Municipales 2020 à Lyon : Quelles pistes pour améliorer la sécurité?

PROGRAMME (2/7) « 20 Minutes » aborde chaque semaine un thème de la campagne des municipales à Lyon. Aujourd'hui, la sécurité

Caroline Girardon avec E.F et J.Lau

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Le 17 septembre 2019. Illustration police. Ici des policiers de Vénissieux, près de Lyon.
Le 17 septembre 2019. Illustration police. Ici des policiers de Vénissieux, près de Lyon. — E. Frisullo / 20 Minutes
  • Les municipales se tiennent les 15 et 22 mars 2020. Chaque lundi, 20 Minutes abordera un thème de la campagne. Aujourd’hui, la sécurité.
  • Quasiment tous les candidats constatent que Lyon est devenue ces dernières années une « ville de moins en moins apaisée », où les « incivilités » et actes de délinquance sont en augmentation.
  • Ils restent pourtant divisés sur les solutions à apporter pour ramener la tranquillité.

« Explosion des incivilités », « sentiment d’insécurité », vision d’une ville « de moins en moins apaisée ». Quasiment aucun des dix candidats se présentant aux élections municipales à Lyon, n’y trouve à redire. Le constat est unanime : la capitale des Gaules a perdu en tranquillité. « La situation s’est particulièrement dégradée ces deux-trois années », observe Denis Broliquier, maire du 2e arrondissement, menant une liste allant de « la droite modérée au centre gauche » et pour lequel « la sécurité dans les transports en commun ou sur les berges du Rhône après 22h30 est un vrai sujet de préoccupation ».

« C’est d’autant plus dramatique que Gérard Collomb, le maire sortant est passé au ministère de l’Intérieur. Il était donc au courant de la situation », souligne Agnès Marion (RN). « Les populations sont à cran. Les opérations de renouvellement urbain n’ont pas tout réglé, analyse Sandrine Runel (PS-Gauche Unie). Certains quartiers sont à l’abandon en centre-ville (Guillotière) et en périphérie (Mermoz, Etats-Unis) ». Alors quelles solutions proposer pour enrayer la délinquance ?

Doit-on augmenter les effectifs de police ?

Etienne Blanc (LR) fait partie des candidats prônant l’augmentation du nombre de policiers municipaux sur le terrain. Il promet de passer de 335 agents actuellement à 600. « Cela permettra notamment d’élargir les horaires d’intervention pendant la nuit et d’assurer un service 24H/24h », précise-t-il. Une idée partagée par Agnès Marion (RN) qui axe l’essentiel de sa campagne sur la sécurité et qui souhaite, elle aussi, doubler les effectifs : « Je veux qu’ils patrouillent. L’autorité, la loi… Ça s’incarne, de visage à visage ».

Georges Képénékian, ancien maire de Lyon et candidat dissident LREM, se montre plus mesuré en annonçant un accroissement du nombre de policiers municipaux de 10 % ; « un chiffre crédible, faisable et atteignable », estime-t-il. « La lutte contre l’insécurité passe également par la prévention et l’éducation. Il faut réinventer le respect », ajoute-t-il, précisant vouloir mettre en place des « équipes de médiateurs dans les différents quartiers de la ville ».

« On a besoin de gens qui font de la verbalisation et de la prévention », soulève également Denis Broliquier, qui annonce le renfort de 150 policiers supplémentaires, dont certains intégrés à une « Unité de cadre de vie ». « Les policiers eux-mêmes disent que c’est absolument nécessaire », assure-t-il. Le maître mot selon lui : « la proximité ». « Les Lyonnais veulent voir du bleu. Beaucoup de policiers se déplacent aujourd’hui en voiture mais l’idée est d’être au contact permanent avec la population », poursuit-il plaidant notamment pour la création d’une brigade motocycliste « pouvant intervenir en 5 à 10 minutes sur le terrain ».

Grégory Doucet (EELV) ne souhaite « pas revenir sur le nombre de policiers municipaux » mais plaide aussi pour une « présence plus forte » sur le terrain, « partout, y compris dans les quartiers ». « Il faut qu’ils soient visibles et accompagnés par des relais, des médiateurs », argumente-t-il.

Pour Eric Lafond, candidat de la liste 100 % Citoyens, la priorité n’est pas d’augmenter le nombre d’agents sur le terrain, ni de renforcer la vidéosurveillance mais « de remettre la police municipale au cœur de son métier ». Il insiste sur la nécessité de recréer de la « proximité » avec les habitants, en dispatchant les effectifs actuels de façon plus équilibrée dans « chacun de 34 quartiers de la ville ». « Il faut qu’ils puissent connaître les gens, les commerçants, recréer du lien avec les habitants et faire de la prévention », insiste-t-il. Rendre service, également. C’est la raison pour laquelle il envisage d’équiper les policiers de tablettes numériques permettant d’enregistrer les plaintes sur le lieu du délit.

Quant à Sandrine Runel (PS), elle souhaite mettre en place une « brigade des incivilités » pour « temporiser les difficultés rencontrées dans certains quartiers par les femmes et les personnes de la communauté LGBT (sexisme, harcèlement) ». « Cette brigade, qui s’ajoute aux effectifs de la police municipale, sera formée à la médiation et au repérage des bandes pour être en mesure d’intervenir et de gérer un conflit », expose-t-elle. Elle envisage de l’affecter dans les lieux de vie nocturne comme le Vieux-Lyon et dans les quartiers populaires des 8e et 9e arrondissements, là où « les résidents cohabitent avec des gens qui viennent faire du trafic ».

