Municipales 2020 à Paris : Comment Cédric Villani désigne ses colistiers au hasard

DEMOCRATIE Le candidat dissident LREM a décidé d’ouvrir 10 % des places de ses listes à des personnes tirées au sort

Guillaume Novello

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Cedric Villani espère que le hasard fera bien les choses.
Cedric Villani espère que le hasard fera bien les choses. — SIPA
  • Cédric Villani a décidé de désigner par tirage au sort 10 % des candidats qui se présenteront sous ses couleurs à Paris.
  • Une étape d’entretiens a néanmoins été mise en place pour s’assurer de l’éligibilité des tirés au sort.
  • Cette pratique, très à la mode depuis deux-trois ans, est censée apporter un nouveau souffle aux procédures démocratiques.

Il faudra avoir de la chance au tirage. Ce mardi midi, l’équipe de campagne de Cédric Villani dévoilera les noms des personnes tirées au sort qui constitueront 10 % des listes d’arrondissement du mathématicien. Du 4 novembre au 15 janvier les intéressés ont pu déposer une brève candidature en ligne. « Il s’agissait de quelques phrases de réflexion, de motivation », précise Paula Forteza, candidate dans le 19e arrondissement et responsable démocratie locale dans l’équipe du dissident LREM. En tout 579 personnes ont postulé, s’est réjoui le mathématicien mi-janvier dans un tweet.

« Il y a eu un premier tirage au sort pour diminuer le nombre de candidats parce qu’après, il y a une étape d’entretiens dans chaque arrondissement, poursuit Paula Forteza, également députée des Français de l’étranger. Ce ne sont pas des entretiens de motivation, c’est juste pour vérifier l’éligibilité des candidats, s’assurer qu’ils respectent certaines valeurs républicaines. » Bref, que les candidats présents sur les listes soient à minima Villani-compatibles.

Les places attribuées aux tirés au sort seront les 5e, 15e, 25e, et ainsi de suite, en fonction de la taille de l’arrondissement. Donc des places potentiellement éligibles. « C’est une façon de permettre à ces citoyens d’accéder aux postes décisionnels, que ce soit aux conseils d’arrondissement, voire au Conseil de Paris », explique Paula Forteza. En tout, il y a 48 places réservées, moitié pour les femmes, moitié pour les hommes, afin de respecter la parité. Pour chaque place, il y a environ cinq tirés au sort, soit à peu près 250 entretiens à faire passer au niveau de chaque arrondissement. Une tâche chronophage qui explique notamment le double report du tirage au sort final.

Plus facile pour trouver des noms

« L’idée c’est de favoriser le renouvellement, on est vraiment dans une crise des principaux partis politiques, avance la députée. C’est aussi de permettre à des personnes qui n’ont pas de réseaux politiques ou partisans de pouvoir accéder à des responsabilités. » « Il y a toujours eu, notamment aux municipales, l’inclusion de membres de la société civile dans les listes mais jamais à cette ampleur-là », éclaire Julien Talpin, chargé de recherche au CNRS et spécialiste de la démocratie participative et délibérative. « En quelques années, il y a une sorte de diffusion et de légitimation de la pratique du tirage au sort dans la société française et qui est liée au mouvement des “gilets jaunes” et à la convention citoyenne sur le climat », rappelle le chercheur. Il poursuit :

Mais s’il y a aujourd’hui une diffusion de ces pratiques de tirage au sort, y compris au sein des partis politiques, c’est parce qu’en réalité ils ont des difficultés à constituer leurs listes, à trouver des candidats, ce qui est un symptôme supplémentaire de la crise démocratique et de la défiance à l’égard des pouvoirs politiques. »

Dans le cas des listes conduites par Cédric Villani, Julien Talpin note « une forme d’hybridation » avec du tirage au sort mais aussi la présence d’un filtre, à savoir les entretiens : un équilibre « entre un principe d’ouverture démocratique très forte que permet le tirage au sort et la nécessité de respecter certaines contraintes de réalité ». Le sociologue souligne néanmoins que dans ce cas « l’usage qui en est fait est relativement cosmétique et communicationnel, il y a cet enjeu de dire “je représente moi la véritable société et je ne suis pas issu de ce carcan partisan et politicien”. Dans la construction de la figure politique de Villani, de son identité politique, lui qui est un nouvel entrant dans le jeu politique, c’est cette carte-là qu’il essaie de jouer via le tirage au sort. »

Paula Forteza voit davantage dans cette initiative, « une façon de retisser la confiance et de responsabiliser aussi les citoyens car quand on est dans un poste politique, on comprend les limites de l’exercice ». S’il emporte la mairie, Cédric Villani prévoit de donner une autre ampleur au tirage au sort. Il propose ainsi la création d’une « agora citoyenne, en miroir du Conseil de Paris » composée de 163 membres, pour moitié tirés au sort et pour moitié des personnalités de la société civile, et destinée à « débattre des propositions des citoyens, des projets de référendums ». En attendant cette future agora, Paula Forteza se réjouit du succès des candidatures pour le tirage au sort : « c’est inspirant, ça redonne de l’énergie et de l’espoir. » Et il en faut pour gagner Paris.