Municipales 2020 à Strasbourg : Quelles sont les propositions des principaux candidats pour renforcer la sécurité?

POLITIQUE « 20 Minutes » aborde chaque semaine un thème de la campagne des municipales à Strasbourg. Aujourd’hui, la sécurité

Gilles Varela et Nils Wilcke

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Police municipale. Le 31 05 2010
Police municipale. Le 31 05 2010 — G. VARELA / 20 MINUTES
  • Les municipales se tiennent les 15 et 22 mars 2020. Chaque lundi, 20 Minutes abordera un thème de la campagne. Aujourd'hui, la sécurité.
  • Tous les candidats (ou presque) demandent un renforcement des effectifs de la police municipale. 
  • En revanche, ils diffèrent sur les moyens pour assurer la sécurité des Strasbourgeois lors des grands évènements ou au quotidien dans les transports et dans les rues. 

A Strasbourg comme ailleurs, la sécurité est une thématique phare pour les élections municipales. Hypersécurisation du centre-ville, violences urbaines, police municipale, arrêté anti-mendicité agressive… 20 Minutes a demandé aux principaux candidats leur programme pour la ville.

Quelle place pour la police municipale ?

Ce sujet met tout le monde (ou presque) d’accord. Les candidats demandent un renforcement des effectifs et une plus grande proximité auprès de la population. Ainsi qu’une réorientation des tâches qui leur sont actuellement dévolues. Sans oublier de meilleures conditions matérielles pour effectuer leurs missions. Seule Jeanne Barseghian préfère, elle, « remettre d’abord du sens dans les missions de la police municipale », en incluant ses représentants.

Alain Fontanel (LREM) veut une police plus « visible et accessible dans l’ensemble des quartiers ». Il propose la création de « maisons de police municipale fixe ou mobile ». Une idée que partage Jean-Philippe Vetter (LR) qui veut créer en plus un « hôtel de police municipale ». Mais surtout « recentrer les missions [des policiers] sur la sécurité au lieu de la verbalisation des voitures ». Au PS, Mathieu Cahn propose carrément la création d’une « brigade motorisée spécialement dédiée aux contrôles des poids lourds », pour lutter contre « les émissions de particules ». Ainsi qu’une « brigade municipale équestre pour mener des actions de prévention ».

Plus fort encore, la candidate RN, qui souhaite également une police montée, mise aussi sur une « brigade canine ». Et promet « d’augmenter de 20 % les effectifs policiers », de les armer de « pistolets semi-automatiques », de « bâtons de défense télescopiques métalliques »… afin de renouveler un équipement jugé obsolète.

Quel avenir pour l’arrêté anti-mendicité ?

Lors de sa mise en place, l’arrêté anti-mendicité « agressive » a divisé Strasbourgeois et élus. C’est toujours le cas pendant la campagne. Certains demandent son renforcement, à l’image du candidat LR Jean-Philippe Vetter qui se prononce pour son « application ferme ». Côté RN, la candidate Hombeline du Parc se prononce pour un durcissement de l’arrêté, qu’elle juge « insuffisant ». Elle exige pêle-mêle des contrôles « jour et nuit » et la supression de la « salle de shoot », qui renforce selon elle « la présence des drogués ».

Au contraire, le candidat LREM Alain Fontanel dénonce « une réponse simpliste et incomplète à un véritable problème ». Il propose la mise en place de « patrouilles de prévention et d’accompagnement » et la création de « médiateurs de l’espace public » pour mettre fin aux incivilités et faciliter le contact avec les habitants et les commerçants du centre-ville. La candidate écolo Jeanne Barseghian veut carrément le supprimer, critiquant une « mesure stigmatisante qui génère des amalgames ». Elle compte s’appuyer sur « les outils juridiques existants » pour venir à bout des situations conflictuelles. Un avis que partage en partie son adversaire socialiste. Mathieu Cahn « reste très interrogatif sur l’intérêt cet arrêté » et préconise comme elle la présence de « médiateurs et éducateurs spécialisés » sur le terrain.

Comment faire face aux violences urbaines ?

