Municipales 2020 à Marseille : Faut-il encore plus de policiers municipaux pour faire baisser l'insécurité ?

PROGRAMME (2/8) « 20 Minutes » aborde chaque semaine un thème de la campagne des municipales à Marseille. Aujourd'hui, la sécurité

Mathilde Ceilles avec A.M et J.S.-M.
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Des policiers à Marseille
Des policiers à Marseille — CLEMENT MAHOUDEAU / AFP
  • Les municipales se tiennent les 15 et 22 mars 2020. Chaque lundi, 20 Minutes abordera un thème de la campagne. Aujourd’hui, la sécurité.
  • En raison notamment de ses nombreux règlements de compte, Marseille pâtit d’une mauvaise réputation en la matière.
  • Pour y faire face, bien que Marseille soit une des villes où les policiers municipaux sont les plus nombreux, plusieurs candidats à la mairie estiment que ce chiffre demeure insuffisant.

Entre les règlements de comptes qui s’enchaînent et les mythes alimentés par l’imaginaire collectif, Marseille pâtit d’une mauvaise image : celle d’une ville peu sûre, où la délinquance, petite comme grande, est quotidienne. Les candidats à la mairie de Marseille se retrouvent dès lors face à une problématique : comment réduire ce sentiment d’insécurité à travers des propositions concrètes, et dans la mesure de leurs moyens ?

Naturellement, les regards des aspirants maires à la ville de Marseille se tournent vers la police municipale, le premier levier qu’ils peuvent actionner. Avec 438 agents en 2018 selon les statistiques officielles du gouvernement, Marseille a l’un des effectifs de police municipale les plus fournis des grandes villes françaises. Mais nombreux sont les candidats à la mairie à estimer que ce chiffre demeure insuffisant, au regard du nombre d’habitants de la deuxième ville de France.

Doubler les effectifs ?

« On va augmenter les effectifs de 70 par an, pour atteindre le chiffre de 420 supplémentaire sur la mandature », promet ainsi Michèle Rubirola, du Printemps Marseillais, qui regroupe plusieurs forces de gauche. « Il faudrait doubler les effectifs, estime Yvon Berland pour LREM. On propose de commencer dès la prise de fonction à recruter 50 policiers municipaux, dans les 100 premiers jours, et d’atteindre dans les quatre ans le doublement des effectifs. » Une proposition qui fait écho au programme de Samia Ghali, ex-PS, ou de Bruno Gilles, ex-LR : tous deux proposent également un doublement des effectifs.

Sans surprise, le candidat du Rassemblement national Stéphane Ravier est celui qui va le plus loin sur le sujet. « Je recruterai 200 policiers municipaux dès la première année, et ils recevront la même formation que les policiers nationaux », affirme le sénateur.

« C’est plutôt un problème de formation »

Encore faut-il pouvoir payer ces policiers supplémentaires, comme le rappelle Martine Vassal, candidate LR. « Nous lancerons le recrutement de 150 policiers dès le mois d’avril, pour arriver le plus tôt possible à 1.500 policiers, lance la présidente de la métropole. Mais ça dépendra de la situation financière de la ville. Par expérience, on ne connaît véritablement les finances de l’institution que lorsqu’on est à la tête de celle-ci… » Pour rappel, selon un récent rapport de chambre régionale des comptes, la dette de la ville de Marseille s’élève à 2.023 euros par habitant, soit deux fois plus que la moyenne des villes comparables.

Certains candidats toutefois estiment que l’augmentation du nombre de policiers municipaux n’est pas la solution miracle. « C’est plutôt un problème de formation, nuance Sébastien Barles pour EELV. Il faut garder les effectifs et il faut former certains agents et les affecter à des tâches bien particulières liées à des violences bien spécifiques, comme les violences sexistes ou racistes ». « Il faut travailler sur la formation, savoir écouter pour lutter par exemple contre les discriminations LGBT », le rejoint Michèle Rubirola.

Un commissariat municipal par secteur

« Il ne faut pas plus de policiers municipaux, mais mieux formés aux interventions selon les secteurs, en s’appuyant sur un comité de prévention, estime Christophe Madrolle (UDE). Par exemple, je propose de mettre deux agents municipaux en permanence à Malmousque entre juin et septembre afin de gérer les incivilités permanentes sur cette période. »

L’organisation de la police municipale est à revoir également selon plusieurs candidats. « Il faut un commissariat municipal par secteur, développer partout le dispositif voisin vigilant et de la vidéosurveillance », liste ainsi Samia Ghali. « Il faut un poste de police municipale par secteur, la rejoint Martine Vassal. On a besoin d’avoir une police de proximité, pour que les policiers municipaux puissent être au plus près de la population. »

Ou trois grands secteurs

Une proposition que ne partage pas son rival de droite, Bruno Gilles. « Les policiers devront être répartis sur trois bases ; au centre, au sud et au nord, calqués sur les services de la police nationale, pour être vraiment en complémentarité. » « On souhaite qu’il y ait trois secteurs pour la police municipale et une répartition des policiers municipaux équivalente d’un arrondissement à l’autre », abonde de son côté Yvon Berland.

« Les caméras montrent des choses, mais depuis un poste central dans le centre de Marseille, on n’a jamais le temps d’intervenir, estime Michel Pinard. Avec une antenne dans chaque arrondissement, elle peut intervenir plus rapidement. »

Mais pour certains, à gauche notamment, la répression ne fait pas tout. « Il faut aussi mettre en place des comités de lutte contre la prévention de la délinquance et soutenir les acteurs sociaux, en favorisant les médiateurs de rue », lance ainsi Michèle Rubirola. De quoi définitivement faire baisser l’insécurité à Marseille, régulièrement endeuillé par les règlements de comptes ? Nombreux sont les candidats à rappeler que la lutte contre le trafic de drogue et le narcobanditisme qui font la mauvaise réputation de Marseille relève…. de l’Etat.