Doit-on renforcer la vidéosurveillance ?

Pour Agnès Marion, il s’agit de l’une de ses priorités absolues mais la candidate du RN plaide pour un « quadrillage intelligent » et insiste sur la nécessité de doter les brigades de « caméras mobiles » afin de « protéger les policiers devenus des cibles ». Si Etienne Blanc (LR) annonce vouloir multiplier par trois le nombre de caméras de surveillance (1.500 au lieu de 534 actuellement), il entend également « mieux les déployer ».

« Il faut être en capacité de pouvoir couvrir l’ensemble de la ville. On l’a vu lors de l’attentat de la rue Victor-Hugo. On a pu suivre le suspect un certain temps avant de perdre sa trace à Guillotière », relève-t-il, se prononçant aussi en faveur de l’utilisation de caméra à reconnaissance faciale, pourtant décriée par la CNIL, commission nationale informatique et libertés. « La jurisprudence peut changer. Je suis optimiste sur ces questions-là, répond-il. Surveiller mieux, c’est informer mieux et c’est de fait, une meilleure sécurité ».

Denis Broliquier aimerait ajouter 50 caméras de vidéo verbalisation pour « lutter contre la délinquance routière et les rodéos nocturnes ». « Car on ne peut se permettre d’avoir des policiers municipaux sur le terrain toute la nuit », estime-t-il.

Quant à Grégory Doucet, candidat EELV, il reste prudent sur la question. Avant de prendre une décision, il annonce faire un audit « pour mesurer l’impact des caméras sur la résolution des affaires et en matière de prévention ».

Pour Georges Képénékian et Yann Cucherat, candidat LREM, il n’y a pas de doute sur l’efficacité du système et la nécessité de le renforcer. Tous deux ambitionnent d’augmenter le nombre de caméras. Sans avancer de chiffres. « Il y a un impact sur la sécurité. La vidéosurveillance a permis de retrouver l’auteur de l’attentat de la rue Victor-Hugo. Elle rassure les gens », souligne le second. Ce que contredit  Nathalie Perrin-Gilbert, tête de liste de Lyon en commun et soutenue par FI. La maire du 1er arrondissement ne s’en cache pas : La sécurité n’est pas sa priorité.

« En faire un objectif majeur m’interroge toujours », annonce-t-elle s’interrogeant sur l’utilité des mesures déployées jusque-là. « Le grand déploiement de vidéos dans les 1er et 2e arrondissements, présenté comme la solution, n’a rien résolu. Il y a un effet plumeau : la vidéosurveillance ne résout pas mais pousse plus loin le problème », poursuit-elle. Et d’enfoncer le clou : « En Angleterre, des études indiquent que la présence de caméra n’empêche pas le passage à l’acte. Ce n’est pas un outil de prévention ».

Existe-t-il d’autres solutions ?

L’un des leviers d’action, prôné par Nathalie Perrin-Gilbert pour enrayer la délinquance, est le déploiement d'éducateurs prévention sur le terrain. En nouant des contrats avec les centres sociaux par exemple. « Ces éducateurs pourront échanger avec les jeunes en décrochage scolaire, qui “rouillent” en ville comme ils disent », explique-t-elle.

De son côté, Eric Lafond défend l’idée de ne laisser aucun délit ou actes d’incivisme sans réponse judiciaire. « Il faut apporter une réponse sous forme de réparation en obligeant les auteurs, suspectés d’avoir brisé la vitrine d’un commerce ou dégradé un vélo, à réparer, appuie-t-il. Cela passe par une convention sur l’application des peines, signée entre la ville, le préfet et le procureur ».

Agnès Marion souhaite mettre en place un numéro vert pour permettre aux habitants de signaler, de manière anonyme et sécuriser, des délits ou infractions aux forces de l’ordre (trafic, rodéos…). « Beaucoup de gens n’osent pas aller au commissariat par crainte de représailles », estime-t-elle.

Sandrine Runel ambitionne de lancer une brigade équestre dans certains quartiers de la ville, comme les Etats-Unis. Mais aussi dans les parcs et jardins ou encore les berges, comme cela se fait déjà. « C’est hyper apaisant, cela peut avoir une vraie vertu thérapeutique… et cela pourrait aider à transformer l’image de la police », justifie-t-elle. Une idée défendue aussi par Grégory Doucet (EELV) qui annonce vouloir, en plus de policiers patrouillant à cheval, des agents circulant à vélos. « La police municipale devra s’adapter au changement de voirie et laisser davantage de place aux modes réduisant l’emprise de la voiture », conclut-il.

Enfin Olivier Minoux, candidat LO, concède qu’il n’a guère de programme en la matière et qu’il aborde la question de façon « plus idéologique ». « La délinquance de quartiers populaires se nourrit de la délinquance en col blanc », juge-t-il, déplorant que la « délinquance financière reste impunie ». Quant à l’action de la police ? « Elle n’est pas là pour résoudre les problèmes des gens, elle ne sert qu’à garantir l’ordre établi par le gouvernement », ajoute-t-il ne voyant pas l’utilité de mettre plus d’agents sur le terrain.