Tous les candidats condamnent bien évidemment les violences urbaines. Notamment celles du  Nouvel An. Alain Fontanel compte exercer « lui-même » les compétences en matière de sécurité. Proximité, prévention sur le terrain et surtout présence accrue de « veilleurs de quartiers et des concierges », dixit le candidat LREM. Même avis pour Jeanne Barseghian qui veut mettre en plus « tous les acteurs » autour de la table. Afin de faire de la ville « une coordinatrice en matière de sécurité publique ». De son côté Mathieu Cahn propose « de réunir dès sa prise de fonction une conférence de consensus sur ce sujet » avec les professionnels et les acteurs du quartier.

A l’inverse, le candidat LR Jean-Philippe Vetter compte « multiplier la présence des forces de l’ordre sur le terrain en uniforme et en civil ». Il veut également sanctionner les parents des mineurs interpellés lors des violences. Son adversaire RN Hombeline du Parc va plus loin et reprend les propositions du parti de Marine Le Pen au niveau national : instauration d’un couvre-feu certains soirs, suspension des allocations sociales aux délinquants et à leurs familles…

La vidéosurveillance en question

Les caméras sont partout, ou presque. Jean-Philippe Vetter (LR) compte encore étendre ce dispositif, et même le systématiser pour la surveillance des arceaux à vélos, afin d’éviter les vols. Méfiant, Mathieu Cahn (PS), se dit « favorable » à « l’apport de la vidéo en matière de sécurité routière, aujourd’hui pour les stationnements interdits et dangereux, demain pour systématiser l’interdiction de certains périmètres de la ville à des catégories de véhicules ».

Un tout autre fléchage de la vidéo pour Hombeline du Parc (RN). Jugée comme un outil indispensable dans les grandes villes, elle regrette cependant « son utilisation qui a des failles » et souhaite un centre de commandement commun entre police nationale et municipale. Aux antipodes des écologistes qui se disent toujours très réservés par rapport à la vidéosurveillance. Jeanne Barshegian, s’inquiète, comme Mathieu Cahn, d’éventuelles dérives éthiques. Sans être réellement opposée à la vidéosurveillance, elle questionne son coût financier au regard de son efficacité et du respect des libertés.

Sécurité dans les transports en commun

Les trams et les bus de l’agglomération n’ont pas été épargnés non plus par des violences et les incivilités ces dernières années. En réponse, le président de la CTS, l’actuel candidat LREM Alain Fontanelavait défendu la gratuité des transports pour les policiers et les gendarmes mais aussi l'intensification des actions de contrôle des forces de l'ordre. Un dispositif qu’il entend bien évidemment prolonger. « Une évidence » également pour les candidats RN et LR. Avec en plus un volet éducation préconisé par Jean-Philippe Vetter (LR) pour « inculquer une vraie culture du respect », quitte à sanctionner. La sécurité dans les transports publics est même « une priorité » pour le socialiste Mathieu Cahn. Il propose « la mise en place d’une véritable unité de sécurité des transports ».

Avant un éventuel renforcement des contrôles, Jeanne Barshegian propose « d’entamer un dialogue entre les différents acteurs (Etat, CTS…) pour apporter les moyens adaptés, de faire un état des lieux ». Elle souligne qu’il ne revient « pas seulement à la ville d’apporter des solutions » et préfère « des médiateurs pour prévenir les problèmes d’incivilités ou les situations conflictuelles ».

Comme sécuriser les grands évènements ?

Tous les candidats s’accordent à reconnaître qu’il faudrait revoir la sécurité des grands évènements à Strasbourg, à l’image du Marché de Noël. Jean-Philippe Vetter (LR) juge le système actuel « absurde ». S’il est élu maire, il demandera la fin du système de checkpoint, selon lui inefficace, et proposera « une refonte complète de la sécurité du marché de Noël avec une surveillance renforcée et moins intrusive ». Le candidat LREM et premier adjoint Alain Fontanel reconnaît aussi « la fin d’un cycle » et souhaite « tout remettre à plat ». Même position du côté de l’écolo Jeanne Barseghian qui promet de « reformater l’évènement » et « relâcher la pression sur le centre-ville ».

Son adversaire socialiste Mathieu Cahn veut « réinterroger le principe qui consiste à faire de l’hypercentre une bulle tout au long du marché de Noël ». Pour la candidate RN, « l’hypersécurisation » de la ville est due à « la menace islamiste ». Hombeline du Parc fait le lien avec « les projets de mosquées à la Meinau et à Hautepierre » et veut que les « actes de délinquance » soient traités de manière « implacable », sans plus de précisions sur la portée de ces mesures.