Municipales 2020 à Paris : « Pas de dynamique », « image cassante »… LREM en plein doute sur la campagne de Benjamin Griveaux

POLITIQUE La campagne de Benjamin Griveaux peine à décoller dans la capitale, ce qui inquiète une partie de La République en marche

Thibaut Le Gal

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Benjamin Griveaux dans le doute
Benjamin Griveaux dans le doute — ISA HARSIN/SIPA
  • Benjamin Griveaux tient en meeting ce lundi à Bobino.
  • Le candidat LREM à la mairie de Paris est arrivé en troisième position pour la première fois dans un récent sondage.
  • Certains marcheurs doutent de sa capacité à remporter la capitale en mars prochain.

« Quoi qu’il arrive, on va dans le mur. » Un marcheur parisien résume la morosité qui règne au sein de La République en marche à moins de deux mois des élections municipales. Malgré des scores écrasants aux derniers scrutins, le parti d’Emmanuel Macron semble se préparer à la défaite dans la capitale en mars prochain.

La campagne de Benjamin Griveaux, en meeting ce lundi soir à Bobino, peine toujours à décoller. Un sondage Ifop-Fiducial, paru dans le JDD le 19 janvier, a sérieusement sapé le moral – déjà bien entamé – de la Macronie. L’ancien porte-parole du gouvernement n’arrive qu’en troisième position (15 %), devancé pour la première fois par Rachida Dati (LR, à 19 %) et largement distancé par la maire sortante, Anne Hidalgo (PS, à 25 %). Une troisième position confirmée dans une enquête Odoxa publiée ce dimanche dans Le Figaro. Dans l’équipe du candidat officiel d’En marche, le coupable est vite trouvé : le dissident Cédric Villani, crédité de 13 % des intentions de vote.

« C’est vrai qu’il n’y a pas de dynamique dans sa campagne »

« La division rend difficile la victoire », peste Julien Bargeton, sénateur de Paris et soutien de Benjamin Griveaux. « Si on reste dans cette situation, le défi sera très compliqué à relever, et l’on rend possible la victoire de la maire sortante ». La semaine passée, le parti présidentiel a haussé le ton, menaçant Cédric Villani d’exclusion. Mais cela fait longtemps que plus personne ne croit au ralliement du mathématicien. Pressé directement par Emmanuel Macron de se «rapprocher» de Benjamin Griveaux ce dimanche, le lauréat de la médaille Fields a d'ailleurs confirmé sa candidature dans la soirée.

« Plus le temps passe, et moins la possibilité de convergence semble crédible », confie Philippe Zaouati, ancien chef des marcheurs parisiens. « La situation n’est pas très bonne, c’est sûr. LREM est la première force politique à Paris, mais la division fait que ça ne se voit pas », déplore l’actuel co-président du «conseil pour l’urgence climatique» instauré par Benjamin Griveaux.

L’inquiétude se fait sentir jusqu’au sein du gouvernement. « C’est vrai qu’il n’y a pas de dynamique dans sa campagne », souffle un ministre. « Anne Hidalgo est la favorite. C’est difficile pour Griveaux, car il n’a pas vraiment fait de fautes depuis le début de la campagne ».

« Il a cette image cassante qui lui colle à la peau »

Depuis plusieurs mois, le candidat déroule ses propositions. Et engrange les ralliements, ceux de la maire du 9e arrondissement Delphine Bürkli (ex-LR) ou du député de centre-droit Pierre-Yves Bournazel. Mais même les arrivées récentes de poids lourds de la macronie, comme Marlène Schiappa ou encore Stanislas Guerini, n’ont pas inversé la tendance.

« 35 % des Parisiens ont voté Macron en 2017. Vu la sociologie, Paris ne devrait pas nous échapper. Mais ça ne prend pas, alors il y a sans doute un problème plus personnel », regrette un proche du chef de l’Etat. « Moi je l’aime bien Benjamin, mais il a peut-être un peu trop montré qu’il était ambitieux ».

« Je pense que c’est un mec bien, mais il a tellement soif de réussir que ça se voit », abonde un député LREM. « Il a aussi cette image cassante qui lui colle à la peau, celle du porte-parole du gouvernement qui raille les Français «fumant des clopes et roulant au diesel» », ajoute ce cadre du parti.

« Dans la tempête, il faut maintenir le cap »

Son équipe, elle, continue de faire bloc. « Tout a été fait pour tenter de le délégitimer. Il faut voir ce qu’il s’est pris, une candidature dissidente, la révélation de conversations privées [révélées par le Point, dans lesquelles Benjamin Griveaux insulte ses concurrents LREM]], un contexte national compliqué avec les grèves… », énumère Pacôme Rupin, tête de liste dans le centre de Paris. « Il a tenu bon. Et sur le terrain, son image s’est améliorée ».

« L’image antipathique qu’on veut parfois coller à Benjamin ne correspond pas à l’homme que je connais, plein d’autodérision, drôle », regrette Julien Bargeton. Le sénateur garde espoir : « Les Parisiens pourront découvrir notre projet et la réalité de sa personnalité lors des débats. Dans la tempête, il faut maintenir le cap. »