologique et accorder forcément une part importante aux transports en commun. Nous aurons les résultats de l’étude dans quelques mois. Je ne dirai rien de plus d’ici là.

La candidate EELV [Julie Laernoes] a placé en bonne position sur sa liste un homme [Christophe Jouin] qui vous avait jeté de la farine au visage. Comment réagissez-vous ?

Quand on sait que cette personne a été condamnée par un tribunal en première instance, je crois que tout est dit. On apprend à nos enfants que dans la société, pour bien vivre ensemble, on doit respecter les règles du jeu de la vie collective. Donc c’est quoi le message envoyé ? Les écologistes ont décidé de partir tout seuls, je le regrette. Sachant que mes amis écologistes ont voté 99,5 % des délibérations à la ville et à la métropole ! Mais une campagne, ce n’est pas des candidates qui se parlent entre elles, ce sont des candidates qui parlent aux Nantais.

On a quand même du mal à vous imaginer vous réconcilier dans l’optique d’un second tour…

Le sujet, c’est le premier tour, je refuse de parler du second. Je pense que c’est justement ce dont les gens ne veulent plus.

Le PS a bu la tasse aux dernières élections. Vos chances de l’emporter sont-elles plus faibles qu’en 2014 ?

Je souris car il y a six ans, on me disait que j’allais être la première à payer la sanction électorale après que Jean-Marc Ayrault a été Premier ministre. Or on a fait le meilleur score de toutes les grandes listes de gauche du pays [34 %]. Donc les pronostics, ça ne m’intéresse pas. Moi j’ai fait le choix de partir très tôt en campagne, ce qui n’est pas classique pour un maire sortant. J’essaie depuis d’impulser le rythme.

Que pensez-vous de vos adversaires ?

Je m’occupe de ma campagne, donc je ne répondrai pas à cette question (rires). Sur le fond, moi je suis maire à 100 %, j’ai choisi Nantes pleinement, viscéralement. Vous avez une candidate de droite qui a d’ores et déjà dit qu’elle serait sénatrice si elle ne devenait pas maire, et une candidate LREM qui est députée au chaud si elle ne gagne pas. Nantes mérite qu’on l’ait vraiment choisie et que ce ne soit pas "au pire je vais au Palais Bourbon".

Qu’aimez-vous particulièrement à Nantes ?

J’aime le fait qu’on soit un port, ce lien au fleuve, à l’océan… J’aime aussi une forme d’impertinence. Je sens une capacité à prendre des risques, une part d’audace qu’on ne trouve pas à Bordeaux par exemple. Et puis, il y a un humanisme nantais dont je suis fière en tant que femme de gauche. Quand j’ai pris cette décision sur les migrants, il y aurait pu avoir des expressions très négatives de la population mais ça n’a pas été le cas ici.

Et ce que vous n’aimez pas du tout ?

Comme beaucoup de Nantais : les bouchons. C’est pour cela que l’on va travailler à les réduire !